LA FAMILLE A PARIS
Mars-Juin i8i5.
HoRTENSE aux Tuilerics le 20 mars avec Julie. — Paroles sévères de Napoléon. — Lettre inconsidérée à Eugène. — Eugène compromis. — Il est question do l'arrêter. — Explication avec l'empereur Alexandre. — Remords d'Hortense. — Nouvelle lettre. — Les Beauharnais contre les Bonaparte. — Horlense inconsidérée. — Ce qu'a été son salon. — Son effort pour y réunir des éléments irréconciliables. — Les officiers bonapartistes. — Les femmes. — Justifications devant Alexandre. — Hortense et Thibaudeau. — Opinion de celui-ci. — Flahaut en rapports avec 1 Empereur. — L'annonce du retour de l'Empereur. — On accuse la reine de l'avoir fêté. — Les enfants mis en sûreté. — On inspire à Hortense une étrange démarche près d'Alexandre. — Elle provoque l'immixtion de l'étranger.
— Les Bourbons tentent un coup de force. — Les visites. — Les avis. — Avertie de se mettre en sûreté. — Demande asile à de faux amis, — à la négresse qui fut la bonne d'Eugène. — Calomuies contre elle. — Elle offre ses services à l'Empereur, au roi, à M™'' Récamier, aux d'Orléans, etc. — Visite aux Tuileries avec ses fils. — Ce que dit lEmpercur du procès.
— Louis refuse de rentrer en France. — Il reste à Florence.
— Réconciliation de l'Empereur avec Hortense. — Il fait écrire par elle à l'empereur Alexandre. — Sa lettre. — Réponse d'Alexandre. — Elle donne ouverture à la régence. — Napoléon à Malmaison avec Hortense. — Souvenirs de Joséphine.
— Horlense tient la Cour. — Ses lettres à M. Sosthène de La Rochefoucauld et à M"^- du Cayla. — Inconscience sentimentale.
Joseph. — Il arrive le 2 3 aux Tuileries. — Son voyage. — Comment il a été proscrit en Suisse. — Le comte et le prince de Talleyrand contre lui. — Obstacles mis par le ministre d'Autriche. — Négociation de Paroisse. — Assurances qu'il donne au comte de Talleyrand. — Etrange démarche de Joseph, sans doute commandée par Napoléon. — Mesures prises contre lui. — Son arrestation commandée. — Conspirait il avec Napoléon ? — Habitations, chevaux, voitures, apanage offerts par l'Empereur. — Maison militaire. — Conduite de Joseph.
— L'Empereur lui destine la dignité de grand électeur. — Constitution de son apanage. — Il réconcilie l'Empereur avec Lucien.
Lucien. — Lucien ne peut rester à Rome si le pape en sort.
— Il tente de 1 y faire rester. — Il quitte Rome avec le Père Maurice. — M"^*^ Lucien reste à Frascati. — A Florence, Lucien demande les ordres du pape. — Il va à Milan, — traverse la Suisse. — Arrive à Genève. — S'arrête à Beine. — Pique sur Paris. — Station à Charenton. — Versions différentes, — Le Père Maurice aux Tuileries. — Il voit l'Empereur, qui ne parle pas de Lucien. — Etrange imbroglio. — Lucien repart, — s'arrête à La Grange-la-Prévôté, — arrive à Prangins, — est averti qu'il va être arrêté, — repasse en France. — Séjour à Versoix. — Lettre au nonce. — M. Auguste de Talleyrand et le corps diplomatique. — Le nonce en suspicion. — - Lucien loue une campagne sur les bords du Léman. — Lettre reçue de Joseph. — Rappel de Lucien. — Gravité de cette mesure au point de vue dynastique. — Louis et Jérôme. — Lucien revient à Paris. — Lettre à l'Empereur.
— Il demande à entrer dans la dynastie. — Palinodies. — Grand Cordon. — Note de lEmpereur sur la maison de Lucien. — Situation respective des héritiers. — Ce que dit Lucien impossible. — Lucien prince. — Son palais. — Sa maison. — Ses audiences. — Son ton. — L'Institut. — La réception de M. Parseval Grandmaison. — Discours d'Aignan.
— Contrasle avec la séance de la deuxième classe du 21 avril.
— J.'Ode contre les détracteurs d'Homère déclamée en séance parle prince Lucien. — Accueil qu'il reçoit. — Rapports qu'il dit avoir eus avec l'Empereur. — Consolidation de sa situation. — Le Palais -Royal apanage de branche. — Ce que Lucien réclamait en i83i. — Les armoiries du prince. — Lucien Bonaparte et non pas Lucien Napoléon. — Distinction essentielle. — Le prince républicain.
