LE CHAMP DE MAI. — LUCIEN ET JEROME
ver de prétentions contre Louis dont les enfants ne devaient point paraître en posture officielle, peutêtre parce que leur présence eut souligné l'absence du roi de Rome, et qui, avec leur mère, assistèrent à la cérémonie dans une tribune derrière le fauteuil de l'Empereur, ^lais Jérôme ? La lulte engagée à l'arrivée de celui-ci demeura incertaine; le roi n'y fait aucune allusion dans la longue et précieuse lettre qu'il écrivit à la reine, le i5 juillet, pour la mettre au courant de ses aventures; mais, outre que la reine Hortense en entretint sa confidente, qui n'a point manqué d'en faire part, ilsubsiste sur les tentatives de Lucien contre Jérôme, en dehors de traditions constantes, une suite de faits qui prouvent bien que l'Empereur, singulièrement embarrassé par ses prétentions, ne les a point admises. Les princes ne vinrent point au Champ de Mai, dans la voiture de l'Empereur que leur voiture précédait immédiatement ; selon l'usage établi, les princes héréditaires : Joseph et Jérôme, prirent place à la droite de l'Empereur, Lucien à sa gauche, là où eût siégé l'Impératrice. Seul, dans la cérémonie, Joseph eut à remplir un rôle d'ailleurs insignifiant : il présenta la plume à l'Empereur pour signer le serment qu'il venait de prêter. Quant à Lucien, jusqu'au dernier moment, semble-t-il, il avait espéré une solution conforme à ses désirs. « Quel beau moment, écrit-il, pour abdiquer en faveur de son fils. L'Empereur n'abdique pas et se montre froid. Il cherche à me brouiller avec
Joseph. » « En cas d'abdication, lai dit-il, Lucien rentre régent tandis que ce devrait être à Joseph de l'être. Mais abdiquer, pas si bête ! » «Expression littérale, ajoute Lucien, qui me prouve qu'il se moquait de moi quand il paraissait disposé à cette mesure. »
Tels sont, sinon les faits, au moins l'interprétation, ou le roman qu'en trace Lucien : écrivant vingt ou peut-être trente ans après, il remue dans son cœur ulcéré par l'envie, toute la haine qu'il a conçue contre celui qui s'est montré cette fois encore, son bienfaiteur et contre lequel il ne désarma jamais.
Napoléon qui avait vécu sur l'idée de la régence depuis le départ de l'île d'Elbe, presque peut-on dire jusqu'à l'arrivée de Meneval, se trouvait à présent complètement désorienté. Il savait que l'Europe ne voulait pas de lui ; il devait penser que la France ne voudrait pas d'un empereur mineur qui serait à la garde de l'étranger ; si on le rendait, et que Lucien fût régent, l'Empereur ne sentait-il pas à quel degré son frère l'aimait peu? En. moins de quinze jours, d'après Lucien luimême, on en était au moins à la seconde brouille ; et les raccommodements que Joseph avait ménagés, n'étaient au dire de Lucien même « qu'une apparence ». De l'arrivée de ses frères, il n'avait tiré aucun secours. Beaucoup pensaient avec Thibaudeau, que, « loin de lui être de quelque secours ainsi qu'au pays, ils n'étaient qu'un embarras de