LES LETTRES A MARIE-LOUISE
son fils. Et l'on ne saurait la tenir en captivité, lorsque son mari et son peuple la réclamaient.
Aussi l'Empereur multiplie les dépêches et les messagers. A Paris, le 22, on avise un secrétaire de l'ambassade d'Autriche qui n'est pas encore parti : on le charge d'une lettre. Le 26, Montrond, comblé d'argent pour lui et pour sa maîtresse M'"® Hamelin, est chargé — outre les paroles qu'il doit porter au prince de Talleyrand — d'un pli pour l'Impératrice : c'est la lettre que brûlent M"" de Montesquiou et Méneval pour qu'elle ne soit pas livrée par Marie-Louise. Le 27, le grand-maréchal rappelle à l'Empereur que « le colonel polonais, que le major Jermanowski lui a amené le matin, partie même jour pour Vienne et promet de rendre la lettre dont il sera chargé ». L'Empereur répond : « Je vous remettrai ma lettre ce soir à 6 heures. Ecrivez à Méneval et à M"^^ de Montesquiou pour leur faire connaître en détail ce qui s'est passé et chargez l'officier d'un paquet de Moniteurs depuis le 20 mars jusqu'à ce jour. » Et cette lettre qui porte la date du 28 est ainsi : « Ma bonne Louise, je suis maître de toute la France : tout le peuple et toute l'armée sont dans le plus grand enthousiasme. Le soi-disant roi est passé en Angleterre. Je passe toute la journée des revues de 23.000 hommes. Je t'attends pour le mois d'avril. Sois à Strasbourg du i5 au 20 avril. » Le i" avril, c'est par Flahaut qu'il écrit, Flahaut qui passe pour être le fils de Talleyrand : en tout cas, son protégé intime
et son élève. Si quelqu'un, après Alontrond, peut agir sur Talleyrand, c'est Flahaut. Si quelqu'un peut parvenir jusqu'à Marie-Louise et la décider, c'est Flahaut; si quelqu'un peut s'emploj^er près des souverains, c'est Flahaut, Aussi, en outre des lettres pour l'Impératrice, est-il chargé de lettres pour l'empereur d'Autriche et l'empereur de Russie. Sans doute, Napoléon y^parle-t-il de la paix, mais, dit-il, le plus vif de ses vœux est de revoir bientôt dans sa capitale l'objet de ses plus douces afFections, son épouse et son fils chéri. Il indique dès lors quelle peut être l'issue qu'il donnerait à sa politique si l'Europe s'y prêtait. Après avoir insisté sur les vertus de l'Impératrice, la dignité de sa conduite, la tendresse que l'empereur d'Autriche ne peut manquer d'éprouver pour une fille qui lui était déjà si chère, il ajoute : « Mes efforts tendent uniquement à consolider ce trône que l'amour de mes peuples m'a conservé et rendu et à le léguer un jour, aifermi sur d'inébranlables fondements, à l'enfant que Voire Majesté a entouré de ses bontés paternelles. » Et il termine par une touchante invocation aux principes de son très cher beau-père, à la valeur qu'il attache à ses affections de famille ; il a l'heureuse confianc^e qu'il s'empressera, quelles que puissent être d'ailleurs les dispositions de son cabinet et de sa politique, de concourir à accélérer l'instant de la réunion d'une femme avec son mari et d'un (ils avec son père. Le 4» il écrit : « Ma bonne Louise, je t'ai