LE ROI DE ROME LIVRÉ AUX AUTRICHIENS
son intérêt propre, mais dans leur intérêt commun ; que les princesses autrichiennes ne sont que des instruments dans la main du chef de leur maison ; qu'elle a été élevée dans des principes de soumission absolue à cette autorité ; qu'elle n'est plus souveraine indépendante; qu'elle se trouve sans protection et hors d'état de résister ; qu'elle ne peut que fléchir sous le joug ou se mettre en rébellion ouverte contre son père, que les suites de cette révolte seraient incalculables pour l'avenir de son fTls ». Meneval s'abstient donc de porter à l'Impératrice les lettres de Napoléon qui lui parviennent.
Le 19, sur l'ordre de l'empereur d'Autriche, le roi de Rome est amené par sa gouvernante de Schœnbrùnn à Vienne, où il doit vivre désormais sous les yeux des souverains alliés. Le 20, M™® de Montesquiou est séparée du prince et reçoit l'ordre de partir pour Paris : puis, sous prétexte que son fils, le colonel Anatole de Montesquiou, venu à Vienne pour la voir, a comploté d'enlever le petit roi, elle est gardée à vue comme prisonnière d'Etat. Au moins a-t-elle exigé, en même temps qu'un ordre écrit qui établit la contrainte, un certificat des médecins constatant le parfait état de santé de son pupille. Elle a été remplacée par la comtesse de Mittrowsky, bien plus agréable à l'Impératrice, car elle est introduite par M. de.Xeipperg.
Le 28, avant le départ de celui-ci pour l'armée d'Italie, Marie-Louise obtient, par ses instances réitérées, que les plénipotentiaires du Congrès
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signent un protocole séparé statuant que les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla seront possédés par elle en toute souveraineté, et reviendront après sa mort à l'infant Don Carlos, fils de la reine d'Etrurie. Ainsi renonce-t-elle pour le roi de Rome — qu'on appelait à ce moment le prince de Parme — à la succession des Duchés qui lui était garantie par le traité de Fontainebleau. Elle se contente qu'on lui attribue les fiefs de Tarchiduc Ferdinand de Bohème, rapportant 600.000 francs de rente.
Le i^' avril, M. de Neipperg part pour Tltalie, mais elle reste en correspondance quotidienne avec lui et ne fait rien que par ses conseils. Bien plus qu'à l'annonce des succès de l'Empereur, elle s'émeut à la nouvelle de la mort de M""*" de Neipperg, qui sans doute lève pour elle un dernier obstacle, car Meneval lui attribue des scrupules religieux. Sa résolution est irrévocable. Elle déclare à Meneval, qui veut lui remettre des lettres de Napoléon, qu'elle ne les recevra que pour les porter à l'empereur d'Autriche et que son père lui-même n'aurait pas le droit de la contraindre à retourner en France. Toutes les chances qu'il y a que l'Europe consente à la Régence, elle les écarte résolument. « L'impératrice Marie-Louise à qui j'ai parlé, dit l'empereur Alexandre à Lord Clancarty, ne veut point, à quelque prix que ce soit, retourner en France. Son fils doit avoir en Autriche un établissement et elle ne désire rien de plus pour lui. »
Meneval est bien obligé de se faire l'interprète
NOTE POUR ]Al DUC \)E VICENCE 193
de ces sentiments, de môme qu'il a dû raconter les faits douloureux dont il a été le témoin attristé et impuissant. C'est d'un de ses plus fidèles serviteurs que l'Empereur reçoit le coup qui brise toutes les espérances sur lesquelles il a vécu depuis deux mois, qu'il a fait partager à la nation et qui, en se dissipant à présent, à la veille de la guerre, vont laisser place à une inquiétude générale. Il continue à interroger Meneval ; il veut tout savoir de son fils, et le sentiment qu'il éprouve est si fort qu'il ne cherche point à en modérer l'expression : assurément, pendant dix années, il a admis Meneval à l'intimité de sa pensée et de sa vie dans de telles conditions que, devantlui, il n'a point à dissimuler ce qui est le plus secret dans son cœur. Mais, sur l'Impératrice, « tout ce qu'il dit, raconte Meneval, était plein de convenances et de ménagement pour elle. Il la plaignit des erreurs auxquelles elle avait été exposée, il alla au-devant de ce que Meneval aurait pu dire dans son intérêt et ne mit pas en doute que ses sentiments pour la France et pour lui n'eussent été violentés.
Plein de confiance encore dans le loyalisme de la Chambre des Représentants qui va se réunir, dans le dévouement ([u'elle témoignera à sa personne et à sa dynastie, il dicte, à la suite de ces conversations, une note pour le duc de Vicence qui prouve l'étendue de ses illusions. « Il est possible, dit-il, que la Chambre fasse une motion pour le roi de Rome tendant à faire ressortir Ihorreur que doit
inspirer la conduite de l'Autriche. Gela serait d'un bon efFet. » Et il indique alors que Meneval doit faire un rapport, daté du lendemain de son arrivée. Il tracera, « depuis Orléans jusqu'à son départ de Vienne, la conduite tenue par l'Autriche et les autres puissances à l'égard de l'ijiipératrice, la violation du traité de Fontainebleau, puisqu'on l'a arrachée ainsi que son fils à l'Empereur ; il fera ressortir l'indignation que montra à cet égard, à Vienne, sa grand'mère la reine de Sicile. Il doit appuyer particidièrement sur la séparation du Prince impérial de sa mère, sur celle avec M"° de Montesquiou, sur ses larmes en la quittant, sur les craintes de M""® de Montesquiou relatives à la sûreté, à l'existence du jeune prince. Il traitera ce dernier point avec la mesure convenable ». L'Empereur sait bien que, si l'on peut rendre l'Autriche responsable de la séparation initiale, on ferait diflicilement admettre à présent que l'Impératrice n'encourt aucune responsabilité. Un seul moyen se présente pour l'innocenter : « Meneval appuiera sur ce que Tlmpértarice est réellement prisonnière puisqu'on ne lui a pas permis d'écrire un mot. » Et le secrétaire doit « encadrer dans ce rapport tous les détails qu'il a donnés à l'Empereur et qui sont de nature à y trouver place et peuvent donner à ce rapport de la couleur ».
Quelle tâche TEmpereur impose au dévouement de Meneval ! Il faut qu'en style pompeux, Meneval présente des faits qui sont trop publics pour qu'on