NAPOLÉO.X ET LES BOURGEOIS
éprouvé des déceptions et le régime aïKiiicl la France avait été soumise n'avait pas été sans les étonner, mais quelle que lut l'hostilité qu'ils conservaient à l'égard des Bourbons, elle ne pouvait égaler Tantipathie qu'ils éprouvaient à l'égard de l'Empire — s'entend l'Empire militaire et démocratique, tel que le peuple et l'armée l'avaient constitué d'abord : el aussi l'Euipiri' tel qu'il était devenu, lorsque Napoléon y avait infiltré les pompes monarchiques, les rigueurs de l'étiquette, des institutions nobiliaires qui , si elles ne conféraient pas des privilèges, éveillaient l'envie et offusquaient Tégalité.
Naturellement opposante à tout gouvernement où elle n'est pas « tout » selon le mot de Sieyès, et où elle ne dispose point, à son profit, de tous les agréments et de toutes les ressources du pouvoir, elle pouvait, moins encore qu'à la monarchie bourbonienne être ramenée à la monarchie napoléonienne, et toutes les avances qu'on lui ferait seraient en pure perte : ce fut à elle pourtant que Napoléon s'adressa . Il la croyait sensible aux libertés politiques et il s'était laissé persuader qu'elles étaient essentielles à la transmission de la couronne et à la stabilité du gouvernement.
Pour quoi il débuta par proclamer la liberté de la presse. C'était donner à ses ennemis des armes dont il ignorait la portée : outre les attaques ouvertes, qu'il pouvait atteindre et démentir, ils multiplièrent les sourdes calomnies, les fausses
nouvelles, les injures à la façon des Actes des Apôtres et du Petit Gaultier dans les feuilles clandestines auxquelles la suppression de la direction générale de l'Imprimerie donnait toute facilité de circuler. A la violence de l'agression s'opposa parfois la rudesse de la défense, mais, en pareil cas, la défense a toujours le dessous, et les opposants l'avantage.
L'Empereur ne s'était point contenté avec cette première concession ; il avait promis, outre la paix qui ne tenait certes point à lui, « le respect des personnes, le respect des propriétés », en même temps que l'amnistie pour les crimes de i8i4 C'est là ce qu'on appelait « les violences des partis ». Ainsi, en présence d'une situation révolutionnaire, lorsque les royalistes faisaient contre TEmpereur appel à toutes les passions, qu'ils se groupaient pour la guerre civile, qu'ils préconisaient l'assassinat, qu'ils ouvraient des souscriptions pour le provoquer; on renonçait par avance à toute énergie; on affichait la faiblesse, on encourageait par une sorte de pusillanimité la révolte, on provoquait l'insécurité; on donnait le sentiment qu'on était instable.
Que Napoléon renonçât à prendre les mesures qui seules pouvaient défendre sa personne et les principes qu'elle représentait ; qu'il renonçât à châtier les traîtres; qu'il hésitât et se perdit dans les irrésolutions, qu'était-ce à dire? l'on ne savait même plus de quelle façon rédiger l'intitulé des