XI
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pour lutter de nouveau contre l'Europe, à adresser des leçons de libéralisme à l'Empereur, à attaquer le régime qu'il venait lui-même d'abolir et à prôner l'abolition de la censure.
« Les lettres, disait Parseval-Grandmaison, ne gémiront plus des mutilations qui les ont flétries si longtemps. L'âme du monarque et celle de son peuple n'auront plus d'intermédiaire ; leur alliance deviendra intime et féconde et nous verrons s'ouvrir la seule route qui permet à la vérité de s'élever jusqu'au trône. Puissent toutes les idées libérales se précipiter sur cette route salutaire !... »
On eut ensuite un fragment d'une comédie inédite en cinq actes, de M. Duval, et pour terminer le prince Lucien lut une « Ode à l'Institut de France » intitulée : La défense cVHomère, parfois Ode contre les détracteurs d' Homère, et, à la fin, simplement L'Odyssée : il s'agit de ces commentateurs qui ont osé contester que l'Odyssée fut l'œuvre d'Homère ou qui l'ont trouvée inférieure à VIliade :
« Le superbe étranger riche de nos débris De nos tombeaux foulés insulte la poussière, Dans le Nord on dépouille, on méconnaît Homère : Des antiques leçons tet est l'indigne prix. '^ Des savants enivras d'une docte folie
Enfantent chaque jour un système nouveau, Ma gloire leur paraît un pénible fardeau ; Ils veulent m'arracher mon Ithaque chérie ; A peine savent-ils comment lire mes vers : Et démentant l'aveu de vingt peuples divers Ils osent méjuger d'un accent intrépide. »
LUCIEX. — ET NAPOLEON
« La lecture de celte ode a été souvent interrompue et suivie par de très vifs applaudissements », le Moniteur le dit.
Lucien pour sa rentrée ne pouvait choisir un meilleur terrain. On n'avait pas encore oublié à l'Institut ([ue, dès l'an VIII, il avait consacré ses efforts à relever l'Académie française telle qu'avant 1793 et que c'était à lui que la Deuxième classe avait dû, en l'an X, sa réorganisation en un corps de tout point semblable à l'ancienne compagnie. Que Lucien ait cherché pour lui-môme l'avantage immédiat d'assurer à l'auteur de la Tribu indienne un fauteuil qu'il n'eût guère eu de chances d'obtenir, cela se peut, mais n'était-ce point là une ambition légitime ? En tout cas, il ne manquait point d'être populaire, d'abord à ce titre, puis comme victime de la tyrannie impériale et comme soutien, apparent, des nouvelles libertés publiques.
Quels étaient pourtant ses rapports avec l'Empereur ? L'on constate, sans comprendre à quel titre il y est appelé, qu'il assiste au Conseil des ministres. Mais qu'y fait- il ? Et d'ailleurs, qu'y fait-on ?
A l'en croire, il aurait reçu des confidences très personnelles sur Marie-Louise et des regrets au sujet de Joséphine. L'Empereur lui aurait parlé de M"' Tallien, M'"" Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, M"'" Récamier, M""' de Staël, du général Lejeune, le j)lus grand peintre entre les généraux et le plus grand général entre les peintres. J'ai eu tort (lui
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aurait-il dit), M™'' de Staël m'a fait plus d'ennemis dans son exil qu'elle ne m'en aurait fait en France. « Je pense, remarque Lucien, qu'elle n'est pas la seule et qu'il a eu tort de se constituer l'ennemi de tant de femmes. »
Ceci regarde assurément Alexandrine, et ces allusions qu'il cherche à sa situation, de même que les mots qu'il prête à son frère et qui sont si hors de la façon de celui-ci, ne sont point pour inspirer confiance en sa véracité.
