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L'OUVERTURE DE LA SESSION

6" division, « exprimait le désir que le lieutenant général Guilleminot fût employé sous ses ordres et qu'il lût mis à sa disposition un escadron de cavalerie ». L'on ne pouvait penser à employer un général de division sous les ordres de Jérôme qui n'avait reçu dans l'arniée française que le grade de général de brigade, par é((uivalence à son grade dans la marine, mais on tourna la difficulté en conférant à Guilleminot les fonctions de chef d'étatmajor de la division : le cas était sans précédent, mais l'Empereur passa. Il était indispensable que Jérôme, peu familiarisé avec les manœuvres, trouvât à ses côtés un homme qui, de toutes façons, avait fait ses preuves. Néanmoins Jérôme n'était point parti. « Je suppose, écrivit, le 7, l'Empereur à Davout, que le prince Jérôme et les généraux Girard et Berthezène sont partis pour l'armée du Nord. » Pour Jérôme il n'en était rien. Il avait pris séance le 5 à la Chambre des pairs, il s'abstint de paraître à la séance impériale d'ouverture des Chambres, mais il ne voulut pas quitter Paris que la question ne fût résolue et elle ne le fut que le 9 au soir *.

L'Empereur lui-même allait partir. La mise en exercice du régime parlementaire, retardée par les

1 Les mémoires du roi diseut qu'il partit le 12 au point du jour dans la voiture de l'Empereur et se trouvent ainsi en contradiction avec l'ordre de l'armc'e public à Ira page précédente (t. YII, 47 et 48) et avec tous les documents qu'on trouvera cités plus loin.

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circonstances, allait en procurer Texpérience dans les conditions les plus périlleuses, puisqu'il laisserait les Chambres assemblées durant qu'il livrerait sur la frontière du Nord les batailles d'oîi dépendraient son trône et la France. A cette séance d'ouverture des Chambres où l'ont accompagné, au rang de princes et non de pairs, Joseph et Lucien, où ^ladame et la princesse Hortense ont assisté d'une tribune, les paroles qu'il a prononcées ont été sévères et tristes : « Une coalition formidable de rois en veut, a-t-il dit, à notre indépendance ; ses armées arrivent sur nos frontières. La Melpomène a été attaquée et prise dans la Méditerranée, après un combat sanglant contre un vaisseau anglais de 74. Le sang a coulé pendant la paix. Nos ennemis comptent sur nos divisions intestines. Ils excitent et fomentent la guerre civile. Des rassemblements ont lieu ; on communique avec Gand, comme en 1792 avec Coblentz. Des mesures législatives sont indispensables... » et il termine par ces paroles : « Il est possible que le premier devoir du prince m'appelle bientôt à la tête des enfants de la nation pour combattre pour la patrie. L'armée et moi nous ferons notre devoir. « Vous, pairs et représentants, donnez à la nation l'exemple de la confiance, de l'énergie et du patriotisme, et comme le sénat du grand peuple de l'antiquité, soyez décidés à mourir plutôt que de survivre au déshonneur et à la dégradation de la France : la cause sainte de la Patrie triomphera. «

FOUCHÉ ET LES CHAMBRES Sog

II laissait donc derrière lui cette chambre des Représentants, toute neuve en l'exercice de ses droits, infatuée de sa victoire sur le régime dictatorial, enivrée d'avoir vaincu l'Empereur même et de lui infliger des offenses, incapable de former une majorité loyaliste, divisée entre des sots honnêtes et des intrigants vénaux, uniquement livrée en réalité, par la nullité de son président et par la complicité de son bureau, à l'homme qui, ministre de l'Empereur, et au rang presque de premier ministre, n'avait, depuis le 20 mars, de tendresses et de complaisances que pour les royalistes, entretenait avec Gand des relations presque publiques et se ménageait une complicité dans toutes les factions pour s'assurer un rôle dans toutes les combinaisons.

Quelle résistance pourra opposer à des menées factieuses un gouvernement dont le membre principal, le seul qui ait l'habitude du pouvoir, ({ui dispose d'un personnel, qui ouvre et ferme les prisons et les porfes, est un traître avéré? Pardessus tous ses moyens d'action, on lui en a livré un nouveau : il peut prendre l'air de se faire forcer la main par les orateurs dont il a assuré l'élection et par la majorité dont il dispose. En réalité, il est le maître de Paris et, par là, le maître de l'Empire.

