‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 12 sur 106 · TOUT DEPEND DE MARIE-LOUISE · texte numérisé non relu

TOUT DEPEND DE MARIE-LOUISE

ces assurances, rien ne filtrait au deliors. « L'établissement d'une sorte de blocus qui rompait toutes les communications de la France avec les Gouvernements étrangers », comme écrivait Caulaincourt le 16 avril, rendait vaines les protestations que faisait l'Empereur de son amour pour la paix. Ce n'était pas le Blocus, c'était l'Interdit. Les souverains réunis en Congrès retranchaient du monde la France dont l'épidémie révolutionnaire pouvait gagner leurs peuples. Un cordon sanitaire l'isolait, en attendant que, leurs forces étant réunies, les Alliés abolissent le foyer d'infection en supprimant celui qu'ils en tenaient pour l'instigateur.

Pourtant, et ({uels que fussent les termes de la déclaration du i3 mars, et quelque forts que fussent les engagements que les plénipotentiaires de Louis XVIII se flattaient d'avoir obtenus, certains des souverains alliés n'eussent point été extrêmement éloignés d'admettre la combinaison même à laquelle Napoléon lui-même avait dû arrêter son esprit, comme la seule qui pût concilier les droits de la France, ceux de la dynastie nationale et les convenances de l'Europe : il n'y avait qu'à retourner d'une année en arrière, au mois de mars i8i4 : proclamation de Napoléon II, régence de Marie- Louise.

L'empereur Alexandre avait éprouvé de la part des Bourbons une telle ingratitude, des manques de forme si caractérisés, que l'antipathie qu'il avait conçue contre eux s'était accentuée presque

jusqu'à la haine et toute combinaison où ils ne fussent point entrés lui eût vraisemblablement agréé pourvu qu'il ne s'agît point de Napoléon lui-même ; TAutriche, au dire de Fouché, n'eût point été éloignée d'acquiescer à l'idée de la Régence et peut-être Metternich, dans les négociations qu'il devait engager avec lui, n'était-il pas entièrement de mauvaise foi. Mais il restait à résoudre une question majeure. Pour faire une régence, il fallait un régent ou une régente : une régente, d'après le sénatus-consulte du 5 février i8i3, si les sénatus-consultes étaient encore en vigueur. L'Impératrice avait été régente durant les deux dernières campagnes et seule elle avait été en question lors des négociations d'avril i8i4. Les souverains ne se fussent prêtés à aucune autre combinaison et ils ne pouvaient trouver chez aucun des dignitaires auxquels, d'après le sénatusconsulte du 28 floréal an XII, la régence eût été attribuée, les garanties que présentait une archiduchesse d'Autriche ; mais encore fallait-il que Marie-Louise « consentit», qu'elle vintà Paris avec l'agrément de l'Europe et qu'elle amenât son fils. Or l'Empereur reste sans la moindre indication sur ses intentions, et chaque jour qui s'écoule enlève une espérance; mais Napoléon ne veut pas admettre encore que sa femme lui a échappé.

Le i5 avril, Montrond, qui a trouvé moyen d'entrer à Vienne et de voir Talleyrand, revient avec une lettre de Méneval : « L'esprit de Tlmpéra-

QUE RÉPONDRA MARIE-LOUISE? ar,

trice, écrit Méneval, est tellement travaillé qu'elle n'envisage son retour qu'avec terreur. Tous les moyens ont été employés depuis six mois — doisje dire depuis trois ans — pour l'éloigner de l'Empereur. »

C'est une indication grave, mais le secrétaire pouvait avoir exagéré ; on n'ignore pas, dans la Maison, sa lutte contre M""'' de Montebello ; l'allusion qu'il fait à la dame d'honneur est cinglante et affirme ses mauvaises dispositions. L'Empereur ne renonce pas encore: il attend Ballouhey qui lui est annoncé. Le 28, arrive Ballouhey; si impatiemment attendu que son passage à Belfort devait être signalé par le télégraphe. En venant de Vienne, il a passé par Munich où le prince Eugène s'est retiré et il l'a vu. Ballouhey est un homme de confiance : depuis i8o5, il a rempli, près de Joséphine d'abord, puis près de Marie- Louise, la place de secrétaire des dépenses. D'intelligence médiocre, de vues courtes, de vanité désordonnée, il est à la fois trop honnête pour mentir, trop bête pour inventer, trop important pour n'être point enivré. D'ailleurs point d'opinion ; comptable. A son arrivée, il trouve un planton qui l'attend et qui le conduit aussitôt à l'Elysée. L'Empereur le retient près de deux heures. « Il avait, dit Marchand, beaucoup à apprendre de lui sur ce qui se passait à Vienne, et ce que lui faisait dire le prince Eugène l'intéressait au plus haut point. )) Certes, cela surtout, car Ballouhey là est

3o NAPOLÉON ET SA FAMILLE

un commissionnaire. Sur les nouvelles qui ont couru, sur les faits publics, Ballouhey peut fournir des indications, mais, de l'Impératrice, il ne sait que ce que lui a dit Méneval, ce qu'il a appris des gens de service et l'Empereur, même pressé par la nécessité, n'est point homme à interroger, sur ce qui kii tient le plus au cœur, un homme qui n'est pas de sa familiarité. Il pousse à un point extrême la pudeur de sa vie intime et, sur une telle question, il ne tolérerait point les propos. Au surplus, l'arrivée de Ballouhey est du 28 : le 3o, il espère encore, ce qui prouve qu'il n'a pas poussé loin le secrétaire des dépenses. Le 3o, il réexpédie pour Vienne Montrond arrivé moins de quinze jours avant avec la lettre de Méneval, et M"^ du Gayla, qui renseigne exactement M. de la Rochefoucauld et ses amis de Gand sur taut ce qui se passe à Paris et à la Cour, ajoute, en lui annonçant cette nouvelle, u qu'on fait sans cesse des propositions différentes avec ou sans Bonaparte ». C'est en effet le 5. mai que le baroQ de Stassart, parti de Paris au milieu d'avril, arrive à. Vienne porteur de dépêches pour l'Impératrice et pour M. de Metternich, et si elles sont ouvertes par les ministres du Congrès qui décident de ne les point remettre et de n'y point répondre, exactement à la même date, Metternich ouvre avec Fouché, peut-être de bonne foi, une négociation relative à la régence, dont l'Empereur s'empare, qu'il confie à un sot et que par là même il fait avorter.

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