‹ Napoleon et sa famille (volume 3)Chapitre 87 sur 104 · JOSEPH. — MADAME MÉDIATRICE · texte numérisé non relu

JOSEPH. — MADAME MÉDIATRICE

à portée de prévenir des intrigues redoutables. L'Empereur ne pouvait compter que sur lui; il ne pouvait attendre que de lui un appui opportun. D'ailleurs son apparence d'opposition ne pouvait durer, il fallait ou qu'il disparût de l'F^mpire ou qu'il servît l'Empereur.

Madame, qui s'employait avec un zMe admirable à grouper autour de Napoléon toutes les forces vives qu'elle croyait trouver dans la Famille, avait rencontré en Julie une alliée qui, comprenant à quel point la position de son mari était ridicule et pouvait à quel({ue moment devenir déslionoraiite, s'était mise d'accord avec l'Empereur sur les termes où il se restreignait pour que Josepli attestât sa soumission. Le 27 décembre, Julie, qui avait été à Paris, reparut à Mortefontaine, accompagnée de Madame. L'Empereur renonçait à recevoir l'abdication ou la renonciation de Josepli comme roi d'Espagne : Que Josepli se rendît sur-le-cliamp à Paris, comme prince français, qu'il descendît au Luxembourg; que, par une lettre faite pour être publiée, il annonçât à l'Empereur que, comme son premier sujet, il venait se ranger aux pieds du trône, et tout serait oublié. C'était trop encore. Il fallut à Joseph deux jours pour rédiger une lettre telle qu'elle allait directement contre les volontés de Napoléon : « Sire, écrivait Joseph, la violation du territoire suisse a ouvert la France à l'ennemi. Dans de pareilles circonstances, je désire que Votre Majesté soit convaincue que mon cœur est tout français. Ramené en France par les événements, je

serais heureux de pouvoir lui être de quelque utilité, et je suis prêt à tout entreprendre pour lui prouver mon dévouement. Je sais aussi, Sire, ce que je dois à l'Espagne ; je vois mes devoirs et je désire les remplir tous. Je ne connais de droits que pour les sacrifier au bien général de l'humanité, heureux si, par leur sacrifice, je puis contribuer à la pacification de l'Europe. Je désire que Votre Majesté trouve bon de charger un de ses ministres de s'entendre sur cet objet avec M. le duc de Santa Fé, mon ministre des Relations extérieures. » Ainsi, à la date du 29 décembre 1813, Joseph, toujours roi d'Espagne, consentait seulement à traiter des conditions dans lesquelles il consentirait à échanger sa couronne contre quelque agréable compensation, et, malgré qu'il eût le désir d'être à la France « de quelque utilité », il ne renonçait pas plus à être roi qu'il n'acceptait d'être prince français. On n'avait donc rien gagné sur lui depuis un mois.

Telle que fût la lettre, Madame et Julie repartirent pour la porter à l'Empereur, car Joseph, prétextant qu'il était malade et hors d'état de faire le voyage, se soustrayait à l'obligation qui lui était imposée de venir à Paris et de s'établir au Luxembourg.

L'Empereur ne répondit pas : il se trouvait engagé au milieu des difficultés qu'avait fait prévoir fopposition du Corps Législatif et qui en avaient motivé l'ajournement. Des bruits alarmants étaient répandus de tous côtés. On allait jusqu'à annoncer que le gouvernement était dans un péril imminent. Josepii, auquel ces nouvelles avaient été rapportées, «écrivit

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