INCOHÉRENCE DU GOUVERNEMENT
décrets et, d'un jour à Tautre, l'on changeait la formule : « ISapoléon^ empereur des Françai<i, — Napoléon, par la grâce de Dieu et les Const il it lions de l'Empire^ Empereur des Français, roi d'Ilalie, elc, etc., etc.. — Napoléon empereur, — Napoléon empereur des Français., etc., etc., etc., — Napoléon empereur des Fiançais ». Il n'est plus question à la fin, ni de Dieu, ni du peuple, en sorte que le gouvernement est un gouvernement de fait, qui reçoit son autorité on ne sait de qui ni de quoi.
A la vérité l'on revint à une formule qui se rapprochait de l'ancienne, lorsque, dans l'intitidé de l'Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire on inscrivit : « Napoléon, par la grâce de Dieu et les Constitutions, empereur des Français ». Mais n'étaitce pas encore une étrangeté ? dans la proclamation du golfe Juan (i" mars) c'était par les Constitutions de l'Empire; mais que voulait dire par les Constitutions ?
Cette incertitude, qui se trouve ici résumée d'une façon frappante et typique, se rencontre partout. Si, par quelque discours, l'Empereur parait faire un appel aux idées de la Révolution, tout aussitôt un acte prouve que ce n'est là qu'une satisfaction vaine donnée à des passions qu'il ne partage pas, et il rentre dans l'exercice du gouvernement, dans les décrets d'administration, dans la cuisine, fort intéressante à coup sur, de tous les jours. « A mon retour de Cannes ici, dit-il à Ben-
jamin Constant, je n'ai pas conquis, j'ai administré. » Au moins croit-il l'avoir fait.
Sur les deux cent soixante -quatorze décrets insérés au Bulletin des Lois, plus d'un tiers vise des legs ou des donations à des fabriques; un autre tiers est relatif à des nominations. Il semble que la révolution qui vient de s'accomplir se borne à des mutations de personnel. Louis XVIII avait gardé presque tous les préfets qui venaient de l'Empereur; Napoléon reprit presque tous ceux qui avaient servi Louis XVIII et s'assura ainsi des dévouements et des énergies qui avaient fait leurs preuves près des Bourbons. Nul n'eût pu croire qu'il s'agit de la crise la plus terrible qu'une nation pût traverser, de son indépendance ou de son asservissement. Sous l'œil des préfets et des généraux, les royalistes qui n'avaient point suivi le roi, conspiraient avec leurs amis qui étaient à Gand et les tenaient au courant de tous les mouvements de l'armée ; ceux qui ne prenaient point un rôle actif et qui subissaient la bénignité d'un exil dans leurs terres, bénéficiaient de cette villégiature hâtive propice à leur santé et à leur forlune ; mais, grâce à la complaisance du gouvernement, aux égards des préfets, ils ne ressentaient aucune inquiétude et ils attendaient les événements avec une assurance agressive. Qu'avaient-ils à se gêner? N'agissait-on pas vis-à-vis d'eux, comme dit Thibaudeau, « avec une mansuétude exauise ? »