LE CHAMP DE MAI. — L'ABDICATION
l'abbé Louis et l'abbé Desrenaudes, mais où l'on espérait la présence de La Fayette ; passer en revue les gardes nationales et les dépulations de l'armée, distribuer des aigles, écouter un discours, en prononcer un autre, c'était de quoi amuser le tapis, mais il manquerait toujours la grosse pièce — celle sur laquelle avait compté l'Empereur, sur laquelle comptait encore M. le duc d'Otrante.
Que lui importait à Fouché que le Prince impérial n'y fût point? Ne pourrait-on proclamer la Régence absente Imperalore^ comme cette tourbe de moines et de prêtres défroqués célébraient jadis l'office des morts, absente cadaveve. L'Autriche savait à merveille que Fouché était disposé à cette combinaison comme à toute autre, pourvu qu'il y trouvât sa sécurité et ses avantages : il était si ardent à s'entremettre qu'il eut négocié n'im|)orte quoi avec n'importe qui; mais il rencontrait ici des chances de s'employer qui devaient lui convenir à miracle. Pour un homme de son espèce, une époque de régence, c'est le moment où jamais d'intriguer, de s'insinuer, de prendre la bonne part et de se garnir les mains. Ce qu'on ferait de Napoléon était une question réservée, mais il faudrait bien le placer hors du jeu.
Pour le moment, Fouché avait trouvé près de l'Empereur un allié aussi ardent que lui-même pour la régence^ C'était le prince de Canino — à
1 Le brouillon que Lucien avait rédigé pour ses mémoires est
présent le prince Lucien. A Rome le prince de Canino avait eu, quelques mois auparavant, une curieuse conversation avec ce M. de Jullian, ami de Fouché, qui en avait fait son ambassadeur à Naples : « Dès le moment où je le vis à Rome^ dit Jullian, j'aurais pu prévoir que, dans le cas où la France serait en proie un jour à de nouvelles agitations qui auraient pour but de rendre une existence politique à sa maison, le dessein de M. Lucien n'était pas d'y demeurer étranger. Il supportait impatiemment l'état de déconsidération dans lequel Forgueil et le délire de Bonaparte avaient précipité sa famille; son unique pensée me parut être de voir ce prince un moment rétabli sur le trône, pour en obtenir, peu de temps après, une abdication volontaire, qui eût placé la couronne sur la tète de son fils et la régence dans les mains de Marie-Louise. » Ainsi, lorsque Jullian revenait de Naples au début de mars, le siège de Lucien était fait. Aussi ne manqua-t-il pas, dès ses premières
plein d'erreurs de dates '. Lucien est arrivé le 9 mai. Or il écrit : « Il ^Napoléon) projette un Champ de Mai ». Le Champ de Mai a été convoqué par les décrets de Lyon du i3 mars. Il dit: « lime donne communication de ses articles additionnels » : ils ont été publiés au numéro 19 du Bulletin des Lois, sous la date du 23 avril. Les registres de vote ont été ouverts deux jours après la réception du Bulletin des Lois dans les départements dont le vote était commencé depuis le 25, quatorze jours avant l'arrivée de Lucien. Assurément, sur quantité de points, il se vante, et s'attribue un rôle qu'il n'a pas joué et des paroles qu'il n'a pas dites, mais, sur l'abdication et la régence, d'autres témoignages permettent de croire qu'il dit vrai.