‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 64 sur 104 · JOSEPH- — COMMUNICATIONS DE UŒDERER · texte numérisé non relu

JOSEPH- — COMMUNICATIONS DE UŒDERER

Joseph choisit-il le moment où la princesse de Suède était absente, car il est poli et hospitalier. Enfin, il fait assurer l'Empereur « qu'il attend avec confiance son retour et « il me semble, conclut Rœderer, qu'il ne manque à ses bonnes dispositions que ce que peut y ajouter votre présence. »

Rœderer est un bon ami ; il s'entend à mettre de l'huile dans les rouages et, depuis l'an VIT! , il a pris assez d'habitude des deux frères pour avoir expérimenté tous les moyens de les rapprocher ; mais, lorsque Joseph parle ou écrit lui-même, ce n'est plus le même langage. Voici approcher le lo août; il faut bien que le roi fasse son compliment. Nulle démarcbe ne saurait lui coûter davantage et l'on sent son agitation au style incorrect, à Fécriture heurtée, aux mots suspendus, à l'absence des formes : « Sire, écrit-il, Votre Majesté Impériale et Royale recevra cette lettre au moment où beaucoup d'autres parleront de leurs vœux et de leurs félicitations au sujet de sa fête. Votre Majesté accueilla elle [sic] avec quelque intérêt celle-ci ! ! Je désire sincèrement qu'elle soit bien convaincue que jamais personne n'a fait et ne fera de vœux plus sincères pour son bonheur et sa gloire. » En contraste, il faut mettre la lettre qu'écrit Julie, celle qu'elle fait écrire par « les infantes », Zénaïde et Charlotte : Julie s'empresse de « déposer aux pieds de l'Empereur les sentiments de reconnaissance et d'amour dont elle est pénétrée pour lui ; cet hommage est celui du cœur. » « Daignez aussi, dit-elle, accueillir avec les vœux que je fais

pour la conservation des jours de Votre Majesté, la prière que je lui adresse de me continuer sa bienveillance : je tâcherai, Sire, de m'en rendre toujours digne. » Et elle est, « avec le plus profond respect, de Sa Majesté, la très humble et très obéissante servante et très afTectionnée sœur. »

Elle fait mieux : pour le lo août, elle qui hait à la mort tout déplacement qui n'a pas sa santé pour objet, elle va passer vingt-quatre heures à Saint- Cloud auprès de l'Impératrice ; toutefois, sans l'accompagner à Paris, ni participer aux fêtes officielles, car elle ne se montre point, ne se compromet pas et se garde des démarches publiques. Tout, en sa conduite, est prudence et calcul, et elle chemine à pas menus, à travers les difficultés et les embûches, glis sant sa mince taille souffreteuse avec des airs d'humi lité dont on ne se méfie pas, car elle garde, au dedans d'elle, l'ironie qu'inspire à son esprit de bossue le spectacle des choses.

Ce Mortefontaine est à ce moment un étrange théâtre. Le cadre est curieux par lui-même et sans autre analogue que, peut-être. Malmaison. L'ancien château que, vers 1740, construisit M. Le Pelletier de Mortefontaine sur les terres faisant partie de la châtellenie de Montméliant vendue en lo99 à François Hotman par l'abbé de Saint-Denis, subsiste tel que Joseph l'a acquis, en l'an VII, des héritiers de Duruey, trésorier des Affaires étrangères. C'est une grande bâtisse, renflée au centre d'un avant-corps à fronton

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sans style, flanquée aux deux ailes de pavillons à toiture séparée, celui de droite moins élevé d'un étage que celui de gauche. Sur le soiissol où il y a caves et calorifères, un rez-de-chaussée avec antichambre, salle à manger, salle de billard, petit et grand salon, bibliothèque et trois pièces à feu ; en entresol, dans un des pavillons, un appartement séparé de six pièces ; au premier étage, salon, bibliothèque, salle d'armes, dix chambres de maître ; à l'étage du comble, très élevé, quatorze chambres de maître et quatre chambres de domestiques mansardées.

