‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 76 sur 106 · SECONDE LETTRE A W^^ RÉCAMIER · texte numérisé non relu

SECONDE LETTRE A W^^ RÉCAMIER

perdu trône et famille sans m'émoiivoir, mais l'ingratitude m'a révolté. J'ai tout perdu pour la P'rance, pour son empereur, par son ordre, et aujourd'hui il me fait un crime de l'avoir fait; il me refuse la permission de combattre et de me venger et je ne suis pas libre sur le choix de ma retraite : Concevez-vous tout mon malheur? Que faire? Quel parti prendre ? Je suis Français et père : comme Français, je dois servir ma patrie ; comme père, je dois aller partager le sort de mes enfants : l'honneur m'impose le devoir de combattre et la nature me dit (jue je dois être à mes enfants... Voilà ma situation. Donnez-moi des conseils, j'attendrai votre réponse, celle du duc d'Otrante et de Lucien, avant de prendre une détermination. Consultez bien l'opinion sur ce que l'on croit qu'il me convient de faire, car je ne suis pas libre sur le choix de ma retraite : on revient sur le passé et on me fait un crime d'avoir, par ordre, perdu mon trône quand ma famille gémit dans la captivité. Conseillezmoi ; écoutez la voix de l'honneur, celle de la nature, et, en juge impartial, ayez le courage de m'écrire ce qu'il faut que je fasse. J'attendrai votre réponse sur la route de Marseille à Lyon. »

Mais cela serait trop long pour son impatience ; dès le lendemain ig, il adresse à l'Empereur une lettre qui, en dévoilant le degré d'exaspération où il est parvenu, montre à quel point Napoléon fut mal inspiré en le ménageant : « Sire, écrit-il, je ne puis plus douter de mon nouveau malheur. Au

mépris d'un traité solennel signé six jours avant mon départ de Naples, la reine et mes enfants, qui devaient être conduits en France, ont été transportés en Autriche. Je n'ai plus rien à demander à Votre Majesté! Elle peut, sans ménagements, prononcer sur mon sort ; ses volontés seront exécutées : heureux de m'être perdu pour elle, aucune plainte ne sortira de ma bouche ; mais vous pouvez vous dispenser de me faire parvenir à l'avenir ce cfu'on veut bien appeler des consolations par des personnes que Ton nomme mes amis. Que vos ministres me fassent connaître positivement le lieu de mon exil ; je m'y rendrai sans murmurer. Je vais attendre vos ordres aux environs de Lyon. » Ce n'est pas assez. Il faut que Murât développe ses griefs et qu'il en rende juge son ami personnel, son protecteur d'aujourd'hui, son complice d'hier et peut-être de demain : Fouché. Avec lui il n'a point à se gêner; il peut développer toute la série des mensonges sur lesquels il échafaude son apologie — ses mensonges et même ceux des autres ; il peut attaquer directement les décisions de l'Empereur, certain qu'il est de trouver un écho complaisant; et qui sait s'il ne s'est pas proposé délier partie de nouveau avec le duc d'Otrante et avec Lucien? Cette lettre seule suffit à le faire juger et il faut la lire. Elle est datée du 19 juin — le lendemain de Waterloo ! « Comment, dit-il, dois-je expliquer ce changement dans la détermination de l'Empereur? Vous m'annoncez de sa part

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