‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 78 sur 106 · XI · texte numérisé non relu

XI

De là il part en guerre contre le Journal de r Empire^ pour avoir insinué qu'il avait abandonné la reine et ses enfants avant la convention avec les Anglais, pour avoir dit que le général Belliard avait traité pour les Français après le départ du roi, et il demande, il exige des rectifications. Ce qui le blesse encore plus c'est la note de Y Indépendant où la conduite de l'armée napolitaine a été si horriblement maltraitée, « où l'on a confondu la nation avec l'armée, les généraux et les officiers avec les soldats. La nation est constamment restée fidèle; pas un village ne se révolta, malgré la proclamation de nos ennemis; pas un officier général, pas un simple officier ne manqua à l'honneur ni à ses serments, mais leur inexpérience fut la première cause de nos malheurs; les soldats seuls m'abandonnèrent et je ne dois pas comprendre dans ce nombre environ six mille braves qui restèrent fidèles à leurs drapeaux. Et il exige, pour attester la bravoure de l'armée napolitaine, l'insertion dans les journaux français des bulletins autrichiens. Il ne se tient pas là : il entend que, dans lesjournaux, on rectifie le texte de la convention conclue entre le prince Cariati et le commodore Campbell où l'on a omis les articles concernant le retour en France de la reine et de ses enfants, mais le Moniteur ne les a point insérés. « Comment l'Empereur, qui en a reçu une copie bien exacte, n'a-t-il pas jugé à propas de la faire publier.^ »

« J'entends dire, ajoute le roi, que l'opinion de

MURAT. — LETTRE A rOUCHÉ 27^

la France m'est contraire et que les Français ne me pardonnent pas d'avoir pu cesser un instant d'être leur allié: je ne répondrai rien à cela, mais je me bornerai à les renvoyer au discours de lord Castlereagh qui ne m'a que trop justifié. Je répondrai à ceux qui m'accusent d'avoir commencé les hostilités trop tôt, qu'elles le furent sur la demande formelle de l'Empereur et que, depuis trois mois, il n'a cessé de me rassurer sur ses sentiments en accréditant des ministres près de moi, en m'écrivant qu'il comptait sur moi et qu'il ne m'abandonnerait jamais.

« J'ai reçu à mon débarquement les mêmes assurances du duc de Vicence et ce n'est que lorsqu'on a su que je venais de perdre, avec le trône, les moyens de continuer la puissante diversion qui durait depuis trois mois, que l'on veut égarer l'opinion publique en insinuant que j'ai agi pour mon propre compte et à l'insu de l'Empereur. Si on m'y force, il ne me sera que trop facile de me justifier à cet égard d'une manière victorieuse. »

On a vu déjà que tel était le terrain que Murât, avait choisi : ce qu'il a exposé à M™* Récamier, ce qu'il a dit sommairement à l'Empereur, il le répète plus amplement à Fouché : il allègue le discours de lord Castlereagh et il authentique en quelque façon les pièces apocryphes que Blacas a fournies à l'Angleterre, parce qu'ainsi il croit justifier sa défection de 181 4; des communications sans nombre de l'Empereur l'invitant à se maintenir en paix

avec les Autrichiens, il détache une phrase dont il dénature le sens et il invoque, pour cette fois à bon droit, Tinexplicable lettre de Joseph, qui, en admettant qu'elle soit authentique, n'a pu, comme on l'a vu, déterminer sa conduite. Au surplus, par les deux notes qu'il a dictées pour le ministre des Affaires Étrangères, dès qu'il eut reçu la nouvelle de la déconfiture de Murât, l'Empereur a répondu d'avance à ces tentatives de justification et il les a écrasées sous le poids de la vérité.

Au milieu de ces avortements qui assombrissaient le présent et obscurcissaient l'avenir, il fallait bien pourtant, quoique le mois de mai fût presque écoulé, remplir cette promesse du Champ de Mai, échappée d'une effusion joyeuse, au milieu de l'enthousiasme des Lyonnais. L'on devait y couronner le Prince impérial et l'Impératrice. — Et il n'y avait en France ni Prince impérial, ni Impératrice : pour officier, pas même un cardinal, car Fesch s'était dérobé comme les autres et Ton était réduit à un allié des Tascher. Alors que faire? Proclamer le résultat de ce plébiscite, où ceux là seuls avaient voté pour l'Acte additionnel qui en détestaient l'esprit et en réprouvaient la doctrine et qui avaient seulement envisagé que, par là, ils consolidaient l'Empereur; célébrer une messe et un Te Deum où manqueraient l'évêque d'Autun,

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