‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 72 sur 104 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

changements dans la constitution politique de l'Allemagne, auxquels je n'hésiterais pas à souscrire. Je me flatte que ma manière franche de penser et d'agir, assez connue de tous les souverains de l'Europe, doit être pour eux la garantie de la sincérité de mon adhésion à tout ce qui pourra être jugé nécessaire pour le maintien de l'indépendance de l'Allemagne, qui, par cela, pourrait, pour la France même, devenir plus intéressante. Je ne me dissimule point que les plans et les combinaisons que les Alliés ont conçus pour atteindre ce but seraient susceptibles d'apporter quelques changements dans les limites actuelles de mon royaume et je ne balance point à déclarer à Votre Majesté que j'y souscrirais également, comptant •assez sur leur justice pour croire que des indemnités convenables seraient offertes. »

Aussitôt que le roi de Wurtemberg aura répondu « par l'entremise de M. de Linsingen », Jérôme enverra officiellement son ministre des Finances, Malchus, comte de Marienrode, pour traiter de ses affaires auprès du Congrès.

Catherine dit que « c'est avec la connaissance et l'agrément de l'Empereur » que le roi a fait cette démarche. Cela est-il bien sûr? L'Empereur, depuis le jour où Jérôme est arrivé à Compiègne, n'a pas voulu le voir et la lettre qu'il lui a fait porter par le duc Charles de Plaisance est la dernière qu'il lui ait écrite. On n'a aucun indice que Catherine soit venue à Paris, ni qu'elle ait été reçue par l'Empereur ; on ne trouve aucune trace que l'Empereur ait chargé

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son ministre des Relations extérieures d'une communication d'une telle espèce. Le 2 décembre, les bases de Francfort ont été officiellement acceptées, pour la négociation do la paix, par le duc de Vicence, nommé ministre des Relations extérieures le 20 novembre. Par le paragrapbe 5, la France a renoncé à toute souveraineté en Allemagne ; par là môme, ne peut-on croire qu'elle a abandonné toute prétention de maintenir la Westphalie sousun sceptre napoléonien. Or, la lettre de Jérôme est en date du 8 décembre. Cette lettre a été rédigée avec le plus grand mystère. « On m'a fait travailler ce matin, écrit; le 8, Cousin de Marinville à son père, à l'objet le plus secret et qui exige le plus de confiance. » Le canal qu'ont indiqué Jérôme et Catberine pour passer les réponses est tout allemand : M. de Linsingen, secrétaire delà légation de Westphalie à Paris, ayant quantité de parents de son nom dans l'armée prussienne. Au cas où le Congrès se fût réuni en décembre, l'Empereur eût-il plutôt admis qu'en juillet précédent ou qu'en janvier suivant l'idée que Jérôme y fût représenté et stipulât pour lui-même, que ce ne fût point son plénipotentiaire qui débattît les intérêts de Jérôme, comme ceux de Joseph, d'Eugène et d'Élisa ? Pour admettre que la démarche ait pu être faite « avec la connaissance et l'agrément de l'Empereur », il conviendrait qu'on rapportât de cette autorisation une autre preuve qu'une simple allégation qu'infirment toutes les vraisemblances. Jusqu'à ce que cette preuve ait été fournie, on doit se demander si cette démarche faite

malgré l'Empereur, ne se trouvait pas faite contre lui.

Au reste, de Jérôme, l'Empereur ne voulait rien savoir. Pourvu que le roi de Westphalie restât à Compiègne et qu'il ne fît point parler de lui à Paris, Napoléon se passait aussi volontiers de ses services militaires que de ses avis politiques; si, par son incurable faiblesse vis-à-vis des siens et vis-à-vis des femmes, il avait cédé sur Compiègne, il n'avait oublié ni les deux fuites de Cassel, ni la révolte à Aix-la- Chapelle, ni l'achat de Stains. Il ne lui pardonnait rien et, le laissant là oli il lui avait permis de résider, il témoignait assez fortement sa mansuétude fraternelle sans avoir à sacrifier une chance quelconque de paix pour le vain espoir de conserver à Jérôme son problématique royaume.

