‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 80 sur 104 · LOUIS — CORRESPONDANCE AVEC MADAME · texte numérisé non relu

LOUIS — CORRESPONDANCE AVEC MADAME

répond-il, me faire toujours redire les mêmes choses? Je ne puis rester qu'en Hollande devenue malg'ré moi mon pays depuis 1800. Je consentirais à redevenir Français si mon frère voulait rendre la Hollande à mon fils et consentir à ce que je devinsse simple particulier. Que puis-je faire? Aller en France, y voir des Hollandais infidèles et paraître remercier par ma présence mon frère de ce qu'il rn'a ôté, ainsi qu'à mes enfants, le trône qu'il avait tant contribué à me faire obtenir? S'il ne peut ou ne veut convenir que j'ai été forcé d'abdiquer et soutient que j'ai quitté mon royaume par ma seule volonté, peut-il disconvenir que mon fils au moins n'a pas abdiqué ? Il n'avait rien fait pour qu'on le déshéritât ainsi que son père ! Non ! ma chère maman, je souffrirais mille fois plus qu'en restant à l'étranger ; je souffrirais plutôt mille morts que de faire ce qui est contre ma conscience et mon devoir. Ne m'en parlez plus. »

Ainsi doit-on croire que toute la première partie de la lettre du l'^'" janvier était une comédie et que, s'il s'attendrissait sur les désastres de Russie, c'est uni- ([uement qu'il en espérait son trône de Hollande. Au surplus, l'accès passé , il n'a plus l'air, six mois durant, de penser à son trône. Il reste à Gratz oii il dédie des vers au Clair de lune « et chante Louise J... ». H se met en correspondance avec des gens de lettres tels que Charles Nodier. Il fait, sous le voile de l'anonyme, remettre au secrétaire perpétuel de la deuxième classe de l'Institut une somme de mille

francs destinée à former un prix « pour celui qui, au jugement de cette compagnie, aura le mieux traité la question exposée dans le programme suivant : Quelles sont les difficultés réelles qui s'opposent à l'introduction du rythme des Grecs et des Latins dans la poésie française ? Pourquoi ne peut-on faire des vers français sans rimes ? Supposé que le défaut de fixité de la prosodie française soit une des raisons principales, est-ce un obstacle invincible ? Et comment peut-on parvenir à établir à cet égard des principes sûrs, clairs et faciles ? Quelles sont les tentatives, les recherches et les ouvrages remarquables qu'on a faits jusqu'ici sur cet objet? En donner l'analyse, faire voir jusqu'à quel point on est avancé dans cet examen intéressant; par quelles raisons enfin, si la réussite est impossible, les autres langues modernes y sont-elles parvenues? »

A cette rédaction il est impossible de méconnaître Louis et Ion peut juger quel intérêt il prend à la question. C'est là le point de départ de cette prétendue réforme du vers français, à quoi, parla suite, il consacrera la plus grande part de son temps : lorsque, en 1813, sur le rapport du comte Daru, l'Académie française aura attribué le prix à l'abbé Scoppa, Louis protestera, parce que son opinion n'aura pas prévalu, et, quatre années plus tard, en 1819, il publiera en réponse son Mémoire sur la Versification.

Cet acharnement à fabriquer des vers, qu'il s'imagine faire mieux s'il n'a point à y trouver des rimes, et qui le conduit à s'instituer comme on disait

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