MURAT ET NAPOLÉON O
rebelle peut-être que son propre fils à une réconciliation et peu portée vers cette fille dont elle connaissait trop la nature morale. Aussi bien, la réconciliation apparente, l'alliance au moins momentanée était inévitable. Dès que Murât admettait qu'il n'avait plus rien à espérer de l'Europe, dès qu'il acceptait c^tte hypothèse parmi celles qu'il envisageait successivement, et souvent simultanément, il devait tout faire, et il fit tout en efi'et, pour rentrer en relations avec le souverain de l'île d'Elbe.
Assurément, même lorsqu'il se livrait aux protestations de dévouement, d'obéissance et d'abnégation les plus exagérées, Murât n'était point de bonne foi ; la nécessité le poussait à des démarches que son inconscience lui rendait moins pénibles qu'elles n'eussent été à tout autre, mais qui affectaient sa vanité, si elles ne coûtaient rien à son orgueil. Il ne pouvait se passer de Napoléon, mais il ne voulait point être sa dupe ; il comptait bien qu'il ferait sa part de l'Italie durant que Napoléon — s'il pouvait — prendrait la France, mais il n'entendait ni se soumettre à l'ancienne vassalité, ni renoncer aux avantages qu'il croyait s'être acquis par ses intrigues. Si surprenante que la chose puisse paraître, il se tenait pour l'égal de l'Empereur, son égal par le génie militaire, son supérieur par le génie politique.
Quant à Napoléon, rien n'égalait le mépris qu'il avait pour Murât, aussi bien pour sa personne,
que pour ses talents. Dans le cas d'extrême nécessité où il se trouvait, il ne pouvait se refuser à accepter une entente qui seule lui procurait l'espoir d'une diversion immobilisant en Italie une armée autrichienne. Mais il fallait que Murât, tout en continuant ses armements et en renforçant ses troupes du mieux possible, ne sortît d'une attitude expectante que sur l'avis de l'Empereur, et, dans le cas où la paix pourrait être maintenue, ne tentât rien pour la compromettre.
Or, dès lors, la paix n'était-elle point en péril et par quoi était-on séparé d'une déclaration de guerre ? Le 23 février, peut-être sur des indices qui avaient pu lui venir des négociations entre la France, l'Angleterre et l'Autriche, Murât, par une note rédigée un mois auparavant, tenue dès lors en réserve et remise seulement à cette date par Campo-Ghiaro et Gariati, a réclamé de Metternich que, en vertu du traité du 1 1 janvier 1814, le roi de Naples, allié de l'Aulriche, fût reconnu par le roi de France. Au cas que les troupes françaises entrent en Italie pour l'attaquer, il a demandé l'autorisation de traverser, pour les combattre, les territoires occupés par les Autrichiens. Pour que le cabinet de Vienne accédât à une telle proposition, il eût fallu que sa naïveté fût bien grande et sa police bien mal faite : ce n'était point le cas. Avec une extrême habileté, Metternich se tourna vers Talleyrand dont il avait en main la déclaration que les Bourbons n'attaqueraient Naples que par mer, et il lui déclara, avec une