En tout cas, il ne se manifeste guère durant le mois^le mai que par l'insistance qu'il met à consolider un établissement jusque-là précaire, et que ne garantit aucun acte légal. L'ancien ministre de l'Intérieur semble n'avoir qu'une idée assez peu précise de la hiérarchie administrative ; pour obtenir la levée des scellés existants encore sur plusieurs pièces du Pîflais-Royal et la mise à sa disposition des meubles qu'elles renferment ainsi que des vins qui se trouvent dans les caves, il s'adresse au préfet de la Seine, qui renvoie la demande au ministre de l'Intérieur, lequel la transmet au ministre des Finances, attendu que « le mobilier du Palais- Royal a été réuni au Domaine de la Couronne par décret du i3 avril dernier ». Malgré ces étranges détours, l'affaire est portée à l'Empereur qui donne l'ordre qu'on lève les scellés, sous réserve que M. le grand maréchal fera verser la moitié des vins dans les caves de l'Empereur. ^lais cela n'est qu'une prise de possession et ne constitue pas un
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titre : le 23 mai seulement le prince Lucien ojjtienl une reconnaissance officielle de ses nouveaux droits.
L'article premier de ce décret est ainsi conçu : « Le Palais-Royal est concédé au prince Lucien notre frère et à ses héritiers à titre d'apanage de sa branche. » Par l'article II, le prince Lucien est admis il jouir des revenus et du domaine utile du Palais-Royal depuis le i" janvier i8i5, il supportera les dépenses depuis la môme époque sans qu'il puisse y avoir lieu à aucune répétition pour les sommes que le trésor de la Maison du roi ou celui du Domaine extraordinaire auraient reçues ou payées jusqu'au 23 mai. Par les articles IV et V, il est ordonné de faire un inventaire contradictoire des meubles provenant du mobilier de la Couronne et de ceux achetés par le duc d'Orléans : ceux-ci sont concédés sans exception au prince Lucien, ceux-là ne seront concédés qu'après vérification des états. On s'explique assez peu, dans ces conditions, que, en i83i, Lucien se soit adresséà l'avocat Ravioli à Paris pour faire valoir ses droits sur les 200.000 livres de rente du Palais-RoyaL « Ajoutez à cela, écrit-il, qu'ai)rès Waterloo, les Bourbons s'emparèrent arbitrairement de tout ce qui était chez moi : 100.000 francs de linge, autant de vaisselle, 5o.ooo francs de chevaux et voitures. » Or le linge et, la vaisselle appartenaient au duc d'Orléans et, quant aux chevaux, selon une lettre qu'écrivait, le 26 mai, l'écuyer commandant des
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écuries de TEmpereur à M. le comte de Laborde, premier écuyer de S. A. I. le prince Lucien, vingt avaient été remis ce même jour aux écuries du prince par ordre de Sa Majesté.
Lucien ne se fût point senti en possession de sa dignité princière s'il ne se fût attribué des armoiries : elles furent assez étranges. Le cachet qu'il fit graver porte un aigle couronné empiétant un foudre, au cœur duquel se trouvent les lettres L. B. En exergue on lit : Par brevet de Sa Majesté Impériale. On ne saurait douter que ce brevet ne soit le décret du 23 mai ; on ne connaît point jusqu'ici de texte supplémentaire.
Les initiales L. B. inscrites sur ce cachet étaient contradictoires à TAltesse impériale qui, comme la qualité princière, n'était qu'appellation de courtoisie. L. B. signifiait sans conteste Lucien Bonaparte : or, le simple port du nom de Bonaparte excluait la prétention dynastique : les princes appelés à la succession perdaient le nom de Bonaparte pour prendre celui de Napoléon ; ainsi à VAlmanach Impérial, supplément de i8i5, trouve-t-on Joseph- Napoléon, Louis -Napoléon, Jérôme - Napoléon , tandis que, comme sur le cachet, on lit Lucien Bonaparte. Ailleurs le qualifiera-t-on dans la liste oflicieile des membres de Tlnslitut Le prince Lucien, mais on appelle Joseph : Le prince Joseph Napoléon. Delà doit-on conclure que si TEmpereur a accueilli son frère et lui a restitué une place dans la famille, il n'a nullement témoigné qu'il Tac-
LUCIEN. — APPARENCES ET P,ÉALITÉS i3J
