‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 59 sur 106 · MURAT. — SENTIMENTS DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

MURAT. — SENTIMENTS DE L'EMPEREUR

de ses messagers, il ajoute : « J'ai une armée en Flandre, une en Alsace, une dans l'intérieur, une qui se forme dans le Dauphiné. Jusqu'à cette heure, je suis en paix avec tout le monde. Je vous soutiendrai de toutes mes forces. Je compte sur vous '. Vous devez penser que mon désir sincère est de maintenir la paix, que ce serait surtout aussi une garantie pour le sort de Votre Majesté, mais, si nous étions obligés de recourir aux armes, je me trouve dès aujourd'hui parfaitement en mesure d'en affronter les chances et l'unanimité de la réunion des Français autour de moi m'assure que la nation entière est prête à me soutenir avec énergie ».

Il importe peu que celte lettre, malgré les précautions prises pour l'expédition, soit ou non parvenue entre les mains de Mural % elle atteste les sentiments de l'Empereur à cette date, senti-

^ Cette partie omise dans la Correspondance (u° 21745) a été publiée par Debrotonne (N" 1379).

- Je ne suis nullement convaincu que cette lettre, comme l'a récemment afGrmé un historien improvisé, ne soit pas parvenue aux mains de Murât. Après avoir rempli sa mission près de l'Empereur, M. de BauttVemont était reparti, porteur de cette lettre, pour Naplcs. Il fut arrêté à Turin où il fut détenu pendant neuf jours et il dut ensuite rétrograder sur la France, « Il arriva le 12 avril et chemin faisant répandit le bruit de quelques succès de Murât contre les Autrichiens, et alla poi'ter ses dépêches au Roi : » Il repartit de Lyou, parvint jusqu'à JNaples à la mi-mai ; à preuve : sur le livre des dépenses de la reine est écrit :

14 M.\i. — A M. de Bauffremont pour (rais de voyage au quartier général, 600 francs.

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ments qui étaient tels encore dix jours plus tard. Tant que le Midi n'avait pas été pacifié, on n'avait pu songer à expédier le chargé d'affaires ou le ministre que l'Empereur avait annoncé : mais, d'ici que ce ministre arrivât, Caulaincourt, par la dépêche en date du 8 avril servant d'instructions au cardinal Fesch nommé ministre à Rome, lui avait dit : « Vous pouvez, monsieur le Cardinal, si vous le jugez à propos, nommer un chargé d'affaires à qui vous donnerez vos directions » et il avait ajouté : « L'Empereur veut bien vivre avec la cour de Rome, mais, en môme temps, il doit mettre du prix à ne pas contrarier les justes prétentions du roi de Naples. Votre Eminence sait combien le concours de ce prince est utile à Sa Majesté et elle emploiera tous ses soins à concilier ce double intérêt. Vous pouvez, monsieur le Cardinal, assurer le pape de ces bons sentiments de l'Empereur et l'engager à retourner à Rome, si pourtant le roi de Naples n'y voit pas d'inconvénient.

« Nous devons supposer que le roi est informé de tout ce qu'on a tramé contre lui. Il n'aura pas été dupe des démonstrations mensongères de M. de Metternich et ne se laissera pas abuser par de fausses confidences ni même par la production de pièces fausses. L'Empereur ne veut pas séparer sa cause de la sienne : quand même les alliés voudraient rester en paix avec la France, si le roi était menacé, il ferait la guerre pour le soutenir. »

A cette date, l'Empereur se flattait donc que la

COMMUXICATIOX DE NAPOLÉON uîS

guerre entre Murât et rAulriche pouvait être conjurée et que Tarmée napolitaine prendrait seulement position en avant d'Ancône. Il connaissait les faux commis dans le cabinet du roi de France et s'attendait que l'Autriche eût été aussi favorisée que l'avait été l'Angleterre ; sans doute pensait-il qu'on ne s'était point arrêté là et qu'on avait fabriqué d'autres armes pour le brouiller avec Murât.

Peu confiant dans les talents du chargé d'affaires qu'accréditerait son oncle, il était pressé d'avoir un agent de valeur près de Murât : « Marseille est soumis, écrit-il le lo à Gaulaincourt, il est donc nécessaire de faire partir sur-le-champ un chargé d'affaires pour Gonstantinople et un ministre pour Naples. Si cela convenait'au général Belliard, il serait très propre à cette mission. »

A peine sait-on, à ce moment, que Murât s'est mis en marche. La première nouvelle en paraît dans le Journal de V Empire du ii : encore ne connaît-on que ce qui est relatif aux Etats pontificaux et, dans le rapport sur la situation extérieure que présente à l'Empereur, le 12 avril, le ministre des Aff'aires Étrangères et qui est publié le i5, est-il dit simplement : « Au milieu de cet ébranlement de l'Autriche vers l'Italie, le roi de Naples n'a pu rester immobile. Ce prince, dont les Alliés avaient précédemment invoqué les secours, dont ils avaient reconnu la légitimité et garanti l'existence, n'a pas pu ignorer que leur politique, modifiée depuis par des circonstances diff"érentes,

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