LA FRANC U: EN INTERDIT
de disposer de soi de l'autre ? Comment les concilier, comment empêcher qu'ils se heurtent violemment et qu'ils accusent plus fortement encore l'antinomie entre l'Empereur et l'Europe monarchique ?
Le 2 avril, l'Empereur se berçait encore de l'idée que, moyennant des agents secrets employés à bon escient, il rallierait la Suède, les Pays-Bas, quelques cantons suisses, divers princes d'Allemagne, entre autres ceux de Bavière, de Wurtemberg, de Bade, de Hesse-Darmstadt, de Nassau et de Saxe, certains princes d'Italie, comme le grand-duc de Toscane et le Pape, et enfin les souverains d'Espagne et de Portugal. « On leur ferait connaître, par des insinuations multipliées et par des agents secrets, ses intentions et ses bonnes dispositions à leur égard. » A la vérité, aucun courrier n'était admis à franchir le Rhin, et, les agents secrets étant rigoureusement poursuivis, rien ne filtrait de ces desseins pacifiques. Mais l'Empereur ne paraissait point douter qu'une simple représentation de son ministre des Relations extérieures ne suffît pour lever les obstacles : « La guerre ayant pour objet, disait-il, d'amener la paix, interrompre les communications c'est agir contre le droit des gens. » Dans la confiance qu'il avait gardée en son ancienne puissance, il se flattait que, s'il intervenait personnellement, on n'oserait point arrêter ses émissaires : c'est pourquoi, le 4 avril, il adressait à chaque souverain une lettre autographe où, après
avoir raconté pourquoi il s'était décidé à rentrer en France: «Je suis venu, disait-il, et du point où j'ai touché le rivage Famour de mes peuples m'a porté jusqu'au sein de ma capitale. » Et il continuait : « Assez de gloire a illustré tour à tour les drapeaux des diverses nations ; les vicissitudes du sort ont assez fait succéder de grands revers à de grands succès. Une plus belle arène est aujourd'hui ouverte aux souverains et je suis le premier à y descendre. Après avoir présenté au monde le spectacle de grands combats, il sera plus doux désormais de ne reconnaître d'autre rivalité que celle des avantages de la paix, d'autre lutte que la lutte sainte de la félicité des peuples. La France se plaît à proclamer avec franchise le noble but de ses vœux. Jalouse de son indépendance, le principe invariable de sa politique sera le respect le plus absolu de l'indépendance des autres nations. » Une circulaire de Caulaincourt aux ministres des principaux cabinets paraphrasait cette lettre, commentée plus amplement encore par une note parue dans le Moniteur du lendemain, mais toute phrase prononcée ou écrite amenait fatalement une affirmation plus caractérisée et plus nette de la souveraineté du peuple et du principe de non intervention. « C'est contre la volonté nationale, disait le Moniteur, que les Puissances agiraient en attaquant la France ; or elles savent ce qui en résulte. »
De ces menaces, comme de ces promesses et de