ciieilliL dans la tlynastie \ 11 laissait toulcs choses en suspens et, comme il devait le dire dans son discours du Champ de Mai : « Lorsque nous aurons repoussé ces injustes agressions et que l'Europe sera convaincue de ce que Ton doit aux droits et à l'indépendance de 28 millions de Français, une loi solennelle, faite dans les formes voulues par l'acte constitutionnel, réunira les différentes dispositions aujourd'hui éparses. »
Néanmoins, on devait reconnaître c{ue l'Empereur avait ainsi donné une indication sur ses intentions ; aussi, le 25, dès que le décret du 23 eut été publié, plusieurs ministres et un grand nombre de députés vinrent féliciter Lucien : « Il avait, dit Tliibaudeau, la réputation d'un ami de la liberté, d'un républicain qui avait déserté la cour impériale et la France pour ne pas être complice de son frère. Le vulgaire était émerveillé de voir le grand citoyen qui n'avait pas voulu partager les grandeurs et les prospérités de l'Empire, venir s'associer à ce retour de ibrtune rempli d'incertitudes et de dangers. » Si, comme ajoute Thibaudeau, les patriotes clairvoyants n'étaient pas dupes, ils ne formaient
^ Cctti' distinction esscntiplle s'est trouvée recevoir force de loi des Dispositions relatives aux princes et princesses de lu famille de l' Empereur prises par l'Empereur Napoléon III et stipulant article I ; « Les fils des frères et sœurs de l'Empereur Napoléon I*"' qui ne font pas partie de la Famille Impériale porteront les titres do Prince et d'Altesse avec leur nom de famille. » Toutefois ces distinctions ne sont attribuées qu'aux enfants légitimes issus de mariages autorisés par l'Empereur.
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qu'une minorité. Et d'ailleurs ne se trouvaient-ils pas contraints de suivre la foule? Cette réception fit une grave nouvelle dans les journaux. L'aprèsmidi, Son Altesse Impériale, qui ne manquait aucune occasion, accompagna l'Empereur au Champ de Mars et visita avec lui la salle destinée à la réunion du Champ de Mai.
Au mois de mars, Catherine, dont l'enfant était très malade, se trouvait elle-même fort souffrante des suites de ses couches et les médecins s'accordaient à lui conseiller, pour l'été, « l'usage des eaux », Pise ou Lucques, ils ne savaient encore. D'ailleurs le gouvernement autrichien consentirait-il? Jérôme, après en avoir demandé l'autorisation à Vienne, traitait de cette terre comtale à dix lieues de Trieste, qu'il se décidait à acquérir et oîi il comptait aller s'établir jusqu'à la saison des bains. Ce fut à ce moment, le 1 1 mars, qu'arriva par le commerce, le premier bruit, confirmé bientôt par une lettre d'Elisa, que l'Empereur avait quitté l'île d'Elbe.
Prévoyant aussitôt qu'on allait prendre des mesures contre sa liberté, et décidé à s'y soustraire, Jérôme eut recours à un Corse, consul de Naples à Trieste, dont il connaissait etappréciaitle dévouement et qui désormais s'attacha à lui avec une admirable fidélité : c'était le chevalier Abbatucci,
JEROME. — DÉPART DE TRIESTE ij;
un des (|iiati'e fils du général de division ; ses trois frères étaient morts au champ d'honneur. Ses fonctions lui donnèrent la facilité de retenir à Trieste la chaloupe canonnière n'' i3i, de 20 hommes d'équipage, commandant Salvadore Catiero, qui était venue de Naples lui porter des dépêches. Jérôme, sous prétexte de maladie, s'enferma dans ses appartements et échappa de la sorte à la surveillance.
Le 24, dans la soirée, il s'embarqua avec ses trois aides de camp Pfuhl, Hamel et Berger vêtus en bourgeois. Dans la nuit, on leva l'ancre.
Il était temps. Le 22 mars, Metternich avait écrit au comte de Ilarz : « L'Empereur, mon maître, me charge de vous exprimer le désir que, vu les circonstances du moment, vous veuilliez bien échanger le séjour de Trieste contre celui de Prague. » Bien c|u'entortillée dans des phrases gracieuses, cette invitation que devait remettre le comte de Woyna, chargé de demander les ordres du comte et de régler les détails de son voyage, n'était pas moins comminatoire et il suffit que Jérôme pût dire qu'elle lui avait été adressée pour qu'il se tînt relevé de l'engagement qu'il avait dû prendre de ne point s'écarter de Trieste.