LA FAMILLE A l'AlUS
Jérôme. — Calheriuc doit aller aux oaux. — Nouvelle du départ de lile d'Elbe. — Jérôme s'échappe. — Navigation dans r.Xdrialitiue. — Premier, second débarquement sur les côtes d Italie. — llencontre du roi Joachim. — Conversation.
— Les projets de Muiat. — Ce qu'il propose à Jérôme. — Faux bruit de l'arrivée de Catherine à Ancône. — Jérôme à Bologne.
— Son entrée à Florence au milieu des Autrichiens. — Il échappe, — rétrograde sur Ancône, arrive à Portici où il retrouve sa mère et son oncle.
Mad.\.mi;. — Elle eût voulu quitter Porto-Ferrajo. — Ecrit à Lucien à ce sujet. — Arrivée du colonel Campbell. — Scène avec Pauline.
Palli.m:, qui a pris peur, s'embarque avec les dames Lcbel sur un petit bâtiment, — arrive à Viareggio, — débarque, — se fait transporter à Campignano, cliatcau de la princesse Elisa. — Le château cerné la nuit par les Autrichiens. — Un des serviteurs de Pauline s'échappe, elle est prisonnière.
Madame pensait à la rejoindre. — Attend désormais qu'on la vienne chercher. — Transportée à Naples sur un vaisseau napolitain.
Fesgh. — Ses espérances de tranquillité. — Les caisses de tableaux qu'il attendait, séquestrées par les Bourbons. — Inventaire de sa galerie. — Il n'a pas reçu les instructions de l'Empereur l'accréditant près du Pape. — Arrivée de Jérôme.
— Triste réunion de famille.
Madame, Jérô.me et Fescm. — Premier embarquement sur le Joachim, obligé de rentrer en rade. — Arrivée de la Biche.
— Blocus de la rade. — Arrivée de la Melpoinène. — Le guetapens des Anglais. — La Melpoinène attaquée en pleine paix et prise. — Cruelle incertitude. — Arrivée de la Dryade à Gaète.
— Sauf-conduit anglais. — Départ pour la France. — Relâche à Bastia. — Le général Simon. — Jérôme et ses prétentions.
— Le bal manqué — Arrivée au golfe Juan. — Voyage à travers la France. — Enthousiasme des Lyonnais. — Jérôme arrive à Paris le 27 mai. — L'Empereur lui demande quel commandement il veut prendre. — Question dynastique posée.
— Droits incontestables de Jérôme. — Opinion d'IIortense. — Le Champ de Mai. — Fesch désigné pour y officier arrive quand tout est terminé».
Règlement de la situation financière. — Rentes et apanages.
— Ce que l'Empereur donne à chacun des siens.
Le 20 mars, les deux reines étaient aux Tuileries attendant l'Empereur. M""® D'Arjuzon accompagnait celle qui n'allait plus être que la Princesse Hortense. Elles faillirent être étoufFées lorsque, à 8 lieures du soir, FEmpereur arriva et que Julie, en deuil de sa mère, Hortense, qui pour la circonstance avait repris le deuil de la sienne, s'avancèrent audevant de lui pour le recevoir. Elles se retirèrent dans un salon où l'on vint les chercher. « Il les embrassa assez froidement. Il demanda à la reine Hortense où étaient ses enfants : « Vous avez placé mes neveux dans une mauvaise position, au milieu de mes ennemis » : voilà ce qu'elle eut d'abord. Il les quitta alors ; elles attendirent indéfiniment qu'il revînt et, à minuit, prirent le parti de se retirer. En rentrant à son hôtel, Hortense trouva Soulange- Bodin, l'homme de confiance du prince Eugène, qui lui demanda d'écrire à son frère. Hortense, assure-t-on, était tout endormie lorsqu'elle écrivit cette lettre de si grande conséquence : « Mon cher Eugène, un enthousiasme dont tu n'as aucune idée ramène l'Empereur en France. Je viens de le voir. Il m'a reçue très froidement. Je pense qu'il désapprouve mon séjour ici. Il m'a dit qu'il comptait sur toi et qu'il t'avait écrit de Lyon. Mon Dieu ! pourvu que nous n'ayons pas la guerre ! Elle ne viendra pas, j'espère, de l'empereur de Russie. Il la désapprouvait tellement! Ah! parle-lui pour la paix! Use de ton influence près de lui. C'est un besoin pour l'humanité. J'espère que je vais bientôt te
HORTE.NSE — LETTRES A EUGENE 7=)
revoir. J'ai été obligée de me cacher pendant douze jours parce qu'on avait fait courir mille l)ruils sur moi. Adieu, je suis morte de fatigue '. »
