NAPOLÉON ET LES NOBLES
11 eùL fallu une dictature révolutionnaire ; une action prompte et vigoureuse ; on retoml)ait clans les pompes, le cérémonial, Tétiquette. L'Empereur nommait aux emplois de chambellans, d'écuyers, d'aides des cérémonies, de dames du Palais et de dames du Roi de Rome. Il n'y avait plus de grand veneur — le titulaire étant à Gand — mais il y avait toujours une vénerie. Il y avait des pages, il y avait des officiers de toutes les espèces, civile et militaire, et dans le même nombre presque. « La noblesse, disait Napoléon, m'a servi; elle s'est lancée en foule dans mes antichambres. Il n'y a pas eu de place qu'elle n'ait acceptée, demandée, sollicitée. J'ai eu des Montmorency, des Xoailles, des Rohan, des Beauvau, des Mortemart. » Certes! Et il en avait encore, et tout eût été ouvert devant eux, et ils n'avaient qu'à se présenter pour qu'on se trouvât trop heureux de les combler d'honneurs et d'argent. Us ne voulaient pas ; ils n'avaient pas confiance, ou, s'ils consentaient à s'enrôler, c'est qu'ils avaient en poche la permission reçue du roi. L'Empereur savait à quel point ils étaient détestés : « Je n'ai, disait-il, qu'à faire un signe ou plutôt à détourner les yeux, les nobles seront massacrés dans toutes les provinces... Mais je ne veux pas être le roi d'une jacquerie. »
Tout est là pour lui. Si, par mégarde, il donne quelque apparence de satisfaction aux hommes disposés à se faire tuer, dont le nom seul, ou simplement le pas, suffisent à faire trembler les royalistes.
de Paris à Gand, avec quelle défiance, avec quel dédain ne les traite-t-il pas ! Ce mouvement si prononcé dans les masses, qui n'avait point eu le retour de l'Empereur comme cause, mais comme effet, n'était point pour plaire à l'Empereur revenu : « il ne s'accordait pas avec les principes et l'allure du gouvernement impérial ». Lorsque la Bretagne patriote, par une inspiration généreuse renouvelée de la Révolution, donna le signal des « Fédérations » , on dénonça à l'Empereur ceux qui avaient signé le pacte, comme des révolutionnaires impénitents. Il ne consentit point à laisser poursuivre « ce qui était bon pour la France », mais, lorsqu'il s'agit de donner à cet enthousiasme patriotique sa conclusion naturelle, et de former les fédérés en vue de la résistance, il prit la plus étrange des mesures : il fit organiser « conformément aux lois existantes », armer, équiper, les gardes nationales, composées de bourgeois, et quant aux volontaires fédérés, qui étaient du peuple, il mit en question si on leur donnerait des piques ; on annonça qu'il y aurait pour eux des fusils en magasin, et on ne leur donna rien du tout. Lorsque, le i3 mai, l'Empereur lui-même prescrivit le cérémonial pour la revue des fédérés, il régla jusqu'aux airs que jouerait la musique de la garde. Et ce furent le Vivat in Sternum et le Veillons au Salut de V Empire; il décida que les fédérés défileraient devant lui « par le flanc droit, sur trois hommes de hauteur, se tenant par le bras! ».