‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 35 sur 106 · LUCIEN. — SA MAISON · texte numérisé non relu

LUCIEN. — SA MAISON

dents : « Aux Gent-Jours la première condition de ma rentrée en France fut que tous mes frères renonceraient à leurs titres et à leurs prétentions royales et qu'il n'y aurait plus, près de l'Empereur, que des princes français, à commencer par son fils qui, de roi de Rome, n'était plus que prince imj)érial. Cette nouvelle politi({ue de l'Empereur pouvait seule me convenir. Elle fut appliquée au 20 mars ».

Lucien n'avait influé en rien sur cette politique : il avait atteint le but qu'il poursuivait depuis onze ans, d'imposer à son frère, et à la Famille impériale, la femme qu'il avait aimée et le fils (ju'il avait légitimé.

Et il était prince, et comme il était content de l'être ! Non plus prince romain, mais prince français. Tous les journaux et le Moniteur à la tête avaient, dans leur numéro du lo mai, annoncé la nouvelle en ces termes : « Le prince Lucien, qui a longtemps habité Rome, est rentré en France. 11 est arrivé hier à Paris. Sa Majesté lui a désigné pour sa demeure le Palais-Royal. Il recevra demain la visite des ministres et des ofliciers de la maison de l'Empereur. » Le Journal de Paris ajoutait : « Des chasseurs de la Garde font le service dans le palais. » La maison d'honneur n'était pas encore nommée ; mais, en attendant, le comte dé Las Gases, chambellan de l'Empereur, faisait le service près de lui. Bientôt M. le comte de Laborde, son ami d'ancienne date — l'ami surtout d'Alexan-

drine Jouberthou — fut nommé premier écuyer, ayant sous ses ordres M, Lemercier, le fils du sénateur.

Le prince se plaisait au Palais-Royal que le duc d'Orléans avait arrangé fort à son goût. Il donna à ses gens une livrée chocolat galonnée sur toutes les coutures, mais, pour lui, il portait ordinairement l'uniforme de la garde nationale. « Il avait tout à fait renoncé aux formes et aux mœurs républicaiiîes. » M"^ de Bradi vint le voir pour lui communiquer une lettre fort importante. « Le prince, écrit-elle, me laissa debout, se tint fort droit, me parla avec bonté et me confondit par son occupation de poser en altesse impériale. » Il avait dû faire visite à la reine Hortense, et,- lorsque celle-ci lui rendit sa visite, elle n'oublia point d'amener ses fils, non pas tant peut-être pour leur montrer un oncle qu'ils ne connaissaient point, que pour lui montrer les héritiers du trône impérial. Déjà les prétentions du nouveau prince écartaient toute cordialité.

Il se donna toutefois, le i6 mai, la peine d'être aimable à l'égard de ses confrères de l'Institut. Il reçut une députation du bureau qu'accompagnaient un grand nombre de membres. Il déclara qu'il se ferait un plaisir d'assister aux séances, que, de tous ses anciens costumes, il n'avait conservé chez l'étranger que celui de l'Institut et qu'il l'avait souvent porté dans les divers pays qu'il avait habités, et comme, deux jours plus tard, il y

LUCIEN. — A L'INSTITUT vie,

avait séance publique pour la récei)lion de M. Aignan par M. Parseval-Grandmaison , le prince Lucien promit de s'y trouver.

On entendit les deux discours où le nom de l'Empereur n'était pas même prononcé, par l'aide des cérémonies Aignan, et le poète de l'expédition d'Egypte, alors que, six mois plus tôt, à la réception de M. Campenon,on n'avait point tari sur les Bourbons.

Au moins, ceux-ci, comme a dit Napoléon, étaientils Français. ]\Iais n'avait-on pas entendu, lors de la séance que la deuxième classe avait tenue, le 21 avril précédent, en présence de l'empereur de Russie et du roi de Prusse, le président, Lacretelle le jeune, adresser les plus basses flatteries aux conquérants ; et un lauréat, autorisé à lire à la tribune des fragments de son discours couronné, ne les avait-il pas relevés d'une étonnante apologie où il exaltait « cette guerre sans ambition, cette ligue inviolable et désintéressée, ce royal sacrifice des sentiments les plus chers immolés au repos des nations et à une sorte de patriotisme européen ! » Et la deuxième classe, assure-t-on, avait applaudi ces paroles sacrilèges, elle les avait faites siennes ; moins de sept années plus tard, elle s'agrégea presque d'enthousiasme celui qui les avait prononcées, Yillemain.

Il ne faut donc point s'étonner si la commission

chargée d'entendre les discours avant la séance

publique ne saisit point le ridicule et l'odieux qu'il

y avait, au moment où la France eût dû se préparer

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