‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 81 sur 104 · LOUIS. — SON DEPART DE GRATZ · texte numérisé non relu

LOUIS. — SON DEPART DE GRATZ

« le législateur du Parnasse », est peut-ôtre redoublé par sa rivalité poétique avec Lucien, que son poème va immortaliser. Pour le moment, c'est le sujet ({u'il traite dans sa correspondance avec son frère — correspondance à la vérité intermittente, car les lettres sont retenues parle Cabinet noir ou elles mettent six mois pour parvenir.

En juin, Louis est allé prendre les eaux àNeuliaus ; en juillet, il revient à Gratz et, le 8, « il se décide à faire des démarches pour la Hollande, à Prague oii l'on annonçait l'ouverture d'un congrès ». Par là, il se pose nettement en ennemi de l'Empereur, et, bien que « ses démarches n'aient eu aucun résultat », et qu'il n'ait pas jugé utile de « transcrire dans ses mémoires des lettres qui ne sont que la répétition de sa protestation », il sulïit, pour qu'on le juge, que celles-ci aient été écrites et celles-là tentées.

Néanmoins, malgré l'invitation que l'empereur François lui avait fait adresser « de rester en tous cas dans son empire partout oi^i il le voudrait », Louis, au moment oi^i l'Autriche prenait parti contre Napoléon, « ne put, dit-il, supporterl'idée qu'en France on le crût avec les ennemis de son pays ». En réalité, ce fut Fouché qui, passant par Gratz pour aller pi'endre le g-ouvernement des Provinces lUyriennes, s'y arrêta une journée pour conférer avec lui et qui le détermina à un départ nécessaire. Prenant le nom de comte Hamst, il quitta Gratz le 2 août et, renonçant à des idées

d'établissement en Turquie, en Bosnie, àNaplesmême, il prit route vers la Suisse.

D'Ischl le 4 août, il écrivit à l'Empereur une lettre qu'il remit, en traversant Munich, au ministre de France, M. de Mercy-Argenteau. Il disait à l'Empereur qu'il était au moment de se rendre dans une retraite sûre et définitive, en Bosnie, lorsqu'il avait su les malheurs d'Espagne ; il avait appris que, de ce côté, les ennemis étaient sur les frontières; il avait vu que la guerre était imminente, que l'Empereur allait avoir un million d'hommes à combattre; il ne s'était pas cru le maître de se soustraire à la crise imminente et terrible qui se préparait. « Je suis peu de chose, disait-il, mais ce que je suis, je le dois à la Hollande et, après, à la France et à vous. Je vais donc en Suisse pour pouvoir être appelé par vous quand vous croirez pouvoir le faire, sans m'ôter l'espoir de rentrer en Hollande à la paix générale, ni d'une manière contraire au serment que je lui ai prêté ; car, comme il est cependant impossible que vous ayez voulu faire de moi et de mes enfants des êtres provisoires, il est impossible que Votre Majesté ne veuille pas leur rétablissement et le rétablissement de la Hollande, quand toutes les affaires relatives au commerce et à la navigation seront terminées. Enfin, sire, si je puis jamais être utile à la France et à Votre Majesté, elle saura mieux que moi la manière qui convient à celui de vos frères qui est devenu roi de Hollande... »

Ainsi, le marchandage continue, il s'accentue même. Louis rentrera en France et offrira ses services à la

Page 1