MURA.T. — RETRAITE PRECIPITEE %V
la crainte d'une descente anglaise — d'ailleurs probable. L'armée autrichienne tout entière était en manœuvre contre lui et, s'il n'avait pu avoir raison de quelques corps détachés, quelle résistance opposerait-il à des forces qui s'accroissaient à proportion ([ue les siennes diminuaient et que la désertion les réduisait de plus de moitié? Il était incapable de résister à FofTensive que prenait le général en chef autrichien, le baron de Frimont. Sur l'ordre de celui-ci, Bianchi s'emparait le ii de la. ville de Garpi et forçait les Napolitains à se retirer derrière la Secchia; le i3, la citadelle de Ferrare était débloquée, Murât évacuait Bologne et se mettait en pleine retraite, perdant une partie de ses bagages.
Toutefois les Autrichiens auraient eu tort de penser c(u'il en serait de cette armée comme il avait été jadis de celles commandées par Damas et par Mack. Sur une trop vive attaque des Autrichiens, la division Garascosa fit front et arrêta l'ennemi.
Se -défendre est tout ce que Murât peut espérer. A ce momeni, c'est à peine si, à Paris, on sait qu'il s'est mis en mouvement. L'Empereur ne peut pas douter que, pour avoir pris cette initiative, il. n'ait eu de bonnes raisons et qu'il n'ait profité d'intelligences analogues à celles qui sont venues s'offrir à l'île d'Elbe : d'un jour à l'autre, une révolution a pu se produire au profit de Murât
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telle qu'elle se fût produite à son compte. 11 est grand temps qu'on aille y voir et que Belliard parte pour Naples.
Belliard ne s'en soucie pas. Nommé à la date du i3 avril, il refuse par trois fois et ne se décide à accepter que sur un ordre impératif. Sa nomination n'est définitive que du 19. Des nouvelles sont arrivées dans l'intervalle. De Lyon, le i3, on a annoncé que Murât est arrivé à Plaisance ayant constamment, depuis Rimini, battu les Autrichiens et leur ayant fait i.Soo prisonniers. Le Moniteur portant la date du 19, sous la rubrique de Florence, le 3 avril, raconte l'entrée à Rimini, le départ du grand-duc de Toscane. Le 20, paraît sous la rubrique : Augsbourg, la proclamation de Rimini. L'Empereur en est donc instruit lorsqu'il reçoit Belliard. « Je suis très contrarié, lui dit-il, que Murât ait commencé; je ne veux pas la guerre » ; mais il ajoute : « Murât a agi pour moi; je le soutiendrai. Vous lui direz que j'organise une armée sur les frontières du Piémont pour lui donner la main. Il faut arriver à Milan. » Puis il entre dans le secret des instructions. Il n'a point renoncé à l'Italie; s'il consent que Murât en ait sa part, il réclame la sienne, et il entend bien, avant de mettre un homme en mouvement, avoir reçu des garanties. Le plan qu'il développe est à peu près celui auquel il s'était rallié — de force plus que de gré — en janvier 1814 : deux grands Etats indépendants s'équilibrant au nord et au sud » : point de
MURAT. — LA MISSIOX DE BELLIARD .i^y
Murât dans Tltalie du nord, à portée de la France. « Au surplus, dit-il à Belliard, vous verrez sur les lieux ce qu'on peut faire et, d'après les événements, vous arrangerez tout pour le mieux, dans les intérêts de tous, comme vous le jugerez convenable ; je vous donne carte blanche, mais parlez bien vile, Murât a besoin de vous. »
Combien il lui manquait en effet, son chef d'étatmajor, celui qui lui avait prêté son intelligence, ses talents, ses connaissances stratégiques, celui grâce auquel l'intrépide sabreur avait fait figure de chef d'armée : Mais combien de temps allait s'écouler encore avant que Belliard le rejoignit! Il a quitté Paris le 22 avril ; relardé par l'attente du duc de Padoue que l'Empereur envoyait en Corse, €t pour qui Decrès ne pouvait fournir un second bâtiment, il s'embarqua le 27 sur la frégate la Dryade qui ne relâcha à Bastia que le 3o. Chassée par un vaisseau anglais dans les parages de l'île d'Elbe, la Dryade se réfugia à Porto -Ferrajo, d'où un courrier, porteur des mauvaises nouvelles (jui venaient d'y arriver de la retraite de Murât, fut expédié à l'Empereur. Le 4 mai, la Dryade reprit la mer; mais, à la hauteur d'Ischia, elle tomba dans une division anglaise et, durant quelle cherchait à gagner Gaète, Belliard se jeta dans un canot avec son aide de camp, échappa aux Anglais par des chances surprenantes et arriva à la lin à Naples le 9, à 3 heures de l'après-midi. Il se rendit aussitôt chez la reine qui, en l'apercevant, s'écria : « Com-
ment avez-vous fait pour arriver?., que n'êtesvous venu il y a un mois, que de malheurs vous nous auriez évités! » Et elle lui raconta ce qui s'était passé, avec cette intelligence, ce feu, ce don de parole qui sont une des caractéristiques de la race. Madame, Fesch, Jérôme, qui, comme on a vu, avaient par diverses voies rejoint Naples de l'île d'Elbe, de Rome et de Florence, étaient présents et apportaient sur des points certaines précisions.