Rien là de princier; Joseph, avant de reconstruire le château s'est attaché aux communs : d'abord, les pavillons d'entrée, à droite et à gauche de la cour d'honneur; puis, attenant au bâtiment principal, une immense orangerie qui, comme à Saint-Cloud, conduit à une salle de spectacle, à parterre, loges grillées, premières et paradis, avec des loges pour les acteurs et des magasins pour les décors ; puis, des bâtiments sans fin : cuisines, garde-manger, écuries, remises avec vingt chambres au-dessus, mais rien n'a été changé au château lui-même, resté l'habitation d'un particulier riche, au milieu du dernier siècle, — par suite, assez délabré et pas du tout à la moderne.

De même, dans le Petit parc qni s'étend sur trentesept hectares, M. de Sainl-Mème, intendant des bâtiments, a respecté presque religieusement les dispositions de M. Mortefontaine, l'un des premiers qui.

avec M. de Girardin, aient déshonoré les jardins français par l'anglomanie pittoresque. Il s'est plu à tordre les allées, à irrégulariser les miroirs, à supprimer la symétrie des couverts, à semer dans les lointains des fabriques de tous les styles. Joseph y a raffiné. Il a construit une volière en colonnade qui suit l'orangerie ; il a élevé sur la glacière un pavillon à trois étages qui rappelle à la fois les Panoramas du boulevard et la façade des Variétés ; il a édifié un temple dans une perspective qui veut être à la Poussin — c'est La Borde qui l'assure ; il a dédié des autels champêtres à des divinités ignorées, des obélisques à des gloires inédites, des tombeaux de marbre noir à des mânes innommées. Dans le parc encore, pour l'utilité, des maisons de jardiniers, des granges, des maisons rustiques, tout un village enjolivé et faisant des points de vue.

Mais ce Petit parc est de la première acquisition, ainsi que le Grand parc et les étangs * : c'est la terre de Mortefontaine telle que l'avaient laissée les Duruey, déjà singulièrement agrandie, il est vrai, de biens nationaux parles héritiers du guillotiné: mais, à peine propriétaire, dès Tan YII, Joseph s'est arrondi et, depuis lors, pas un mois sans achat : au citoyen Leduc, pièces de terre à Plailly ; au citoyen Brochet de Vérigny, la remise de Maubuisson et les débris du domaine de Bertrandfosse : au citoyen Cucul, terres à Vémars ; au citoyen Ronial, maison, grange, jardins à Mortefon-

' Voy. Napoléon et sa famille I, 2i8 et suiv.

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taine ; au citoyen LegranJ, moulin à Neuf-îMoulin avec cent arpents, terres et prés ; aux héritiers Mai^nier, terres à Charlepont ; au citoyen Llioste-Beanlieu, cinquante arpents à Morlefontaine; au citoyen Cartier, terres à Mortefontaine ; au citoyen Brimeur, terres à Plailly, au sénateur Canibiaso, le domaine de Survilliers — - 244 hectares pour 226 000 francs — château, communs, ferme, moulin, terres et bois. Et l'Empire venant, des maisons, des terres, des bois, des prés, des héritiers Delaviers, des conjoints La Basque^ des conjoints Saugeon, du sieur Haine, du sieur Moreau, des héritiers Perrel, du sieur Brimeur, du sit^ur FietTé, des héritiers Porlier-Pagnon, de M"'" veuv^e Séguin, des héritiers Frénot, du sieur Foulon, du sieur Legrand — sans compter l'État, auquel en vertu d'une loi du 16 septembre 1807, il échange, contre 70 hectares de bois en Halatte, 87 hectares en forêt d'Ermenonville et de Saint-Laurent. Moyennant les échanges et contre-échanges que ménage M. Bouchard, le(iuel administre avec une compétence et un dévouement admirables et fait profiter Joseph de la popularité que lui valent l'ancienneté de sa famille en ces pays, les fonctions que ses ancêtres ont remplies, celles auxquelles l'ont appelé ses concitoyens, le domaine de xMortefon taine auquel ont été joints ceux de Survilliers, de Saint-Vitz et de Saint-Sulpice, les fermes de La Grange, de Mortefontaine, de Vémars, de Moussyle-Neuf, de Neuf-Moulin, de Montméliant, de Prunelay, de Long, de Beaumarchais, de Plailly et de Charlepont s'étend à présent sur 6 315 arpents — 3 lo8 liec-

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