‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 68 sur 104 · JEROME. — CATIIEIII.^E ET NAPOLEON · texte numérisé non relu

JEROME. — CATIIEIII.^E ET NAPOLEON

fait les beaux jours — et surtout les belles nuits — de sa cour, comme ces Parisiennes, fleurs du ruisseau, qui s'entendaient si bien à obtenir les bontés du roi. Pour chercber un piquant qui lui échappait toujours, elle se plaisait aux costumes de travestissement qui lui seyaient fort peu, mais dont elle attendait toujours l'aumône d'un désir. Ainsi, ne pouvaitelle entendre qu'on se fût travesti quelque part sans aspirer à être parée comme on l'avait été. A l'hiver de 1813, bien qu'il ne dût pas y avoir de bals costumés à Cassel, elle avait voulu que Leroy lui envoyât les costumes qu'on avait portés aux Tuileries lors du Carnaval de 1812, dans le quadrille dit de l'Empire, et tdle s'était réjouie en s'habillant, pour elle seule, en femme des environs île Naples et en femme de Corfou : divertissement médiocre qui ne lui avait coûté que 2 286 francs. Sans qu'elle fût, loin de là, la plus élégante et la mieux habillée des femmes de la Famille, elle était celle qui, sans doute — après les Impératrices — commandait les robes les plus chères, et, même arrivée à Meudon, elle ne s'en est pas privée.

Il est vrai que, de ^leudon, elle est venue fort souvent à Paris; elle a assisté le 30 mars à la prestation de serment de l'Impératrice régente ; elle a figuré aux dîners de famille; elle a fait ({uelqucs visites à l'Empereur et à l'Impératrice. « Mon devoir et mon inclination m'y portent », écrit-elle à son père, — mais c'est pour le cabinet noir. Plus souvent elle est allée dîner chez Madame qui la comblait d'amitiés, ou déjeuner

chez Fescli, dont le palais tout de guingois, horreur des architectes, faisait son admiration. Néanmoins, on ne venait point assez à son gré la voir à Meudon. Elle racolait du monde, entre autres M™^ de GenHs, mais, était-ce pour la distraire? « Je sors très peu, écrivait-elle, et je ne vois presque personne. » Aussi s'ennuyait-elle royalement : « Meudon est un séjour désagréable », « le temps est détestable » ; et pour chercher mieux, àlafin de mai, elle avait quitté « sans regret », et était allée passer huit jours à Pont-sur- Seine, chez Madame.

Madame la reçoit à merveille. « Elle est très bonne femme et comme elle me témoigne beaucoup d'amitié, je ne puis, écrit-elle, que m'être trouvée fort bien chez elle. » N'est-ce pas dire que, pour ce qui n'est point l'amitié, la villégiature fut morose? Aussi ne prolonge-t-on pas. La reine touche barre à peine à Meudon et repart pour Mortefontaine, avançant son voyage afm de s'y trouver avec Marie-Louise. A Mortefontaine, une vie mieux à son goût, grands goûters, promenades, fêtes champêtres; mais, Julie partant le 14 juin pour Vichy, il faut revenir à la solitude de Meudon. Il y pleut toujours, l'air y est trop vif, l'ennui y est de règle. La reine y prend les eaux de Forges en espérance d'une grossesse future, elle y monte à cheval et, s'il faut que, pour maigrir, elle se ronge, elle en a toutes les occasions : « La raison elle-même me dicte la patience, écrit-elle ; mais, en même temps, je vous avouerai franchement qu'elle a quelquefois de la peine à prendre le dessus et qu'il me

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faut bien du courage pour supporter risolement dans lequel je vis, car la position de ce château force à la solitude la plus complète; peu de gens sont tentés de gravir une montagne escarpée pour venir me voir : ce n'est donc rien d'agréable, mais la seule nécessité qui me retient ici. »

Elle y reste peu pourtant, mais le peu qu'elle y reste coûte cher à l'Empereur. Un détail permet de juger la dépense et les façons des domestiques : « Le blanchissage du linge pour le service de la maison de la reine, lequel est fourni parla Maison de l'Empereur, se monte à GOO francs par mois. Le préfet du Palais avait calculé que, vu l'absence que la reine a faite pendant dix jours, ce blanchissage devait se monter pour le moins à 100 francs de moins : il s'est fort récrié quand la femme chargée de la lingerie l'a fait monter à 700 francs. En ayant témoigné son mécontentement, la femme lui a écrit une lettre très impertinente, au point que le préfet la lui a renvoyée avec menace, en cas de récidive, d'en porter les plaintes au général comte Caffarelli. w Les deux méthodes se trouvent là en présence : l'ordre méticuleux dans la Maison de l'Empereur et le gaspillage de règle dans la maison de Jérôme. Cela ne peut manquer d'amener des querelles et d'aller jusqu'à l'Empereur, lorsqu'il réglera ses comptes avec cette minutie qui s'inquiète de tous les détails.

De plus, l'Empereur qui est, jour par jour, instruit de ce qui s'est passé dans la résidence de l'Impératrice et du Roi de Rome, ne saurait voir avee plaisir

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