Ce qui se passait à ce moment même ay sujet de l'Espagne apporte d'ailleurs à l'appui une preuve surérogatoire.

Entre Joseph et l'Empereur, une difficulté nouvelle a en effet surgi qui, en mettant à nu le caractère et les prétentions de Joseph, a montré une fois de plus ce qu'il fallait penser de sa modération, de son absence d'ambition, de son goût de retraite, et de tous les couplets champêtres dont il se plaisait à orner ses lettres menaçantes.

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A son arrivée à Paris, rEmpereur avait trouve une lettre que Soult lui avait écrite de Saint-Jean de Luz, le 3 novembre. Soult, rappelant une conversation que l'Empereur avait eue avec lui, dans une de ses promenades autour de Dresde, au sujet des affaires d'Espagne et du prince Ferdinand, ouvrait l'avis que le moment était arrivé où l'Empereur pouvait employer le seul moyen d'en finir qui se fijt constamment présenté à lui depuis 1809, le renvoi du prince des Asturies dans ses royaumes. Il rapportait l'agitation qui régnait en Espagne, l'accroissement continuel de la méfiance entre Espagnols et Anglais; la destitution et l'éloignement par Wellington des généraux espagnols qui s'étaient montrés le plus habiles et le plus patriotes, tels que Castanos et O'Donnel; il disait les lettres interceptées, les témoignages recueillis, les discours de la nouvelle assemblée des Cortès, les émeutes à Cadix, l'anarchie en Galice, de brigandage en Gastille. «. Toutes ces circonstances réunies, disait-il, m'ont fait penser qu'il ne faudrait peut-être qu'un prétexte pour porter la nation espagnole à tourner ses armes contre les Anglais et à devenii" lalliée de Votre Majesté, » Pour cela, il suffirait que le prince des Asturies formât une alliance de famille avec l'Empereur et que celui-ci le rendit à la nation et le lui présentât: dès lors, l'armée anglaise n'avait plus, pour sa propre sûreté, qu'à rentrer en Portugal; elle ne pouvait opérer ce mouvement sans subir de telles pertes qu'elle n'aurait peut-être plus la possibilité de se maintenir dans la Péninsule. L'Em-

pereur serait donc à même de porter sur un autre théâtre ses armées d'Espag-ne ou de donner à cette guerre telle direction qu'il jugerait convenable. Soult ajoutait d'autres considérations sur les voies et moyens à suivre, mais il insistait surtout sur l'alliance de famille à contracter avec le prince Ferdinand, sur l'apparente liberté qu'il conviendrait de lui laisser, sur les garanties qu'il faudrait prendre vis-àvis de lui et finissait en s'excusant de représenter un moyen que l'Empereur lui-même avait imaginé « de terminer par une mesure politique les affaires d'Espagne et de rendre les armées qui y étaient employées entièrement disponibles pour la guerre du Nord. »

L'Empereur a saisi aussitôt cette ouverture qui correspond si bien à ses propres idées : sur l'utilité d'une alliance de famille, il ne saurait à présent former des illusions : pourtant, ce qui a si mal tourné avec les Lorraine-Habsbourg peut réussir avec les Bourbons ; d'ailleurs, ce n'est point un père, mais un mari qu'il s'agira d'amener à la politique française. L'Empereur ne saurait penser, comme jadis, à donner à Ferdinand une Tascher, une La Rochefoucauld, une fille de Lucien, mais il a la fille aînée de Joseph et une certaine lettre que, le 29 septembre, Rœderer écrivait à son ami le général Dumas, ne lui est-elle pas récemment tombée sous les yeux? « La princesse Zénaïde, disait Rœderer, est une petite personne toute ronde, toute formée, très bien élevée, parlant avec beaucoup de raison et d'aplomb. On ne voit pas ce qui pourrait faire différer de lui donner un mari. » Sans doute n'a-

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