LOUIS. — EN SUISSE
France, à la coiulilion que l'Empereur lui garanlira la Hollande lors de la paix g^énérale. Ainsi écriL-il à sa mère le 9 août, en arrivant à Saint-Gall « qu'il est venu en Suisse, afin de se trouver dans un pays non susceptible d'être en guerre avec la France, si la guerre recommence, et aussi pour donner à son frère plus de facilité pour le rétablir en Hollande dans le cas que la paix ait lieu ». Et, tant est grande son inconscience, il ajoute : « Je félicite mon frère (Joseph) d'être sorti d'un pays où il devait tant souiïrir, mais je suis bien al'fligé des maux qui l'y ont contraint et dont il a été témoin. » C'est que Joseph a été roi par la grâce de l'Empereur et malgré les Espagnols, tandis que lui est roi par le vœu des Hollandais et malgré l'Empereur : il s'est convaincu qu'il est « national » et que ses sujets l'appellent.
Toutefois, comme l'Empereur ne lui rend pas encore la Hollande , il reste en Suisse; il se promène dans le canton d'Appenzell, il va prendre les eaux à Scliinznach (fin août) et, au début de septembre, s'installe à Bâle. De là il retourne à Yverdon consulter, faire une cure d'eaux sulfureuses. Au milieu de ces voyages, des vers : TAôsence, les Regrets, les Vœux, les Doutes ; il a découvert une muse nouvelle, Caroline M... ; il s'est mis en correspondance réglée avec M'"'^de Montolieu, et l'a cliargée de proposer à l'éditeur Arthus Bertrand d'entreprendre une édition française de Marie. Il n'a point l'air de se douter que certaines de ses productions ont en ce moment bien plus de retentissement
que n'en auront jamais ses romans : « Imprimés avec emphase par rAutriclie après la déclaration de guerre pour noircir le caractère de son frère et accroître l'animosité qui éclatait de tous côtés contre lui », ses libelles, comme dit l'Empereur — protestations, lettres, déclarations — ont fait le tour de l'Europe. N'est-ce pas Louis pourtant qui, en les adressant à l'empereur de Russie et à l'empereur d'Autriche, en a provoqué la publicité et ne peut-on penser que l'édition en a été préparée par ses soins?
A la suite de la bataille de Leipzig, le roi de Naples passe en Suisse; il traverse Bàle ; il y voit Louis. « Il lui conseille de rentrer en Hollande par le secours des alliés. Louis lui répond qu'il ne le fera jamais, parce qu'on ne voudra pas que la Hollande reste entièrement neutre et que, pour aucun trône du monde, il ne voudrait faire la guerre à son pays. «
« Cependant, après le départ du roi de Naples, il réfléchit mûrement sur la situation singulière dans laquelle il se trouvait. Il sentait fort bien — c'est lui qui le dit — que le moment était favorable pour tenter de rentrer en Hollande. » Il expédia donc un officier de sa garde à Mayence avec ordre d'y attendre l'Empereur, et de lui remettre une lettre. Par cette lettre, il réclamait l'évacuation de la Hollande par les troupes françaises, le libre passage pour lui-même à travers la France et le départ, k sa suite, de tous les Hollandais qui se trouvaient à Paris. Comme il ne doute pas que ses propositions ne soient acceptées avec
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plaisir, il a écril à plusieurs personnes en Hollande pour leur annoncer qu'il était probable qu'on Ty revorrait incessamment; il a envoyé à Van Capelien, auquel il n'a point écrit depuis la rupture en 1812, son secrétaire, porteur d'une lettre l'invitant dans les termes les plus pressants à le rejoindre sans perdre de temps. Il lui a dit « qu'il ne refuserait certainement pas d'écouter la voix de son ancien roi; que, dans un temps comme celui-ci, toute considération devait faire place à ce qu'exigeait l'intérêt de la patrie, etc., etc. ». Van Capelien, présumant que le roi voulait l'envoyer plaider sa cause près des souverains alliés réunis à Francfort, répond négativement, mais Louis n'a pas plus attendu sa réponse que celle de l'Empereur ; il est entré en France comme en terre conquise et, le 3 novembre, il est arrivé à Pont-sur-Seine, oi^i il s'est établi au château de Madame.
L'Empereur, cependant, n'a pas pris les choses comme Louis s'y attendait. Dès le o, il écrit à Cambacérès : « Je vous envoie une lettre du roi Louis qui me parait une folie. Je suppose que ce prince n'est pas venu à Paris. S'il y vient comme prince français, mon intention est d'oublier toutes ses sottises, tout ce qu'il a imprimé et de l'y recevoir. S'il vient comme roi de Hollande et ((u'il veuille persister dans cette chimère, il ne doit pas être reçu. S'il avait fait la sottise de venir, on ne doit lui faire aucune visite et il faut qu'il reste incognito chez Madame, à Pont. L'Impératrice surtout ne doit pas le voir. »
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A la réflexion, l'arrivée de Louis, sa prétention d'être un sauveur, le ton dont il a fait ses propositions, la sommation qu'il adresse de lui rendre ses États, tout ce qui prouve l'idée fixe et accuse la folie, paraît à l'Empereur une bravade et une rébellion. « Il est affreux, écrit-il à Cambacérès, qu'il choisisse ce moment pour venir m'insulter et déchirer mon cœur en m'obligeant à un acte de sévérité; c'est dans ma destinée de me voir constamment trahi par l'ingratitude des hommes que j'ai le plus comblé de bienfaits, surtout par celui-ci pour l'éducation duquel je me suis privé à l'âge de vingt ans de tout, même du nécessaire. » La blessure est profonde; pourtant l'Empereur, sans se laisser enlrahier par la colère, maintient ses propositions. « Si Louis vient comme prince français se ranger autour du trône, il trouvera, en son frère, accueil et oubli du passé. » Il devra alors l'écrire à l'Empereur et, aussitôt que sa lettre sera aux mains de Cambacérès, il pourra être présenté à l'Impératrice et entrer en possession de son apanage. Mais, s'il vient pour réclamer la Hollande, comme sa lettre le fait croire, et « avec ce système insensé qui lui a été suggéré par l'Autriche et par les ennemis de la France », de deux choses l'une : ou Madame, « qui n'a rendu à l'Empereur aucun service auprès de ses fils », obtiendra de lui qu'il s'éloigne et qu'on n'en entende plus parler; ou, si, après cette démarche de Madame, il est resté à Paris, sans avoir déclaré qu'il vient comme prince français, quarante-huit heures après, l'archichancelicr se rendra