‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 88 sur 106 · SANTÉ DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

SANTÉ DE L'EMPEREUR

vie, un instrument inestimable pour ses desseins politiques; il n'a pas encore renoncé à tout espoir. Il se berce à l'idée que les documents qu'il a fait remettre à l'empereur Alexandre et qui établissent la duplicité des Bourbons en môme temps que leur ingratitude, produiront leur effet; que le Russe, en apprenant qu'il a été joué renoncera à soutenir ces Bourbons qui l'ont offensé avec une si étonnante inconscience. Les ouvertures que d'Autriche P^ouché a reçues — etque peut-être il a provoquées — apparaissent à l'Empereur comme un signe qu'il ne faut rien précipiter et n'est-ce pas à cette même date qu'il en surprend le secret? Enfin, il y a la santé.

Certes l'Empereur n'a alors que quarante-six ans et il a fait, durant cette campagne, de Fréjus à Grenoble et à Lyon, ses preuves d'endurance : non toutefois sans que, à diverses reprises, durant le voyage, son médecin Foureau de Beauregard n'ait du recourir à des remèdes énergiques et que, le 20 mars, à l'arrivée à Paris, il n'ait administré des potions pour calmer la surexcitation nerveuse. Cela n'est rien : De son empoisonnement de Fontainebleau, l'Empereur a accru une susceptibilité des organes qui le met hors d'état de supporter comme jadis les intempéries et qui provoque chez lui, outre une toux nerveuse violente, des accidents de cystite tels qu'il en a éprouvés à la Moskowa et à Dresde et qui lui rendent l'exercice de l'équitation extrêmement douloureux. A l'île d'Elbe, par deux fois,

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au dire de Foureau et de Marchand, il a été très malade. « 11 a eu des vomissements semblables à ceux qui se manifestèrent dans les premiers temps de son arrivée à Sainte-Hélène ' ». Il n'a plus trouvé les occasions pour ces grandes randonnées qui semblaient indispensables à sa santé et provoquaient, en même temps que des sueurs abondantes, des écoulements dont la cessation semble avoir été à Sainte-Hélène parmi les symptômes de son état morbide. 11 n'était plus « en forme ». Et il était malade. Lucien dit en avoir reçu la confidence et l'affirme ". Durant les trois mois, du 29 mars au 11 juin, il ne sort de Paris que pour aller une fois à Saint-Denis, une fois à Bagatelle, une fois à Malmaison : il fait quelques courses dans la ville, mais qu'est-ce près de ces entraînements que, sous prétexte de courre le cerf, il s'imposait les années précédentes au bois de Boulogne et dans les forêts autour de Versailles ? Ce n'est pas tant

i C'étaient peut-être, dit Marchand, les premiers symptômes de la maladie qui devait l'emporter. Comme on s'accorde aujourd'hui à penser que l'incubation pour les affections cancéreuses peut remonter à sept années, il y aurait concordance.

2 « Je désirerais et lui dis franchement qu'il devrait partir pour l'armée. — Ce qu'il me dit de sa santé. — Détails trop intimes à ce sujet. — C'est à l'histoire à les révéler s'il lui en paraissent digues. — En tout je considère comme un malheur que l'Empereur ait été obligé, comme il me le dit, de perdre ces trois semaines. » Lucien. Notes pour ses Mémoires.

Ailleurs : « Grande propension au sommeil, effet de sa maladie. — Lui-même s'étonne, d'après cet état de somnolence qui lui est habituel, d'avoir eu l'énergie de partir de l'île d'Elbe. »

Sur l'état de somnolence. Benjamin Constant (II, 142 et suiv.) est formel.

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