Le 23,. on était à la hauteur de Parenza, lorsque, à midi, un coup de vent fit violemment rétrograder jusqu'à Pirano oîi l'on relâcha : on n'était qu'à huit lieues de Trieste ; le roi envoya un exprès à Catherine pour lui donner de ses nouvelles et il
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descendit avec ses compagnons pour coucher dans une auberge où il faillit être pris par une patrouille autrichienne. Il se sauva à grand'peine jusqu'au bateau durant que ses compagnons tenaient tête aux grenadiers. On se rembarqua et, à tout risque, on leva l'ancre, se dirigeant vers la côte italienne.
Le 28, la chaloupe prit terre près de Pesaro. D'Ancône à Riniini — Pesaro est à mi-chemin — la grand'route suit la cote de l'Adriatique aune portée de fusil. Jérôme ordonna à ses deux aides de camp Pfuhl et Hamel d'aller en reconnaissance. Ils trouvèrentla route occupée par les Autrichiens et, reçus à coups de fusil, rembarquèrent en hâte. On repartit; après quelques heures, on atterrit un peu plus bas entre Case-Brugiale et Ancône. Hamel, envoyé de nouveau à la découverte, arriva sur la grand'route pour y voir passer des troupes napolitaines. Jérôme débarqua, interroga des officiers qui lui répondirent : « Le roi vient. » En effet, voici le roi Joachim : Embrassade, compliment, point d'étonnement de se retrouver ainsi, car tout arrive. On amena une monture pour le roi de ^^ estphalie qui se trouva ainsi, au sortir des- flots, chevaucher à la tête de l'armée napolitaine. Pourtant il était curieux et il eût bien voulu savoir pourquoi marchaient Murât, les Napolitains, et lui-même.
« Je fais la guerre à l'Autriche, lui répondit Joachim, et à l'heure qu'il est, les hostilités sont commencées.
JKROMi:. — RENCONTRE AVEC MURAT 139
— Tu as donc un traité d'alliance avec les Anglais?
— \on ! mais ils ne j)euvent vouloir s'opposer à lindépendance de l'Italie, tout entière prononcée en ma faveur.
— L'Empereur est donc à Paris et d'accord avec toi ? Une armée française descend sur les Alpes?
— Je ne sais ce que fait l'Empereur ; je ne sais si une armée marche à mon secours; mais cela doit être : d'ailleurs, l'Italie, se levant en masse, me fournira une armée de cent cinquante mille hommes avec laquelle je ne craindrai personne. »
Ce ne sont point là des propos en l'air : Jérôme les rapporte dans' une lettre que, sous le coup des événements, il adressa à la reine. « Je n'essaierai pas, dit-il, de rendre l'effet que me fit ce discours. Je vis un souverain, séduit par quelques lueurs mensongères, courir à sa perte et qui avait déjà un abîme creusé sous ses pas. »
Malgré cela, il continua à suivre l'armée qui se croyait victorieuse, car elle repoussait sans combat les avant-postes autrichiens qui avaient ordre de se replier Joachim assura son beau-frère qu'une fois à Bologne où l'on allait arriver, il pourrait se rendre à Livourne où il trouverait à sa disposition le vaisseau leCapoLie. Toutefois ce ne pourrait être avant le 4 avril, ses troupes ne devant occuper Florence et Livourne qu'à celte époque. Jérôme prit donc confiance à cette promesse et résolut de suivre l'armée napolitaine. Mais à peine était-il à Rimini
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que le duc de Gallo lui annonça la prochaine arrivée de la reine Catherine à Ancône. Le voilà en voiture courant jusqu'au port pour y trouver en effet tous les préparatifs d'une réception souveraine, mais « de Trinette », comme il dit, point. Elle était traitée tout au contraire d'une façon fort cavalière et on lui faisait payer cher l'escapade de son époux.
