‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 102 sur 106 · NAPOLÉON II ET LES PAIRS · texte numérisé non relu

NAPOLÉON II ET LES PAIRS

qui se souvenaient du 18 fructidor, coinnie pour ceux qui avaient en mémoire les proclamations récentes de Grenier, un seul de ces trois comptait, "et F'ouché restait le maître, entre une dupe et un complice.

Mais que feraient les pairs ? Même après l'étonnante algarade de Ney, le « sauve qui peut » retentissant que le brave des braves avait hurlé à la tribune et cjui avait atterré ses amis, la question de la succession au trône qu'ouvrait l'abdication de l'Empereur n'avait pas moins été posée. Deux hommes, l'un, Pontécoulant, qui devait tout à l'Empereur, l'autre Boissy, le ci-devant maître d'hôlel de Monsieur, qui, aux récompenses qu'il reçut de son ancien protecteur, travaillait pour lui, s'étaient opposés avec une froideur haineuse aux propositions qu'un dévouement passionné inspirait à Labédoyère, qu'une reconnaissante fidélité faisait soutenir à Ségur. On avait suspendu la séance pour envoyer cette députation à l'Empereur. A la reprise, à 9 heures du soir, tout ce qui demeurait napoléoniste était là : Joseph, Lucien, Jérôme, Fesch, Labédoyère, Ségur, Rœderer, Maret, Flahaut, tous revêtus de leurs décorations, étaient entrés ensehible. Lacépède qui présidait rendit compte, en atténuant les termes, des paroles de l'Empereur : « Je vous répète ce que j'ai dit au président de la Chambre des représentants, je n'ai abdiqué qu'en faveur de mon fils. » Aussitôt Lucien prit la parole. « Il s'agit ici, dit-il, d'éviter la guerre

civile; desavoir si la France est une nation indépendante, une nation libre : L Empereur est mort! Vive V Empereur ! L'Empereur a abdiqué ! Vive V Empereur! il ne peut y avoir d'intervalle entre TEmpereur qui meurt ou qui abdique et son successeur. Telle est la maxime sur laquelle repose une monarchie constitutionnelle. Toute interruption est anarchie. Je demande qu'en conformité

de l'Acte constitutionnel la Chambre des pairs,

par un mouvement spontané et unanime, déclare, devant le peuple français et les étrangers, qu'elle reconnaît Napoléon II comme empereur des Français. »

Et comme il s'élevait des murmures : « J'en donne le premier l'exemple et lui jure fidélité. »

Et il développa sa motion qui tournait à l'accusation : « S'il est, dit-il, des traîtres autour de nous, s'il est des Français qui pensent nous livrer au mépris des autres peuples, à l'ignominie de ne savoir défendre ce que nous avons entouré de respect et d'amour; si une minorité factieuse voulait attenter à la dynastie et à la Constitution ; ce n'est pas dans la Chambre des pairs qu'on trouverait des traîtres, ce n'est pas dans la Chambre des pairs qui a donné l'exemple du dévouement, que les factieux trouveraient un appui. »

Un tel discours eût pu porter de la tribune des Cinq-Cents; à la tribune des Pairs il détonnait. On était là entre gens qui évitaient de se compromettre et se réservaient à l'enchérisseur. Ponté-

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