‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 79 sur 104 · LOUIS. — LETTRE A NAPOLÉON · texte numérisé non relu

LOUIS. — LETTRE A NAPOLÉON

celui-ci ayant fait remercier, Louis profite de Touvcrture pour adresser le 18, à l'empereur François, une long-ue lettre contenant la verbeuse apologie de sa conduite depuis 1810, l'énumération des persécutions qu'il a subies, le détail des intrigues qu'on a mises en jeu pour l'enipêclier d'approcher l'empereur d'Autriche. « L'on ne m'a laissé tranquille qu'en apparence, écrit-il. Je suis bien persuadé que l'on m'a placé sous la surveillance de voyageurs et d'agents officieux qui n'ont pas manqué de répandre dans le public tous les propos, tous les soupçons capables de me rendre insupportable mon séjour chez vous et qui auraient pu finir par le rendre incommode à Votre Majesté elle-même. » Quant à la démarche qu'il vient de faire : « Ou elle n'en aura aucun, ou elle aura un bon résultat, ou, dit-il, elle ramènera l'aLtention sur moi et me procurera de nouveaux désagréments, de nouvelles persécutions, parce que peut-être l'on croira y voir ou feindra y voir un changement de système de résolution de ma part, et dès lors on tentera de nouveau de me faire sortir de ma retraite » ; et il réclame l'intérêt de l'empereur moins pour lui-môme que pour la Hollande.

A coup sûr, prendre l'empereur d'Autriche pour confident, lui faire part de ses griefs contre Napoléon, à cette fin de janvier 1813,. alors que la retraite de Schwarzenberg a rendu clair à tous les yeux que l'Autriche se sépare efTectivement de l'alliance française, invoquer la protection de l'empereur d'Autriche en faveur de la Hollande, devenue une portion

de l'Empire français, constitue vis-à-vis de la France et vis-à-vis de Napoléon une hostilité et une trahison. Mais Louis, quoiqu'il ait abdiqué, n'en agit pas moins en souverain, et, s'il oublie qu'il est né français et qu'il a été prince français, il se souvient qu'il est roi de Hollande.

Toutefois, comme tout chez lui est contradiction, et que son temps se passe à rattraper maladroitement les démarches que son impulsivité lui a fait risquer, peut-être faut-il voir d'abord, dans sa lettre à l'empereur d'Autriche, une façon d'échapper à l'offre qu'il a dabord faite à son frère de ses services, la crainte qu'on ne le prenne au motet qu'on né le force à sortir de sa retraite. C'est une manière de se réserver, en môme temps que d'affirmer ses droits.

Napoléon s'est ému à l'exorde de la lettre que Louis lui a écrite. Il croit sincèrement que son frère lui revient et qu'il aura seulement à traiter avec lui des questions de forme. Il lui répond le 16 janvier^ : « Mon frère, je reçois votre lettre du l'^'" janvier et je vois avec plaisir les sentiments qui vous animent. Je vous ai déjà fait connaître que vos devoirs envers moi, la Patrie et vos enfants exigeaient votre retour en France. Vos enfants grandissent et ont besoin de leur père. Revenez donc sans plus de retard et je vous recevrai, non comme un frère que vous avez offensé, mais comme un frère qui vous a élevé. Quant aux idées que vous avez de la situation de mes affaires,

' Cette lettre a été incomplètement publiée par le roi Louis et la minute en a été retirée des Archives sous le Second lùiipire.

LOUIS. — RKPONSE DE NAPOI.KON 2G5

elles sont fausses : j'ai un million d'hommes sur pied et deux cents millions dans mes coiïres pour maintenir l'intégrité du territoire de la Confédéralion et de celui de mes alliés et faire réussir le projet que j'ai conçu j)Our le bonheur de mes peuples. La Hollande est française à jamais ; elle est l'émanation de notre territoire ; embouchure de nos rivières, elle ne peut plus être heureuse qu'avec la France et elle le sent bien. En restant en France, vous ne vous séparez pas de la Hollande, mais, si vous entendez, par vous en séparer, renoncer à la gouverner, c'est vous-même qui l'avez quittée en abdi([uant... »

Louis qui a imprimé cette lettre n'en donne pas davantage; il n'aime ni à publier les vérités que son frère lui a dites, ni à montrer avec quelle indifférence il a reçu l'appel (jue faisait Napoléon à son patriotisme et à son dévouement. Au surplus, n'est-ce pas l'Empereur seulement, mais Madame : « Mon cher fils, écrit Madame le 16 février, vos lettres du l^'et du 2 janvier m'ont été remises par l'Empereur. Il m'a communiqué en même temps celles que vous m'adressiez pour lui. Je ne peux pas vous din; combien j'en ai éprouvé de satisfaction et de contentement. Je bénis le ciel, du fond de mon âme, de vous avoir inspiré cette démarche dans la circonstance actuelle ; elle fait honneur à votre cœur autant qu'à votre esprit et je vous en aimerais davantage si ma tendresse pour vous était susceptible d'augmentation. Mais ce n'est pas assez, mon cher fils, d'avoir fait un premier pas, il faut ne pas se rebuter et couronner

l'œuvre. L'Empereur m'a fait lecture de la réponse qu'il vous a faite. Autant que je peux en juger, à part l'article de la Hollande, vous devez en être content. Il finit par vous engager fortement à venir le rejoindre à Paris et je joins mes instances aux siennes pour vous prier de ne pas vous refuser cette fois à son invitation. Je vous le demande au nom de tout ce que vous avez de plus cher et comme la plus grande preuve que vous puissiez me donner de votre attachement. Je vous l'ordonne, s'il est nécessaire, comme votre mère.

« Si je pouvais confier au papier tous les motifs puissants qui vous appellent à Paris, je suis sûre que vous n'hésiteriez pas un instant à quitter votre exil et à vous rendre au sein de votre famille ; mais c'est assez de vous dire que votre présence ici est de toute urgence et beaucoup plus nécessaire que vous ne pouvez rimaginer de loin. Mettez de côté toutes les raisons qui pourraient encore vous tenir loin de nous : n'écoutez que la voix de la nature ; rendez-vous à votre famille qui a besoin de vous dans ce moment. La circonstance, d'ailleurs, ne peut pas être plus favorable pour vous : votre retour dans cette crise excitera la même admiration dans l'Europe qu'a excitée" votre fermeté de caractère depuis trois ans. Le public applaudira à votre noble dévouement. » Et, après avoir tenté de prendre par l'amour-propre ce fils qu'elle connaît bien, Madame évoque l'amour paternel et l'amour filial auxquels elle se flatte qu'il cédera à la fin ; mais Louis est intraitable : « Pourquoi, ma chère maman,

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