Il retourna donc aussitôt au quartier général de Joachim qu'il rejoignit le i" avril ; le 2, il entra avec le roi à Bologne d'où sortaient les Autrichiens. L'enthousiasme était grand, mais, fidèle à son rôle critique, Jérôme ne cessait de répéter à son beaufrère : « Tant que je ne verrai pas ton armée renforcée par cinquante mille Italiens et une pareille armée française descendre des Alpes, je ne croirai à rien de bon pour toi. »
Sur quoi, il s'en alla à Bologne, à la petite campagne d'Elisa, attendre que, selon la promesse de jNIuraî, Florence et Livourne eussent reçu garnison napolitaine. Peut-être ne s'était-il pas soucié de prendre part personnellement à la guerre ou avait-il eu quelque altercation un peu vive avec son beau-frère : ce qui peut le faire penser, c'est que, se fiant à la parole du roi de Naples et comptant fermement sur la date du 4? il ne prolongea que d'un jour son séjour à Bologne et arriva le 6 à 3 heures du matin à Florence, où il tomba au milieu de i.5oo à 1.600 Autrichiens. Des courriers, des officiers du roi de Naples victimes de la même
MADAME. — A PO RTO- KE RRA JO iji
confiance furent arrêtés SOUS ses yeux; grâce à un costume bourgeois, à un passeport de négociant et à bien de l'argent, il échappa aux hussards autrichiens, passa dans une auberge et se fit conduire sur la route de Bologne. Il y arriva le 7, fut le 8 à Ancône et le 11 à Portici oii il retrouva, outre sa sœur Caroline, son oncle le cardinal et sa mère.
Après le départ de l'Empereur, Madame, malgré les instructions qu'elle avait reçues, n'avait point eu de cesse qu'elle ne quittât Porto-Ferrajo. Dès le 26 février, elle écrivait à Lucien qu'elle partirait dans trois jours, si le temps était favorable. « L'Empereur, disait-elle avec sa prudence habituelle, est parti avec toute sa troupe, mais j'ignore pour (juel endroit. » Elle donnait rendez-vous à Civita-Vecchia à ses deux fils Lucien et Louis. « Cela est essentiel. Vous me direz, ajoutait-elle, s'il y a quelque inconvénient à mon arrivée à Rome. Autrement je m'acheminerais plus loin » ; mais elle avait un extrême désir de retrouver son frère et ses deux fils.
Elle ne partit pas à cette fois et attendit les nouvelles. Le 28, vers les m heures du matin, on signala la corvette anglaise, ramenant le colonel Campbell. Lorsqu'il débarqua et qu'il apprit le départ de l'Empereur, il resta muet et immobile
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d'étonnement ; puis, dans une colère blanche, il monta au palais, se rendit chez M""^ Bertrand, et vint ensuite chez la princesse Pauline. Il lui dit : « Votre frère a manqué de parole, car il avait promis de ne pas sortir de l'ile ; mais la Méditerranée est pleine de vaisseaux; à cette heure, votre frère est prisonnier. » Il ajouta « des menaces auxquelles la princesse répondit que ce n'était pas la manière d'en agir avec une dame ».
Malgré le calme qu'elle avait affecté, Pauline avait eu très peur. Elle s'était imaginé que Campbell allait la faire enlever, enfermer, séquestrer, et elle résolut départir, d'aller attendre le dénouement de l'aventure dans la principauté de Lucques, dans un château de sa sœurElisa, Envoyant en France pour quantité de commissions son médecin Espiaud, elle se confia pour préparer son voyage à un adjudant du génie nommé Monier qui, lors de l'évacuation de la Toscane où il était employé, avait refusé de suivre les ordres de la grande-duchesse et s'était rendu directement de Florence à Porto-Ferrajo. L'Empereur l'avait fort bien accueilli ; ayant résolu d'établir un poste à la Pianosa, il chargea le lieutenant du génie Larabit de diriger les constructions ; lorsque celles-ci furent assez avancées, il fit suppléer Larabit par Monier, qui, lors du départ de l'Empereur, se trouvait sur son îlot et y fut oublié. Cela se trouva un bonheur pour Pauline, qui n'avait personne sur qui elle put compter. Monier fit préparer un petit bâtiment et le 4 mars,
PRISO.NMÈUE DES A L TIIIC 11 lEXS i.\i
