‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 67 sur 104 · JEROME- — RENTRÉE EN SCÈNE · texte numérisé non relu

JEROME- — RENTRÉE EN SCÈNE

Napoléon y arrive en ell'et le 8 novembre. Le 14, c'est Jérôme qui fait son entrée, et certes sa venue n'est point pour faciliter les rapports entre Napoléon et Joseph. Quoi que fasse celui-ci, il s établit toujours une solidarité de Tun à l'autre ; chacun d'eux est néfaste, et si, par une étrange illusion, l'Empereur cherche, trouve môme, sinon des excuses, au moins des atténuations aux folios criminelles de Joseph, s'iltrouveau contraire des aggravations aux sottises — sans grande conséquence — de Jérôme, le public ne distingue pas, et confond dans la même réprobation les deux artisans de la ruine nationale. Au moins, n'estce pas là ce qui préoccupe Napoléon, bien plutôt les formes d'opposition que Joseph affecte dans ses propos et même dans ses actes, etl'embarras que peut causer quelque jour son affectation à rester roi d'Espagne; et, s'ajoutant à Joseph, c'est Jérôme, ouvertement révolté contre les ordres (ju'il a reçus, traînant après lui des prétentions dont on a déjà quelques exemples par la conduite que la reine a tenue.

Catherine, en effet, a médiocrement réussi en France: elle n'était pas une humble telle que Julie, ni une résignée telle qu'Ilortense.Elle portait dans la vie une superbe qui tenait à l'orgueil qu'elle tirait de sa naissance et à l'opinion qu'un amour exalté, quoique peu récompensé, lui avait donné de son mari. Glorieuse

de la race dont elle sortait, la moins flexible qui fût, elle ne subissait de contradiction que de son père, devant qui tremblaient ses sujets comme sa famille, ou de Jérôme parce qu'elle l'aimait et qu'elle faisait siennes ses volontés : mais, recevoir d'un autre, quel qu'il fût, des instructions ou des ordres, l'indignait et la mettait liors d'elle-même. Sortie de l'espèce de misère où son père l'avait tenue, associée à l'Iiomme le plus prodigue d'argent, le plus inconscient, le plus vain, le plus désordonné en ses goûts et ses raffinements de luxe, et, en même temps, le "plus connaisseur en toutes choses qui s'y rapportaient, elle avait naturellement modelé sa forme de vie sur la vie qu'on menait autour d'elle, écouté toutes ses fantaisies, épuisé toutes les recherches puisqu'ainsi elle s'imaginait plaire à son mari et que, d'ailleurs, en ce royaume ruiné qui, chaque soir, était à la veille de la banqueroute, on trouvait, chaque matin, tout l'argent qu'il fallait pour payer les somptuosités de la Cour. Elle s'était, elle aussi, mise au régime des dettes, régime dont il suffit de prendre l'habitude pour s'en accommoder fort bien. Plus elle était trompée, moins elle en pouvait douter, plus elle cherchait à se rendre belle et désirable pour le détestable amant qu'elle adorait. Grosse comme elle était, tant que, dans la graisse, s'étaient noyées les parties fines et vraiment délicates d'un corps que l'embonpoint avait déformé^ elle était faite pour la représentation, la pompe, la grande toilette, mais cela ne la contentait pas. Elle eût voulu être maigre, alerte, vive, spirituelle, comme ces noiraudes de Gênes qui avaient

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