‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 81 sur 106 · LUCIEN GARDE NATIONAL · texte numérisé non relu

LUCIEN GARDE NATIONAL

il aspirait aux revanches de sa longue oisiveté.

Lucien, toutefois, ne pouvait hasarder ce qu'il venait d'emporter après tant d'efforts, ce qui avait été l'ohjet unique de ses ambitions : la reconnaissance de son mariage et son entrée dans la Famille impériale. Mais il voulait se populariser, et il prenait à ce dessein des allures qui le sortaient étrangement de ses habitudes. Lui, qui s'était si résolument soustrait à la réquisition et qui affichait jadis un si grand mépris pour les épauletiers et les traîneurs de sabre, ne quittait point l'uniforme et vivait le glaive au flanc. 11 est vrai que c'était l'uniforme de la Garde nationale. L'Empereur le portait aussi, à des jours, car il comptait ainsi flatter le peuple, lequel d'ailleurs n'était point admis à en faire partie, Mais ce n'était qu'accidentel, tandis que Lucienne se montrait qu'ainsi vêtu. Il est vrai qu'il ne pouvait pas, comme Joseph et Jérôme, recevoir l'uniforme des grenadiers de la Garde : Joseph et Jérôme avaient des habitudes et des façons militaires, tandis que Lucien, avec ses besicles et ses allures de poète épique, eût fait triste figure audevant d'une troupe militaire; il l'avait compris; s'en tenait au garde national, ce qui permettait tout.

Il avait pris son avantage et n'en voulait rien perdre : Quoique Jérôme précipitât sa course, il ne pat arriver avant le 27 mai et déjà, assure Lucien, tout le cérémonial avait été discuté entre les trois frères. Lucien eût voulu échapper au « cos-

iS-i. XAPOLEO-X ET SA FAMILLE

tume espagnol de prince français : habit, veste, culotte et manteau de velours blanc, brodés d'abeilles d'or, souliers blancs ]>rodés d'or, chapeau noir à plumes blanches flottantes ». Il eût voulu Thabil de garde national; mais, dès que l'Empereur eut décidé que lui-même paraîtrait en petit costume impérial, la question sembla tranchée. Lucien pourtant, selon son habitude, s'obstina. « L'Empereur me répond avec un mauvais sourire, écrit-il : Oui, pour faire, vous, plus d'effet en garde national que moi en empereur. »

11 faut bien qu'il se soumette : « Je me décide, dit-il, à me mettre en habit blanc, il me va très mal. » Assurément, et ce fut là une des causes de sa répugnance.

Et puis, Jérôme était arrivé et, quoique Lucien eût attribué à l'Empereur un mot qui semblait résoudre, par une décision d'étiquette, la question d'hérédité, on n'allait point si vite : Hortense pour ses fils, Jérôme pour lui-même et pour son fils — dont à la vérité on semblait à Paris n'avoir point connu la naissance, car on omit son nom à VAlmanach impérial de 181 5 [Supplément à VAlmauacJi Royal pour 181^-15) — ne pouvaient admettre que Lucien prît, dans la Famille impériale, son rang de famille, ce qui, dans l'ordre de l'hérédité, l'eût placé après Joseph et eût ainsi abrogé le plébiscite de l'An XII et aboli les droits que Jérôme tenait de l'Empereur lui-même. Pour la cérémonie du Champ de Mai, Lucien n'avait point l'occasion d'éle-

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