à -2 heures du malin, après avoir tait ses adieux à sa mère, la princesse, accompagnée de M"'' Le Bel, de la délicieuse comtesse de Molo, d'un courrier et de quatre domestiques, s'embarqua furtivement. Vers les 3 heures après midi, on atterrit sur la côte, dans la marenne de Yolterra, près de la vieille tour de San Vincenzo. Des douaniers qui occupaient la tour cédèrent aux dames une partie de leur logement. On arrangea tant bien que mal une chambre pour la princesse et l'on dîna. Après quelques heures de repos, on rembarqua, on passa la nuit en mer et le lendemain, à midi, on arriva à Viareggio. En vérité, un véritable voyage et sur une barque, quand jadis ce n'était point assez pour la [)rincesse de frégates et de vaisseaux à trois ponts. Mais Pauline- a bien supporté la traversée et la voilà à terre. Tout de suite arrive le maire (au moins Monier l'appelle ainsi) qui demande où la princesse entend loger. Elle répond qu'elle va au château de Campignano, propriété de sa sœur, la grande-duchesse de Toscane, sur une montagne, à une lieue de Viareggio. Elle s'y fait porter en chaise et s'installe avec les dames Le Bel dans les appartements du rez-de-chaussée qui donnent sur le jardin : Monier est logé au premier étage sur l'avenue. Vers minuit, il est réveillé par le bruit d'une troupe en marche. Le commandant autrichien des Etats de Lucques, prévenu par le maire de Viareggio, fait cerner et investir le château. Monier va prévenir la princesse qui
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veut écrire au grand-duc, aller en Toscane, réclamer l'intervention de son mari. A 5 heures du matin, TAutricliien fait savoir qu'il désire parler à la princesse : et il lui notifie qu'étant chargé de la protéger, il lui interdit de recevoir qui que ce soit; nul ne pourra sortir ni entrer. Voilà la Déesse des Caprices prisonnière d'État, sinon prisonnière de guerre. Sans amant, sans médecin, sans médicaments, dans ce château immense et désert, pauvre Paulette ! Quelle ennemie de moins pour la maison d'Autriche, et comme l'on comprend que l'on ait fait à Vienne un bulletin de sa capture et une question majeure de sa captivité !
^Madame, énervée de rester sans nouvelles à Porto- Ferrajo, avait pensé aller à Viareggio retrouver sa fille Pauline, dont elle ignorait le sort. Elle serait près de Lucques où elle prendrait les eaux.
Avertie des dangers qu'elle courrait sur le continent, elle attendit qu'on la vînt chercher, ainsi que son fils avait promis de le faire : mais l'ordre que Napoléon donna « qu'on envoyât à Porto-Ferrajo une frégate pour y prendre Madame » et embarquer à Viareggio la princesse Pauline si elle y était, ne put être expédié que le lo avril. Et huit jours plus tôt, le 4, le vaisseau de 74 le Joachiin et la frégate la Caroline avaient été envoyés par la reine de Naples pour chercher Madame Mère, ainsi que ses
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deux dames, son chevalier d'honneur el son aumônier, l'abbé Buonavita. Le 4, elle était à Portici où elle retrouvait son frère, arrivé de Rome le i*"" avril.
Lorsqu'on pense que Fescli écrivait le i4 octobre, à Fancienne dame d'honneur de sa sœur, M""* de Fontanges : « Je commence à jouir des douceurs de la vie, la paix el la tranquillité de Dieu », l'on se prend à penser que ces douceurs n'avaient pas duré longtemps. Bien que Dieu lui suffît, il y eût joint volontiers, les i65 caisses pesant 4 1.3 1 3 kilos, et déclarées pour 71 1.860 francs, qu'il attendait de France, mais une partie au moins n'était point arrivée et il était à craindre que les Bourbons, auxquels pourtant Son Eminence, selon le protocole du Sacré Collège avait écrit pour les Bonnes Fêtes, ne transformassent en confiscation le séquestre mis sur ses tableaux. Déjà en effet M. Thierry, baron de Ville-d'Avray, intendant du garde-meuble, avait fait choix de M. Delafonlaine, pensionnaire agréé de Fancienne Académie de peinture et commissaire expert près le Musée royal, « pour coopérer sous ses ordres à l'inventaire estimatif de la collection du cardinal », et c'est en vain que Denon avait prévenu qu'il faudrait beaucoup de soin et de temps pour rendre compte de « cette collection immense de tableaux » entre lesquels il s'en trouvait d'écoles italiennes peu connues à