POINT DE REPONSE
écrit bien fies fois ; je t'ai envoyé F. (Piahaut) il y a trois jours; je l'expédie un homme pour le dire que tout va très bien. Je suis adoré et maître de tout. 11 ne me manque que toi, ma bonne Louise, et mon fils. Viens donc de suite me rejoindre par Strasbourg. Le porteur te racontera quel est l'esprit de la France. Adieu, ma bonne Louise. Tout à loi. »
Après Monlrond , après Flaliaul, il expédie Dufresne Saint-Léon, l'âme damnée de Talleyrand ; il expédie Bresson, directeurdes fonds aux Affaires Etrangères, une créature de Talleyrand; quelque Belge, comme Stassart, ou quelque Polonais vient-il dire qu'il a des moyens d'entrer à Schœnbrunn, vite, des lettres pour l'Impératrice, pour Talleyrand, pour Méneval, pour M™" de Montesquiou.
Ils vont venir, ils arrivent, ils entreront tout à l'heure à Strasbourg, le télégraphe jouera aussitôt; dès lors, Napoléon lient que tout est assuré. Les lettres du 28 mars à Marie-Louise, du i""" avril à l'empereur François, du 4 avril à l'Impératrice; combien d'autres? le montrent en une agitation cruelle. Le 8, il fait écrire par Gaulaincourt au cardinal Fesch nommé minisire à Rome : « Sa Majesté a vraiment h cœur que Votre Eminence puisse s'arranger pour être à Paris le 3o mai afin d'officier au couronnement du Prince impérial. »
A ses demandes, ses instances, ses ordres, pas de réponse. Le capitaine Hurault, qui, après son aventure d'Aix, avait rejoint sa femme à Vienne,
est accouru à la première nouvelle du débarquement, il est arrivé à la fin de mars, mais il ne sait rien — ou il ne veut rien dire. Cette incertitude oîi l'on est donne naissance à des bruits contradictoires : les uns affirment que Marie-Louise est en route et qu'on l'attend en Alsace. D'autres disent qu'elle est gardée à vue à Presbourg, que l'empereur d'Autriche a livré en otage, comme garants de sa conduite envers les Alliés, le Roi de Rome et le prince Eugène.
Tout cela est d'imagination, mais, à défaut d'une réponse de sa femme, Napoléon a connaissance, depuis le 21 ou le 22 au plus tard,de la réponse anticipée que les alliés ont faite aux propositions de paix qu'il leur adresse par toutes les voies. Il en a connaissance, car, le 20, de Turin, le marquis d'Osmond, ambassadeur de Louis XVIII, de Besançon, le comte de Scey, préfet du Doubs, en ont fait passer des copies imprimées aux préfets et aux maires de la région, qui se sont empressés de les envoyer au grand maréchal.
Le i3, pendant qu'à Lyon, l'Empereur se convainquait que l'Autriche lui serait propice, et qu'il écrivait à sa femme sa lettre officielle, à Vienne les représentants de l'Europe : Autriche, Espagne, France, Grande-Bretagne, Portugal, Prusse. Russie, Suède, rédigeaient, signaient, promulguaient l'acte le plus notoirement mensonger qu'aient confectionné des diplomates sans scrupules. Ils y disaient que les puissances signataires du traité
LA DECLARATION DU i3 MARS 21
de Paris, « informées de Tévasion de Napoléon Buonaparte et de son entrée à main armée en France, devaient à leur propre dignité et à l'intérêt de l'ordre social une déclaration des sentiments que cet événement leur avait fait éprouver. « En rompant ainsi la convention qui l'avait établi à l'île d'Elbe, Buonaparte, disaient les représentants des Rois coalisés, détruit le seul titre légal auquel son existence se trouve attachée. En reparaissant en France, avec des projets de troubles et de bouleversements, il s'est privé lui-même de la protection des lois et a manifesté, à la face de l'univers, qu'il ne saurait y avoir ni paix, ni trêve avec lui. » Et sur ce motif que Buonaparte avait rompu la Convention *qui l'établissait à l'île d'Elbe, « les Puissances déclaraient que Napoléon Buonaparte s'était placé hors des relations civiles et sociales et que, comme ennemi et perturbateur du repos du monde, il s'était livré à la vindicte publique. »
Ainsi, libre aux Bourbons de ne point exécuter le traité du 11 avril, libre à eux de voler le trésor impérial, d'arrêter sur les grand'routes les princesses de la Famille impériale, de séquestrer les biens de quiconque était Buonaparte, de machiner l'enlèvement et l'assassinat de l'Empereur ; cela leur attirait tout au plus, de la part de la Russie et de l'Angleterre, quelques timides représentations : Tout de même, leur faisait-on dire, il pourrait être mieux de payer quelque chose, et puis on
passait. Mais si, excédé à la fin des attentats dirigés contre lui et contre les siens, chassé de son île par la famine proche, >sapoléon Buonaparte s'avisait de réclamer aux Bourbons l'exécution du traité qui leur avait valu leur trône, quel attentat ! quel crime ! quelle ignominie ! L'Europe entière prenait les armes et jurait de ne les point déposer qu'elle n'eut pris Buonaparte mort ou vif.
Elle affirmait bien autre chose : ce que, au temps de la première coalition, les puissances alliées n'avaient point osé déclarer à Pilnilz, ce que le duc de Brunswick lui-même n'avait point osé manifester, les souverains, enivrés de leur victoire, le posaient à présent en principe — un principe que, durant quinze années, ils devaient appliquer par la terreur : « Les souverains de TEurope animés des mêmes sentiments et guidés par les mêmes principes déclarent... qu'ils seraient prêts à donner... à tout gouvernement attaqué, dès que la demande en serait formée, les secours nécessaires pour rétablir la tranquillité publique et à faire cause commune contre tous ceux qui entreprendraient de la compromettre. » Ainsi se scellait, sous les auspices du prince de Talleyrand, la sainte alliance des rois contre les peuples ; ainsi, à l'égard de Napoléon, se trouvait formulée par ses pires ennemis, bien plus éloquemment qu'elle n'eût pu l'être par ses partisans les plus dévoués, cet axiome que sa cause est la cause des nations; s'il tombe, nulle nation n'a le droit de disposer