MURAT ET LA PRINCESSE DE GALLES J
suflira donc de l'attaquer par mer. Quant à l'Angleterre, elle n'a jamais reconnu le titre que prend celui qui gouverne à Naples, ni les droits que ce titre lui suppose », elle a constamment reconnu et affirmé les droits de Ferdinand IV ; elle se doit et elle doit à sa politique de coopérer au renversement de Murât : comme elle est la maîtresse des mers, on ne saurait rien tenter sans son assentiment, pour quoi M. de Talleyrand demande au ministre de Sa Majesté Britannique s'il s'accorderait avec lui pour proposer au Congrès une résolution ainsi conçue : « L'Europe réunie en congrès reconnaît S. M. Ferdinand IV comme roi de Naples. Toutes les puissances s'engagent à ne favoriser, et à n'appuyer ni directement, ni indirectement, aucune prétention opposée aux droits qui lui appartiennent à ce titre, mais les troupes que les puissances étrangères à l'Italie et alliées à Sadite Majesté feraient marcher pour cette cause ne pourraient traverser l'Italie. » Quelques jours plus tard, il insiste par une note de principe : « Le grand et dernier but auquel l'Europe doit tendre et le seul que la France se propose, est, dit M. de Talleyrand, de finir la Révolution... Les dynasties révolutionnaires ont disparu sauf une... Que le principe de la légitimité triomphe sans restriction... Sans cela, la Révolution subsisterait ».
Le Cabinet anglais résistait encore, ne trouvant point suffisants les arguments de M. de Talleyrand et de M. de Blacas, et Murât, qui, ente moment.
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était l'hôte de la princesse de Galles et dans quel enthousiasme, au milieu de quelles fêtes ! ne doute point que le prince régent ne soit sensible à ces attentions; et lorsque, dévêtue en Renommée à l'antique, la princesse le couronne de lauriers, en présence d'une foule d'Anglais, étonnés mais respectueux, ne doit-il pas imaginer, dans l'ignorance où il est de la constitution et de la politique anglaises, que, tout de même, ce suffrage vaut quelque chose et pèsera dans la balance ?
Ainsi jouait-il sur ces deux cartes, Autriche et Angleterre, tantôt exalté au point de croire que son royaume était destiné au premier rang, et luimême aux premiers rôles, tantôt démoralisé jusqu'à perdre toute dignité et à risquer des démarches dont le moindre résultat était de lui enlever la plus vulgaire considération. Car ces déclarations d'amour qu'il adressait à tel ou tel et oîi, par une politique enfantine, il mêlait les attaques contre quelque autre, étaient aussitôt communiquées à celui-ci, en sorte que, si l'on avait été tenté de le prendre au sérieux, l'on était aussitôt désabusé. Gomme il frappait successivement — parfois simultanément — aux portes les plus différentes, ce jeu amusait les diplomates du Gongrès qui, en attendant qu'ils étranglassent la souris, la ballottaient de coin en coin.
Murât pourtant commençait à s'apercevoir que les souverains étaient mal disposés en sa faveur, mais il se flattait qu'il aurait les peuples et que,
MURAT ET LES EMISSAIRES DE FOUGUE Gi
moyennant qu'il se réconciliât avec les Garbonari et les Francs-Maçons, moyennant qu'il rentrât en rapport avec les Unitaires de la Ilaute-ltalie, lesquels ne pouvaient manquer de lui offrir leur concours, il mettrait le feu aux Légations, à la Toscane, à la Lombardie et même au Piémont.
Jusqu'à quel point ces rêveries se trouvaientelles justifiées, il n'est point aisé de le découvrir; toutefois, sur la quantité de projets qui furent soumis à Napoléon par des Italiens, sur le nombre des voyageurs qui vinrent à l'île d'Elbe exposer leurs plans d'Empire romain, on peut juger si Murât trouvait des rêveurs pour lui parler et lui écrire. Rien ne développe davantage le goût des spéculations politiques que l'atmosphère des sociétés secrètes, et les Italiens passent pour avoir toujours excellé à les organiser et à les entretenir.
