JEROME. — LES COURTISANS
commettant des fautes graves de forme qu'on convertit en actes de lèse-majesté '. »
Jérôme a bien « l'intention de faire grâce, mais il veut qu'ils soient condamnés à mort » Allix insiste pour que justice soit faite et allègue les déclarations formelles du roi. Reinhard n'a point d'arguments sérieux à présenter, mais il joue du dégoût que le roi a pris de la Westplialie, de l'ennui qu'il éprouve — car les dames sont restées à Coblentz — du regret qu'il a d'être revenu, du dédain qu'il porte à ces 8000 Français qu'on lui donne à commander.
Voilà un beau commandement pour un roi! Aussi, malgré que Glarke ait écrit que les troupes françaises doivent être sous les ordres immédiats du roi, Jérôme a, de nouveau, nommé Allix son lieutenant avec commandement sur tous les Français. Pour lui, « si l'ennemi marche ou si les troupes qui sont ù Gassel reçoivent l'ordre de marcher ailleurs, il se retirera d'un pays mûri partout pour la révolte o. Et ce n'est pas Reinhard qui le retiendra : outre qu'il est mû par une question de sentiment pour obtenir la grâce « des hommes respectables », ses compatriotes, il redoute « l'eflet que cette procédure peut produire sur un peuple exaspéré et les dangers que les Français peuvent courir dans le cas d'une seconde retraite »; sans doute aussi, les représailles contre ceux qui, comme lui, sont propriétaires sur la rive droite du Rhin. Et se fondant sur
* Il est impossible de ne point remarquer que M. Reinhard qui, avant six mois suivra de point en point l'exemple do ces fonctionnaires westpiialiens, fait ici par avance son apologie.
(le telles raisons qui doivent trouver bien des avocats à la Cour, déclare-t-il qu'Allix sacrifie à un amourpropre irrité « la sûreté du roi et les ressources les plus précieuses pour la Grande Armée ».
L'Allemand qu'est Reinhard, ministre deFEmpereur des Français, a gain de cause contre le Français qu'est Allix, ministre du roi de Westphalie. « Plusieurs mesures violentes sont rapportées » ; Allix, auquel, sur l'ordre reçu de Clarke, Jérôme a retiré le commandement des troupes françaises, reçoit sa démission et rentre en France, avec la conscience d'avoir fait son devoir à Cassel, comme il va tout à l'heure le faire à Sens.
Les journées s'écoulent à Cassel dans une étrange oisiveté. Les 8 000 hommes qui ont été détournés de la Grande Armée, paralysés « par la présence du roi et le devoir de garder sa personne et sa capitale », sont distribués par le général Rigaud, auquel le roi en a donné le commandement sous ses ordres, en colonnes mobiles, en gardes pour les palais, en garnison pour Cassel. L'ennemi est devant Mindcn ; les Cosaques infestent la rive droite de la \Yerra et, la nuit, poussent, des reconnaissances à quelques portées de fusil de la ville ; on parle d'un corps de 10 000 hommes qui se dirigerait sur Cassel; les contributions ne rentrent plus ; les préfets n'osent même pas donner des nouvelles des mouvements de l'ennemi. Chacun, convaincu de la proximité du désastre, n'en attend que l'annonce pour prendre son parti.