MURAT ET LES ANGLAIS
étaient les vues du gouvernement anglais. Une déclaration oflicielle faite par Lord Benlinck et des déclarations réitérées faites par Lord Castlereagh, dont j'ai eu tant d'occasions d'apprécier l'inaltérable loyauté, m'ont garanti que mes stipulations avecTAutriclie auraientle consentementdu gouvernement anglais et que l'Angleterre y accédait. Quel obstacle pourrait empêcher aujourd'hui un traité entre les deux Etats conforme à cette déclaration? Un tel traité pourrait être commandé à l'Angleterre par le premier de tous les intérêts : l'honneur. »
Murât écrit cela: il y croit peut-être Mais, quelle que soit l'opinion qu'il a de l'honneur, il a raison, lorsqu'il dit : on a pris des engagements avec moi, en raison d'engagements que j'avais pris : j'ai rempli les miens, à vous de remplir les vôtres.
« J'ai rempli les miens », toute la question est là, il le sait bien ; c'est pour le prouver qu'il a fait remettre ce mémoire que Bentinck réfute après Nugent et dont chaque passage est épluché, avec une hostilité méticuleuse. Les Anglais ne demandent certes pas mieux que d'abandonner Murât, d'aider même à le détruire ; mais leur probité commerciale est intéressée à ce qu'on ne puisse pas prétendre qu'ils lui ont fait banqueroute. Qu'on leur prouve qu'il n'a pas livré sa marchandise, ils se tiendront dégagés. Mais ils ne se contentent point d'à peu près ; ils ne se laissent pas prendre à des mots qui paraîtraient équivoques; ils regardent aux textes comme aux signatures et
leur inspection a le caractère d'un contrôle de banque. C'est pourquoi, attendu que, par deux fois, l'Angleterre a refusé le papier que lui présentait M. de Blacas, celui-ci cherche un endosseur, dùt-il faire simuler l'endos de Napoléon par l'abbé Fleurel.
Gomme, au fait, M. de Bombelles et M. de Blacas étaient d'accord et que l'on n'avait d'hésitation que sur le moment à choisir, que l'on espérait à chaque instant que Murât fournirait l'occasion espérée, la question de ce côté eût paru résolue si l'impatience de Louis XVIII ne l'eût porté à cette combinaison d'une coalition bourbonienne, dont les troupes, transportées par une flotte anglaise, rétabliraient le souverain légitime sur le trône de Naples. Il fallait, pour qu'un tel projet prît tournure, qu'il fût négocié avec gravité et que l'on eût résolu tout d'abord certaines questions faites pour embarrasser. N'eût-il point été dangereux de lancer une armée française à travers l'Italie toute chaude encore de ta gloire napoléonienne et, pour renouveler ainsi les aventures de Charles VIII, le moment ne serait-il singulièrement choisi ? Il est des contacts qu'il faut se garder d'établir si l'on ne veut pas allumer l'incendie. Ainsi, la voie de mer était la seule ouverte ; mais n'y a-t-il pas dans le traité du 1 1 janvier un article gênant pour l'Autriche ? Sans doute, dit Talleyrand à Castlereagh, « l'Autriche a pu prendre des engagements avec lui, mais pour le garantir d'attaques par terre ; il