Belliard apprit ainsi ce qui s'était passé. Murât, dès le i6 avril, avait parfaitement conscience que la partie était perdue. 11 avait tenté de donner le change au public en présentant les déclarations de Bentinck « comme le prétexte de son mouvement rétrograde », mais en réalité il n'aspirait qu'à traiter avec l'Autriche, à se faire pardonner, prêt à dire comme un enfant pris en faute : je ne l'avais pas fait exprès, et à invoquer la maldonne. Alors, il chercha à s'abriter derrière sa femme; malgré qu'elle eût refusé la régence , il la lui imposa (18 avril] confiant qu'avec son adresse, sa fidélité à l'alliance autrichienne, les vieux souvenirs qu'elle invoquerait près de Metternich, l'appui qu'elle trouverait près de Mier, dont il regrette tant le dépari, elle arriverait à tirer encore parti d'une situation qu'il jugeait déjà désespérée.
De son côté, il expédia des instructions à ses plénipotentiaires à Vienne, les invitant à faire près de Metternich des ouvertures pour la paix. Com-
MURAT. — ÉCHEC SUR ÉCHEC 23g
battre le corps autrichien qui le suivait de plus près, remporter un avantage sur Neipperg fort aventuré, et traiter tout de suite, c'était la combinaison qui pouvait se présenter à son esprit, mais, là encore, ses hésitations succédant à ses coups de tête, il s'arrêta, laissant les Autrichiens se rejoindre.
11 faisait faire par Gallo de nouvelles ouvertures à Bentinck, et Gallo déclarait que son roi avait tout fait pour éviter le nialeiileiulu avec l'Autriche. « Le roi, écrivait-il, vient de proposer au commandant autrichien une suspension d'armes. La rentrée des Napolitains dans leurs anciennes positions faisant cesser tout sujet de malentendu entre les deux puissances, la guerre n'aurait plus aucun but et il serait bien cruel de prolonger les maux de l'humanité. Ce motif dicte la conduite du roi et, si 1 Autriche n"a pas le projet de combattre pour envahir le reste de l'Italie, il est à espérer qu'elle sera sensible aux malheurs qu'entraînerait son refus et que l'ofire du roi sera acceptée. »
11 comptait être victorieux : il fut battu sur le Ronco dont Neipperg força le passage : car c'était Neipperg qu'il avait devant lui : le chevalier d'iionneurde sa belle-sœur, l'Impératrice-Archiduchesse, l'homme qui, dix-huit mois plut tôt, avait encouragé, signé, payé sa défection ; et après qu'il a été battu, il fait écrire par son chef d'état-major « au général en chef des armées autrichiennes » pour parler de la paix. C'est un pur hasard si des hostilités ont com-
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mencé, il n'est jamais entré dans les intentions du roi de déclarer la guerre. Dès que lord Bentinck lui eut fait savoir que sa marche en avant était désapprouvée par l'Angleterre, il aurait proposé une suspension d'armes, mais il a craint qu'on n'interprétât cette proposition « comme un moyen de suspendre l'activité des dispositions militaires contre son armée ». « Aujourd'hui, le roi se trouve avec toutes ses forces sur la ligne qu'il a jugé bon de choisir ; aujourd'hui qu'il est bien constaté que ses mouvements n'étaient pas forcés et qu'il en était bien le maître, Sa Majesté m'autorise à vous faire connaître qu'elle fait demander à Vienne de nouvelles explications et fait présenter à votre cour des ouvertures dont elle espère un heureux résultat. »
Puis il demande un armistice au commandant de l'avant-garde autrichienne « parce qu'il veut se réconcilier avec l'Autriche ». Sa proposition de rencontre aux avant-postes est naturellement repoussée et, pendant ce temps, les renforts sont arrivés aux Autrichiens, l'occasion est perdue d'attaquer la colonne Neipperg, Murât n'y pense point. Le 23 avril, il est en retraite surRimini, et certains incidents comme la surprise deCesenatico, indiquaient, aussi bien qu'une nouvelle demande d'armistice que le roi fait porter par son secrétaire, M. de Goussy, l'état de découragement du chef et des troupes.
Toutefois n'a-t-il point si tort de penser qu'il pourrait, de Metternich, obtenir quelques dou-