‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 6 sur 106 · LA PRINCESSE PAULINE — LES ADIEUX · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE PAULINE — LES ADIEUX

entra dans la chambre de rEmpereur au moment où Marchand s'y trouvait, attendant les derniers ordres de son maître ; elle avait beaucoup de bontés pour Marchand auquel elle avait donné aux étrennes un très beau saphir entouré de diamants. « Son beau visage, écrit Marchand, était inondé de larmes. Elle vint à moi tenant à la main un collier de diamants de Soo.ooo francs de valeur. Elle voulait parler : les sanglots étouffaient sa voix. J'étais ému moi-même. « Tenez, me dit-elle, l'Empereur « m'envoie vous remettre ce collier. L'Empereur « malheureux peut en avoir besoin. Ah ! s'il en était « ainsi. Marchand, ne Tabandonnez jamais ! Ayez « bien soin de lui, adieu ! » El elle lui tendit sa main à baiser. Marchand essayant de dire cfue tout lui faisait espérer qu'il la reverrait: « Ce n'est pas ma pensée », dit-elle. Un secret pressentiment semblait l'avertir qu'elle ne verrait plus son frère. L'Empereur entra à ce moment, lui adressa des paroles de consolation et l'entraîna dans le jardin. Elle ne se trouva point comme sa mère maîtresse d'elle-même, lorsqu'elle admit à prendre congé ceux qui accompagnaient l'Empereur. « Adieu, mes amis, disait-elle au milieu des sanglots ; mes vœux vous accompagnent; aimez toujours mon frère, ayez soin de lui, donnez-moi de vos nouvelles. » C'était tout ce qu'elle pouvait dire, et, au milieu de ses sanglots, elle « embrassa tous les fidèles régulièrement admis à son cercle et qu'elle savait être les plus dévoués à l'Empereur».

.\APOLEOx\ ET SA FAMILLE

Quant à Napoléon, nul ne fut témoin des adieux qu'il fit à sa mère et à sa sœur. Il avait la pudeur de ses sentiments intimes et ne les étalait point. Il leur recommanda, ainsi qu'à M""^ Bertrand et aux femmes des officiers qui l'accompagnaient, d'attendre à Porto-Ferrajo, où elles seraient sous la protection de son chambellan, Lapi, promu général et commandant de l'île et du bataillon franc elbois, qu'il envoyât un navire pour les chercher; dès le i"^' mars, en effet, aussitôt le débarquement opéré au golfe Juan, il donna à V Inconstant et à V Etoile ordre de retournera Elbe pour y prendre Madame, la princesse et leur suite. Quelles que fussent les affaires et si pressantes, il n'en avaitpoint qui lui tînt plus au cœur que la sûreté de sa mère et de sa sœur.

Lorsque Napoléon s'était déterminé à quitter l'île d'Elbe pour revenir en France, il n'était point appelé par des conspirateurs, mais il savait qu'il trouverait des amis. Un complot qui eût eu son foyer d'inspiration à l'île d'Elbe, son foyer d'action à Paris et qui eût rayonné de là dans les départements, n'eût pas manqué d'être découvert et trahi, ou d'avorter. Ainsi advint-il à la grande conspiration militaire qui, assurée de la plupart des généraux commandant les troupes et de presque tous ceux commandant les départements, se trouva déconcertée, lorsqu'elle éclata, par la défection de celui qui avait accepté d'en ôtre le chef; les contre-ordres que portait le fils de Thibaudeau n'arrivèrent que

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