MURAT. — MOBILISATION DE L'ARMÉE
1er qu'il ne serait pas enlrainé à quelques fausses démarches, mais, à Ancône, rendu à lui-môme, entouré de tètes échauffées, on ne peut répondre de rien. » La reine, Gallo, Mosbourg, Mier luimême avaient tout tenté pour empêcher ce dépari, rien n'y avait fait.
Le tableau allait s'éclairer : le 11, le jour même où Murât a expédié Bauffremonl, toutes les troupes de rintérieur sont mises en marche vers les frontières, la garde royale se tient prête; tout annonce la guerre. Contre qui? Le 12, Mier passe une note à Gallo pour le lui demander. C'étaient là les préliminaires d'un ultimatum, qui, étant donné l'écart des forces, eût dû faire reculer Murât. 11 n'en alla que plus vite. Les hommes que leur destin a marqués courent à l'abîme. Le 12, tout est en route; Naples est vidé. « Tout piouve, écrit Mier, que le roi a pris son parti et qu'il n'attend que les premières nouvelles de l'entreprise de Napoléon pour agir. » Et il ajoute : « Je ne crois pas qu'il ait le projet de marcher en France. 11 tâchera de soulever l'Italie et d'en prendre possession; il faudra donc qu'il se batte avec nous. » Mais Murât déclare à tout venant qu'il n'en fera rien, que sa politique reste invariablement attachée à celle de l'Autriche ; que, s'il se réjouit que l'Empereur ait heureusement débarqué a Grasse, c'est que Napoléon est comme lui l'ennemi des Bourbons ; qu'il lui est assez indifférent que ce soit Napoléon ou un autre général français qui occupât le trône de France, XI. . 14
pourvu que ce ne soient pas les Bourbons : « Je suis leur ennemi, dit-il, comme ils sont les miens. » Et c'est sur cette hostilité, sur Texpédilion que les Bourbons voulaient diriger contre lui, sur la réunion hostile de forces considérables à Grenoble et à Dijon, qu'il se fonde pour affirmer ses intentions pacifiques à l'égard de l'Autriche, d'abord par une note singulièrement embrouillée parue dans le Monitore délie Sicilie du i3, puis par une lettre de Gallo à Mier de même date. Toutefois, Gallo ne nie point qu'il n'y ait quelque corrélation entre les préparatifs militaires du roi son maître et la note du 26 février. « Les événements extraordinaires et inattendus qui se passent dans ce moment et qui peuvent embraser de nouveau le continent, sont de nature à exiger, dit-il, que le roi se tienne en mesure d'agir pour sa propre conservation et en suite des réponses que Sa Majesté attend avec impatience aux ouvertures que ses ministres ont eu ordre de faire au Congrès de Vienne. » N'est-ce pas qu'on doit penser que Murât s'apprête à jouer le même jeu qu'il a joué l'année précédente et à mettre son alliance aux enchères ? Rien ne dit encore qu'il tournera pour ou contre Napoléon. Le sait-il lui-même?
L'arrestation de la princesse Pauline ' à Yiareggio par les autorités autrichiennes qui occupent la Toscane, « met le roi à la fureur ». On lui a assuré
* Je traiterai plus loin cet épisode dans le chapitre xli.