* J'ai pris ce texte dans 1 ouvrage de Blancliard Jerrold dont le pieraicr volume renferme quantité de pièces autlientiques et inédites, mais je crains bien que ce texte qui, ci-devant, avait été fourni par M"" Cochelet, ne soit fortement édulcoré et qu'on n en ait enlevé des parties essentielles. Dans une lettre qu'elle écrit par la suite à l'empereur Alexandre, Hortonse s exprime ainsi : « V^oici le moment de mes inconséquences et je me le suis bien reproché puisque cela a pu nuiiv à mon frère, tandis que je ne m'occupais qu'à le servir. Il m'avait toujours dit qu'il ne servirait jamais l'empereur Xapoléon. Depuis qu'il était malheureux, il ne s'en était jamais plaint, mais encore à Bade, il me répétait que si le sortie ramenait jamais en France, comme M'^^de Krudner, qui est un peu illuminée, le soutenait, il ne le servirait plus. L'Empereur arriva au milieu d'un enthousiasme universel. Je croyais que toutes les puissances consentiraient à sou rétablissement en connaissant la vérité de ce qui se passait en France ; je pensais que le sort de mon frère allait dépendre uniquement de l'empereur Napoléon. Je croyais bien qu'il lui eu voulait ; je m'occupai de détourner les impressions fâchr uses qu'il pouvait avoir sur lui en parlant de son dévouement ; j ajoutai même qu'après le Congrès, il devait venir s'occuper de ses intérêts en France ; j'étais bien sûre que mon frère l'avait servi auprès du roi de France, mais j'avançai cela sans le savoir etye le répétai à mon frère. La peur qu'en arrivant à Paris et voyant l'Empereur avant moi, il n'y eût quelque malentendu, car je croyais simplement que mon frère allait revenir ici et à lui aussi je cherchais à calmer son ressentiment et à lui répéter que 1 Empereur était bien pour lui ; je lui disais de vous parler pour la paix ; je croyais que c'était une chose faite et j'aurais été bien aise que la France lui eût cette obligation plutôt qu'à d'autres. L'Empereur eût été mieux pour lui puisqu'il paraissait la désirer. Enfin je ne devinais pas vos sentiments et mes désirs étaient conformes à ceux de tous les Français. C'était pour la paix et de vous le devoir. Dans les lettres à mou frère, il ne peut y avoir rien qui puisse prouver que j'ai fait revenir l'Empereur, car cela est faux. S'il m'a dit qu'il avait écrit à Eugène, de Lyon, pour vous parler; s'il m'a dit qu'il comptait toujours sur son bras, je lui ai mandé tout cela comme on me le disait. J'ai aussi écrit une fois à l'im-
En vérité, cette lettre, si elle est telle, n'était guère criminelle et pourtant elle amena de terribles orages. Eugène ne se trouvait pointa la fête donnée dans les appartements de Timpératrice Maria- Ludovica où l'on apprit le débarquement de Napoléon. Son absence parut un signe d'intelligence ; son hôtel fut cerné par les agents de police et Ton pensa à l'arrêter. Le Congrès se réunit la même nuit et l'on prit des mesures. De là allait sortir cette déclaration rédigée, dit-on, par Talleyrand, où le grand chambellan de France prononçait contre l'Empereur l'excommunication majeure et la mise au ban de l'Europe. Alexandre, ce soir-là, justifia Eugène et parvint à le sauver.
Mais voici qu'un piqueur français de la princesse Auguste, venu en congé à Paris et retournant à Munich, est arrêté à Stuttgard. Il est interrogé, fouillé, trouvé porteur de lettres de France à l'adresse du prince Eugène. Cas de lèse-majesté : correspondre avec Paris ! On conduit le piqueur de Stuttgard à Vienne. Le Congrès assemblé ouvre les lettres : il y en a une — celle-ci, d'Horlense — il y en a de l'intendant, de Darnay, de Soulange Bodin, de Lavallette. On y parle des événements, et même de l'Empereur, et de l'enthousiasme qu'a soulevé sa rentrée, point que le prince y ait parti-
pératrice Marie-Louise, c'était TEmpereur qui m'avait fait prier de le faire pour lui dire, je crois, qu'il désirait la voir. Enfin si j'ai vu en beau un instant, c'est que je vous croyais pour nous. Y a-t-il tant de mal à s'être trompe ?... »