‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 26 sur 106 · HORTEXSE. — ELLE SE MET A L'ABRI · texte numérisé non relu

HORTEXSE. — ELLE SE MET A L'ABRI

doit... Que Dieu seul soit lout^ toul, tout. La grande séparation va se faire de la lumière et des ténèbres... » Et dans l'état de dépression où elle se trouvait, ces jérémiades redondante? n'étaient pas sans ébranler ses nerfs. Et puis c'étaient des visites : on croyait peu au succès de l'Empereur et on s'empressait à venir lui prédire des catastrophes : « Quelle folie a pu passer par la tête de l'Empereur, disaitla maréchale Ney. lien sera bien vite la victime. Qui est-ce qui se réunira à lui? Personne. » Ney du moins n'était point du complot.

Mais La Bédoyère en était ou paraissait en être. « M. de la Bédoyère, écrit Hortense, passa un des premiers à l'Empereur ; je n'en fus pas étonnée d'après son opinion que je connaissais et que j'avais combattue bien souvent ; mais cela retomba sur moi et on fut tellement acharné contre moi que je fus obligée de me cacher. »

Le 10, en effet, le chargé d'aff'aires de Russie l'avertit qu'il est temps qu'elle se mette en sûreté. Déjà, le voisin Fouché a pris ses précautions : il a préparé ses échelles pour passer de son jardin dans celui de la reine et il a reçu une clef ouvrant la petite porte sur la rue Taitbout. La reine se décide à quitter son hôtel et elle demande asile à une personne qui lui doit tout, mariage et fortune. On la reçoit de mauvaise grâce et on ne la garde qu'une nuit. Au matin, elle doit rentrer rue Cerutti. Elle se détermine alors à demander asile

à la vieille mulâtresse, esclave, parente, peut-être fille de M. de Tascher qui avait accompagné celuici lorsque Joséphine était venue en France pour épouser Alexandre de Beauharnais, et qui, lorsque le ménage Beauharnais s'était séparé, avait été la bonne d'Eugène. Elle était restée depuis ce temps dans une familiarité créole avec Joséphine; on lui confiait les enfants qu'elle gâtait, elle faisait les courses délicates et elle avait part à tous les secrets. Cette négresse qu'on appelait Mimi, avait épousé un nommé Lefebvre qui avait une petite place dans un bureau. Elle occupait un appartement fort exigu, mais que la reine trouva tout à ses ordres et rempli des souvenirs de l'enfance d'Eugène et de la sienne. Seulement, ce soir-là, elle dut se réfugier dans une mansarde du cinquième, car Lefebvre avait à dîner quelques camarades.

Ensuite, elle se trouva parfaitement tranquille ; mais la calomnie s'évertuait contre elle : « On me faisait courir, donner de l'argent, a-t-elle écrit; il y avait des conciliabules chez moi. Croyez-vous qu'une mère s'amuse à jouer la seule fortune de ses enfants et tant d'extravagance me ressemblet-il? » Certes non, et pourtant sa tête travaillait; elle s'ingéniait à se rendre utile et agréable à tout le monde à la fois et n'est-ce pas là ce qu'on appelle l'intrigue? Par son frère de lait, Vincent Rousseau, elle expédiait à l'Empereur, à Briare, une lettre du duc d'Otrante l'avisant que des chouans habillés en chasseurs de la Garde étaient apostés

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pour l'assassiner; par M. de Lascours, qui était dans les gardes du cor[)S, elle écrivait au roi (jue, malgré les avantages qui pouvaient résulter pour ses enfants des événements qui se passaient, elle y était restée étrangère. Par sa femme de chambre. M"'" Charles, elle faisait dire au duc et à la duchesse d'Orléans que, s'ils avaient quelque crainte pour leurs enfants, ils n'avaient qu'à les envoyer chez elle ; elle offrait sa protection à M"" Récamier, elle l'offrira à la duchesse douairière d'Orléans, à la duchesse de Bourbon, à tout le monde, car elle était obligeante et elle aimait à le montrer.

Le 21, la princesse Hortense conduisit ses fils aux Tuileries pour voir leur oncle. Il les caressa beaucoup, les garda longtemps et, bien qu'en droit il donnât raison à Louis et qu'il approuvât le jugement tel qu'il avait été rendu, en fait, il en arrêta l'exécution. Il disait plus lard : « Louis a bien fait de reprendre son fils. De quel droit sa mère avaitelle accepté qu'il fût duc de Saint-Leu? Qui sait ce qui peut arriver, si un jour les Hollandais ne rappelleront pas mon frère? En devenant Français, il se déclare par là même le vassal du roi de France; on a jugé avec équité en rendant cet enfant à son père... Qui est-ce qui pourrait dire qu'en restant avec sa mère il ne lui arriverait pas mal, qu'on ne le prendrait pas comme otage, tandis qu'avec son père, il est oij il doit être. S'il lui arrive malheur, on n'aura rien à lui reprocher. » Telle était bien sa pensée; mais Louis était absent, il se tenait obsti-

nément à l'écart, se terrant aux environs de Florence aussitôt que Murât avait envahi les États pontificaux et attendant avec impatience le retour du pape. L'Empereur lui avait rendu le rang et les honneurs de prince français, mais il n'en voulait pas; l'Empereur lui avait fait écrire à plusieurs reprises : il ne doutait point qu'il n'arrivât et, décidé à le contenter en tout, il ne voulait rien régler des affaires d'Hortense qu'il ne fût là. Aussi, à la fin d'avril, Hortense n'avait pu encore parler de ses affaires à son beau-frère ; elle lui avait écrit; il lui avait répondu qu'il attendait son mari; jolie perspective! De guerre lasse l'Empereur s'occupa des affaires de son apanage ; et ce fut à la princesse Hortense qu'on versa, en même temps qu'une centaine de mille francs en espèces, les arrérages échus « en billets émis pour l'acquisition des forêts nationales ».

En l'absence du Prince impérial, le fils aîné de Louis était l'héritier du trône. 11 ne pouvait sortir du territoire français. 11 était tenu de résider près du souverain. Le jugement du tribunal de la Seine se trouvait suspendu par une force majeure, et Hortense gagnait «u retour de l'Empereur un sursis inespéré. « Je pleurais, a-t-elJe dit, à l'idée 'de me séparer de mon fils, je ne pouvais présumer les malheurs que ce retour amènerait, je fus enchantée d'une chose qui me le ferait conserver. »

A cette seconde entrevue, l'Empereur s'était adouci : la mort de Joséphine qu'évoquait ce deuil

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