Dans cette journée du 1 1 juin, la dernière où il soit encore à peu près souverain, quel avertissement Napoléon a reçu de ces adresses que les députés

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des deux Chambres sont venus lui présenter! Les pairs lui ont signifié que, de tous les succès qu'elle peut espérer du génie de l'Empereur et de la bravoure des armées, « la France ne veut d'autre fruit que la paix », et que les institutions nouvelles « garantissent à l'Europe que le Gouvernement français ne peut être entraîné par les séductions de la victoire ». « L'entraînement de la prospérité, a répondu l'Empereur, n'est pas le danger qui nous menace aujourd'hui. C'est sous les Fourches Caudines que les étrangers veulent nous faire passer. »

Ce n'est rien là près des Représentants : toute la vanité soupçonneuse des robins, tout le délire d'égalité des membres de la Législative, la volonté de pénétrer tous les secrets et de se mêler à tout, une sorte de défiance injurieuse qui soufflette l'Empereur et ses ministres, le goût des discussions oiseuses et des délibérations philosophiques, c'est ce qui paraît dans ce morceau pédant, sec, sans patriotisme et sans flamme. « La crise où nous sommes engagés est forte, répond l'Empereur, n'imitons pas l'exemple du Bas Empire qui, pressé de tous côtés par les Barbares, se rendit la risée de la postérité, en s'occupant de discussions abstraites au moment où le bélier brisait les portes de la ville. »

Ces leçons, si nobles et si fières, n'étaient point pour faire impression-'sur des bourgeois enivrés de leur récent pouvoir, qui s'étaient convaincus

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dès lors qu'en eux seuls résidait la souveraineté du peuple. Il est vrai (|u'ils ne trouvaient en face de leurs entreprises qu'un pouvoir exécutif singulièrement effacé.

L'Empereur avait décidé que, durant son absence, les ministres continueraient à correspondre avec lui, mais qu'ils tiendraient aussi conseil, le mercredi de chaque semaine et toutes les fois que les circonstances l'exigeraient, sous la présidence du prince Joseph. A la vérité, ils ne paraissaient devoir délibérer ([ue sur les objets relatifs à leurs attributions respectives, ou sur les affaires concernant les opérations des Chambres, mais cette dernière formule eût pu tout ouvrir. L'Empereur se réservait : i° les objets de détail et de contentieux des administrations ministérielles; 2° toutes les affaires qui, dans l'ordre du Gouvernement et de l'Administration, ont besoin de la signature impériale; 3° toutes les décisions sur l'initiative des lois et sur les déterminations à prendre dans le cas où la demande de la présentation d'un projet de lois aurait été faite par l'une des Chambres et adoptée par l'autre ; 4° la décision sur la distribution des fonds proposée par le ministre du Trésor, et en conséquence de laquelle toute disposition de fonds devait obligatoirement être faite. C'était donc à peu près tout, et, sauf le détail des menues nominations, on peut se demander quelles étaient les attributions du Conseil.

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A ce conseil devaient assister, outre les ministres à portefeuille, les ministres d'Etat membres de la Chambre des représentants. « Notre frère Lucien, disait TEmpereur, prendra séance dans tous les Conseils et y aura voix délibérative. » Mais il ne lui attribuait aucune fonction particulière, tandis qu'il témoignait une confiance presque entière au prince Joseph. (Cette différence de traitement est remarquable.; C'est au prince Joseph que les autorités de Paris constituées en conseil de défense sous la présidence du gouverneur, le maréchal prince d'Eckmiihl, ministre de la Guerre, doivent faire quotidiennement le rapport de tout ce qui concerne l'ordre et la sûreté publique; à lui, que les ministres d'État doivent rendre compte de tout ce qui se passera dans la Chambre des représentants; à lui que seront remises les dépêches télégraphiques. Au résumé, et bien que l'Empereur n'ait pu se dessaisir en sa faveur d'une autorité effective, c'est à lui pourtant qu'il témoigne sa confiance et l'on ne peut se demander s'il n'a point eu connaissance des bruits qui courent dans les milieux royalistes et dont M""" du Cayla fait part, le 8 juin, à son ami la Rochefoucauld : « On parle de nous donner un gouvernement républicain : deux chambres et Lucien chef, car ici on regarde Bonaparte comme perdu. »

Joseph, qui occupait l'ancien hôtel Langeron, faubourg Saint-Honoré, vient, pour être plus à portée des affaires, s'installer aux Tuileries où il a fait

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préparer ses appartements et il se munit des objets par lesquels devra être assurée la stricte observance de l'étiquette : ainsi, pour un suisse d'appartement, « une hallebarde modèle des châteaux ». Lorsque l'Empereur quitte Paris, Joseph lui remet pour les besoins de l'armée des diamants en grains, enveloppésdans des papiers séparés, d'une valeur de 800.000 francs. L'Empereur les fait enfermer dans sa voiture, dans le secret de son nécessaire, avec le collier que la princesse Pauline lui a offert lors du départ de l'ile d'Elbe, et qui vaut 3oo.ooo à 4<^f^ooo francs. Joseph s'est livré à la bonne foi de l'Empereur et, de même que Pauline, n'a reçu alors nulle valeur en échange. Le cas est neuf et les honore.

