CONDITIONS FAITES A MURAT
a été concertée avant le i", 011 Colonna est arrivé à Naples. Rien par exemple n'empêche de penser que Colonna est venu porter la nouvelle du départ en même temps que les dernières recommandations.
Que l'on se soit mis d'accord au début ou à la fin de février, aucun traité n'a été signé. Murât a dit ({.u'il voulait s'en rapporter uniquement à l'Empereur : « Il déclara que cette seule démarche de l'Empereur lui suffisait, que l'Empereur aurait par sa conduite la preuve qu'il avait été plus malheureux que coupable, plus trompé que criminel et que l'Empereur apprendrait ce dont il est capable pour témoio^ner sa reconnaissance à son bienfaiteur, au chef de sa maison ; que, lorsqu'il s'était détaché de lui, il n'avait jamais présumé que les Bourbons puissent être remis sur le trône de FTance. »
Colonna, qui avait été autorisé par l'Empereur à signer un traité de garantie et môme un traité d'alliance offensive et défensive « pourvu qu'il ne fût mis à exécution qu'autant que la paix ne pourrait être maintenue avec les puissances étrangères », avait mission expresse de demander à Murât que, sur la nouvelle du débarquement, il expédiât un agent de confiance à Vienne et qu'il parlât lui-même au ministre d'Autriche pour faire connaître les dispositions pacifiques de l'Empereur. En même temps, Colonna devait inviter le roi à se tenir sur ses frontières avec son armée, sans dépasser Ancône, « parce que, dans le cas où l'Autriche voudrait faire entrer ses troupes en France, la posi-
tion du roi de Naples avec ses 60.000 hommes, l'obligerait à une diversion importante ». Ces recommandations, l'Empereur devait les renouveler et les faire renouveler en toute occasion : il comptait que Murât avait trop besoin de lui pour vouloir le tromper et que, dans cette crise où ils se trouvaient l'un et l'autre, ils ne pouvaient espérer le salut que d'une solidarité complète. Mais quel fonds faire sur Murât et, de si loin qu'il parût revenir, comment penser qu'avec l'étonnante mobilité de son esprit et l'espèce de délire ambitieux dont il était atteint, il se contraindrait à présent à exécuter une politique qu'il n'eût point imaginée et où il fût placé au second plan ?
Les aventures qu'il avait courues depuis un an eussent pourtant été pour l'instruire. Lors de son retour à Naples en mai 18 14, il se trouvait dans la plus étrange des situations ; bien que, pour conserver son royaume, il eût trahi son bienfaiteur, et qu'il eût fait tirer sur le drapeau français, il n'avait point été reçu pleinement en grâce par les coalisés. Les renégats ont de ces surprises : on exige que, pour prouver leur sincérité, ils commettent des crimes dont l'horreur même est tournée contre eux. On le traitait comme ces forçats qui s'offrent pour servir de bourreaux, et qui reçoivent le droit de vivre en échange de ce nouveau crime. On consentait à le tolérer, mais qui, et pour combien de temps.'