‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 66 sur 104 · JOSEPH. — VOYAGES A PARIS · texte numérisé non relu

JOSEPH. — VOYAGES A PARIS

a prescrit la résidence à Mortefoiitaine et l'incogriito, comme une bienséance, non comme une peine. « Il entend s'imposer dans les plus étroites limites, la réserve del'incog'nito, s'interdire tout ce qui pourrait en sortir, mais non supposer que l'Empereurlui eût imposé l'exil ou la prison.» Et, apri'S une discussion très animée, Joseph, restant sur ses positions, conclut ainsi : « Si je me rencontre avec un ministre, un sénateur, un conseiller d'Etat, un homme public, j'aurai tort ; si on me reconnaît à un spectacle, dans un lieu public, j'aurai tort; si la police même est instruite de mon voyage autrement que par des moyens de surveillance spéciale, j'aurai tort ; je veux suivre toutes les intentions de l'Empereur, mais non me croire, sur la parole d'autrui, l'objet de sa malveillance, parce que je ne la mérite ni par mes sentiments ni par ma conduite. » Rœderer, dûment autorisé, rend compte le 16 à l'Empereur de la conversation qu'il vient d'avoir, et l'Empereur, tant est grande sa faiblesse vis-à-vis de son frère qu'il est incapable de tenir la main aux mesures énergiques qu'il a du prendre vis-à-vis de lui et qui seules pourraient donner quelque satisfaction à l'opinion, l'Empereur désavoue Savary qui a simplement exécuté, en les atténuant même, les ordres qu'il avait reçus, et il le reprend comme d'une injure qui, adressée à un prince de la Famille, l'atteint presque luimême : « La démarche que vous avez fait faire auprès du roi d'Espag-ne est inconvenante sous tous les points de vue, lui écrit-il d'Erfurt le 23 octobre. Puisque vous connaissiez l'objet de ses voyages à Paris,

VOUS deviez paraître les ignorer. Il y a dans cette conduite peu de tact de votre part. L'art de la police est de ne pas voir ce qu'il est inutile qu'elle voie. » Cambacérès et Clarke avaient donc eu raison en dissimulant à Joseph les ordres de l'Empereur : ils savaient ce que duraient ses rancunes et connaissaient les ressources de sa faiblesse. Le gendarme Savary qui n'avait point eu ces finesses en était pour sa leçon.

Pourtant, cela dit, point d'autre communication à Joseph : cependant l'Empereur est en pleine retraite vers le Rhin avec ce qui reste de l'armée. Pourra-t-il même l'atteindre ? Le roi, qui s'inquiète à bon droit de n'avoir aucune nouvelle ni de l'Empereur, ni de Jérôme, de ne connaître les événements de Leipzig que par les bruit publics, envoie le 1" novembre Miot près de Savary. Le ministre ne dissimule pas les malheurs de Leipzig, mais il ne croit pas le mal aussi grand qu'on le représente. L'Empereur est à Gotha et se retire sur Fulde oii l'on suppose qu'il arrivera avant l'ennemi; Francfort est couvert par 25 000 hommes aux ordres de Kellermann ; Jérôme a évacué Cassel; des partis ennemis se sont. montrés près de Hanau. Miot rapporte ces nouvelles désespérantes à Joseph qui, presque en même temps, apprend la victoire remportée à Hanau, l'arrivée de l'Empereur à Mayence, son prochain retour à Saint-Cloud.

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