De plus. Murât se trouva être poussé dans cette voie par le personnage qui avait déjà contribué à lui faire jouer un si triste rôle : Fouché. Fouché est, par toutes les occasions sûres, en correspondance avec Murât; mais, au mois de décembre 1814, il juge à propos de lui envoyer son commensal, son confident, l'homme qui, depuis deux longs mois, ne l'a point quitté dans l'espèce de solitude oii il vit à Ferrières : ce M. de Jullian, dont Thibaudeau a indiqué la fonction, dont le rédacteur des Mémoires de Fouché 2i signalé le voyage et dont une publication où lui-même en rend un ample compte semble avoir passé inaperçue. Jullian, comme ins-
pecteiir des Droits réunis en Piémont, chargé, dit-on, d'une partie de police secrète dans la haute Italie au temps de l'Empire, semble bien y avoir joué double jeu. Passant par Turin, Milan, Florence et Rome, il recueille à chaque fois des impressions qu'il apporte à Murât. Celui-ci paraît l'avoir mis au courant de ses projets et de ses espérances et l'avoir initié à ses secrets. « Il se passait peu de jours, écrit JuUian, qu'il n'arrivât à Naples des courriers et des émissaires de Rome, de Bologne, de Milan et d'un grand nombre d'autres villes d'Italie. Chacune d'elles, en adhérant au vœu général pour l'indépendance, l'union, et l'établissement d'un gouvernement constitutionnel et représentatif, avait ses prétentions particulières et réclamait, avec une administration municipale, la conservation de quelques-uns de ses droits et de ses privilèges. » Aussi, après un examen où tout projet de soulèvement partiel avait été écarté et où, de même, on avait rejeté toute idée de révolution sociale, on s'arrêta à « un plan, d'occupation militaire et successive de toutes les communes qui, à l'approche de l'armée de l'Indépendance, déclareraient hautement leur adhésion à ses principes, enverraient des commissaires auprès de son chef et justifieraient de la volonté de la grande majorité de leurs populations ». Un Sénat, siégeant à Rome, serait composé de députés de toute l'Italie. Des gouvernements généraux seraient établis à Turin, Milan, Florence et Naples, où l'on formerait divers grands
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établissements. « Déjà les plus importants renseignements étaient transmis par les habitants les plus éclairés des points de l'Italie. » Mais tous insistaient unanimement sur deux points où Murât résistait : une constitution libérale, embrassant l'Italie entière, et le drapeau de l'Indépendance substitué au drapeau napolitain. Murât se sentait blessé par ces exigences, surtout la seconde : car il ne doutait point que la gloire dont il avait couvert son drapeau ne dût lui valoir d'être préféré à l'étendard tricolore que Dante a peut-être annonce à l'Italie, mais qu'assurément Bonaparte lui a donné.
Et puis, s'il suivait, avec une complaisance plus apparente peut-être que réelle, le développement de ces intrigues, comme il eût préféré se rapprocher des souverains « ses frères », être accueilli, toléré même par eux, participer si peu que ce fût au banquet des Légitimes! «. Un mot de ses ministres à Vienne, une lettre de l'empereur d'Autriche changeaient toutes ses dispositions. » N'était-il pas d'ailleurs tiré vers cette politique toute autrichienne par la reine ?
Caroline qui, comme a dit son grand frère, « portait la tête d'un homme d'Etat sur les épaules d'une jolie femme », avait ces deux qualités essentielles de prendre ses résolutions, et de s'y tenir. Elle avait hésité avant de déserter la France et de se jeter à l'Autriche, mais une fois qu'elle se fut convaincue que la chute de l'Empire était au
moins probable, et que l'on ne pouvait demeurer fidèle sans être enveloppé dans le désastre, elle n'eut garde de sacrifier son trône à des sentiments dont elle appréciait la noblesse, mais dont elle connaissait le danger : elle accepta de franc jeu la situation nouvelle; elle désira que Murât en tirât toutes les conséquences ; elle condamna ouvertement ses hésitations et ses finasseries et comme, en femme experte, elle avait toujours mis ses inclinations d'accord avec ses intérêts, elle ne manqua point de faire répéter ses louanges à son ancien ami, M. de Metternich. par le nouveau, M. de Mier, ministre d'Autriche. Ces louanges, d'ailleurs, elle les méritait. Elle s'opposait, autant qu'il était en son pouvoir, à ces sautes d'humeur qui rendaient Murât accessible à toutes les influences, disposé à toutes les combinaisons, ouvert à toutes les intrigues : elle n'avait aucune illusion sur une entente avec les Bourbons ; elle croyait peu aux Anglais, mais elle se tenait fermement attachée à l'Autriche et, de môme qu'elle eût tout fait pour que, en se prononçant plus tôt et en agissant plus vigoureusement, Murât se fût compromis irrémédiablement pour l'Autriche et eût conquis ainsi sa gratitude, de même, à présent, elle employait toute son intelligence à lui prouver quel tort ne pouvaient manquer de lui faire les relations qu'il entretenait avec les Unitaires, les variations d'une politique dont tout le monde perçait la fausseté, les déclarations d'amour qui, adressées