Une fois la campagne ouverte, il reçoit chaque jour les lettres de l'Empereur et c'est si bien à lui que sont apportées les dépêches télégraphiques que le ministre de la Guerre se plaint de n'en avoir pas communication; mais il n'a, semble-t-il, aucune action sur la politique. Rien de plus plat et de plus banal que les comptes rendus des séances tenues aux Tuileries, dans la salle du Trône, sous la présidence du prince et auxquelles assistent, avec Lucien, tous les ministres à portefeuille et les quatre ministres d'État. Joseph n'influe sur rien et les opinions qu'il ouvre, pleines de sens en général, ne correspondent nullement à la gravité de la situation. Lorsque, dans la séance du jeudi i5, les ministres discutent sur la dépense

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de riiabillement des gardes nationales, Joseph « demande qu'on la restreigne au vrai besoin, attendu que le recouvrement en deviendra plus prompt et plus facile ». En tout, sur les affaires de finances comme sur celles de police, il se montre modéré, prudent, consciencieux, habitué aux affaires et il ne parle qu'à bon escient.

Tel n'est point le fait de Lucien, empressé à discourir sur toutes choses et montrant, en même temps qu'une compétence médiocre, ce goût du développement oratoire qui embrouille et retarde les affaires. Il le témoigne en particulier sur le projet d'emprunt que le ministre des Finances a préparé, sur lequel les hommes instruits se trouvent d'accord et dont il critique les dispositions avec des arguments sentimentaux. L'ancien Jacobin reparait lorsque le Conseil s'occupe, le 19 juin, d'un projet de loi sur « la répression des mauvais journaux et des fausses nouvelles... Un journal a osé, contre toute vérité, annoncer la prise du général Travot par les rebelles de l'Ouest avec des particularités propres à tromper les gens crédules, à répandre l'alarme chez les bons citoyens et à relever les opérations criminelles des autres. 11 y a là un délit bien plus grave que la simple émission d'une opinion ou d'un vœu contre-révolutionnaire ; avec des faits controuvés, on porte des coups bien plus acérés qu'avec de simples raisonnements; il est pressant de réprimer un tel désordre... Le prince Lucien s'étonne que ce fait

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nécessairement connu de plusieurs membres des deux Chambres n'ait pas donné lieu à des propositions sévères contre un délit de cette nature. Le simple débat et Timprobation manifestée par les grands corps de TÉtat auraient par eux-mêmes produit un bon et salutaire elTet ». Telle est en fait la pure doctrine jacobine. La liberté de la presse est inscrite dans la Constitution et l'Empereur a cru si fortement qu'elle était réclamée par la nation qu'il n'a point attendu l'Acte additionnel pour on faire l'octroi le plus large et le plus imprudent. Alors, ont abondé les journaux ennemis, puis les journaux, les pamphlets et les canards clandestins ; en l'absence de loi sur la presse, aucun règlement n'a plus été observé, mais si l'Empereur avait pensé à réfréner cette extraordinaire licence, quels cris eussent poussés les libéraux! Dès que ce seraient les Chambres qui eussent fait cette loi, la liberté était sauvegardée. Il n'est que de s'entendre.

Tel fut le rôle offitùel des deux frères de l'Empereur durant son absence. Joseph réduit à un figuration purement décorative, n'avait aucune autorité sur le militaire, dont le maréchal Davout, en sa double qualité de gouverneur de Paris et de ministre de la Guerre, disposait à son gré, et il n'en avait pas davantage sur le civil où Eouché était tout-puissant. Fouché durant ce mois de juin laissait se former à Paris des conspirations qui se tenaient prêtes k éclater au premier échec de l'Em-

pereur, en même temps qu'il nouait lui-même à la Chambre, par les représentants dont il avait assuré l'élection, les intrigues destinées à lui assurer les moyens de traiter efficacement avec cetle cour de Gand dont il était le correspondant officieux et dont il aspirait à se rendre le restaurateur.

Jamais campagne ne fut entamée sous d'aussi fâcheux auspices; jamais armée ne fut autant travaillée et ne se trouva aussi justement inquiète; jamais gouvernement ne fut aussi médiocre en autorité et composé d'éléments aussi peu sûrs. De tous les hommes qu'on employait dans les missions d'importance, quels ne correspondaient pas avec Gand et quels ne prenaient pas l'attache du roi avant d'accepter des fonctions de l'Empereur? Pourtant, une suite de victoires eût pu changer la face des choses, mais qui n'était point usé des généraux qu'on employait et quels étaient décidés à être fidèles ? Il est consolant qu'un des frères de l'Empereur, le dernier-né, celuiauquel sa jeunesse et sa fortune « avaient fait tant de bruit » qu'il en était demeuré étourdi, se soit à ses trente ans, montré soldat énergique et chef intrépide ^

1 Dans les Mémoires et correspondance du roi Jérôme et de la reine Catherine, aussi bien que dans la note émanée de M. Bourdon de Yatry reproduite dans les Mémoires du maréchal de

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