JEROME. — IL EST BLESSE
« qui l'attendaienl bravement, secondés par des Ecossais vraiment très solides, dont l'un logea une balle dans le pommeau de Tépée de Jérôme ». Ce pommeau, d'or massif, large, solide et épais, ne ressemblait point aux pommeaux des épées que le prince portait d'ordinaire et qui étaient presque pareilles à celles de l'Empereur ; pour qu'il ait été faussé et déformé comme il est demeuré, il a sauvé la vie de Jérôme. « Touché très raide, le prince devint pâle à faire croire à ses aides de camp qu'il était frappé mortellement. Son sang-froid les rassura et il le conserva assez pour ne pas vouloir descendre de son cheval, sur lequel on le pansa. Il ne s'occupa de sa blessure (jue plusieursheuresaprès. » Le prince était fort peu entouré : Bourdon de Vatry l'escortait sur un bidet de poste ; Wolff marchait à pied. On ne trouve pas trace des autres cjui, sans doute, n'avaient pas été atteints par les ordres ou n'avaient pu rejoindre.
Presque au moment où Jérôme était ainsi contusionné, le duc de Brunswick, menant sa cavalerie à la charge, vint s'abattre sur les baïonnettes du i"' léger. Il reçut une balle dans le ventre : porté aux Quatre-Bras, il y mourut le soir. C'était le cousin germain de la reine Catherine. Il était le fils du duc de Brunswick tué à Auerstaedt et c'était luimême qui, en 1809, s'était efforcé de reconquérir sur Jérôme ses États Tépée en main et qui, à travers la Westphalie et le Hanovre, avait mené avec succès celte course téméraire dont il se tira à sa gloire.
On apporta à Jérôme la paire de pistolets que le duc portait dans ses arçons : ce trophée figure noblement près de l'épée au pommeau faussé.
Les Brunswickois repoussés, un nouvel effort de la brigade Soye chasse les Nassau du bois dont la possession est assurée. Le terrain ainsi déblayé, la i'^ brigade se forme, en colonne d'attaque, avec la division Foy, pour aborder la position même des Quatre-Bras, mais l'élan des Français est arrêté par les douze bataillons anglais de la division Picton. Sans le i®"" corps (d'Erlonj dont il attend la venue à chaque instant, Ney n'est point en mesure d'y faire face avec son infanterie qu'il a engagée tout entière et qui est épuisée. 11 imagine qu'il pourra avoir raison de cette infanterie qu'on évalue à aS.ooo hommes avec une seule brigade des cuirassiers de Kellermann. (Par les ordres du maréchal lui-même, les trois autres brigades étaient restées en arrière.) Cette charge héroïque et folle faillit réussir, Kellermann rompit les deux lignes anglaises et ses cavaliers pénétrèrent jusqu'aux Quatre-Bras; mais ils né furent point soutenus : ils durent après un si magnifique sacrifice se retirer en désordre.
Alors, ce fut une sorte de débâcle et, après une heure de combat, le bois fut repris par l'ennemi; on recula, d'une demi-lieue seulement, dit-on, mais on était battu. « La division du prince Jérôme a donné avec une grande valeur. S. A. R. [sic) a été légèrement blessée. Tout le monde a fait son devoir excepté le i*" corps, » écrivit Xey. Les pertes étaient
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importantes: au i" de ligne, 6 officiers tués et 2 1 blessés ; au a", i officier tué et 5 blessés ; au 3", 5 officiers blessés ; au i" léger, 3. « Notre perte de ce côté, disait le Bulletin, a été très considérable : elle s'élève à 4.200 hommes tués ou blessés. » Le soir, à lo heures, le prince, qui avait retrouvé le maréchal Ney, l'invita à partager son souper: assis sur une couverture de cheval, ils soupèrent d'un morceau de pain et d'une bouteille de vin. Un feu placé derrière eux servait de point de mire aux tirailleurs écossais. Il fallut éteindre le feu.
Cependant l'ennemi était resté sur ses positions, Wellington s'était renforcé des troupes qui étaient à portée: il ignorait tout de l'armée prussienne et apprit seulement vers 7 heures 1/2 que, battue à Ligny, elle se retirait et le laissait en l'air, exposé à une attaque combinée de l'Empereur et de Ney. Toutefois, il décida que ses troupes ne commenceraient à se retirer qu'à 10 heures du matin et, le soir, il prit position en avant de la forêt de Soigne au Mont-Saint-Jean. « Le temps était affreux, toute la nuit du ly au 18 fut employée à réunir l'armée et à prendre des dispositions pour le lendemain. Le 18 au matin, en passant devant le quartier général de l'Empereur, écrit Jérôme, je m'arrêtai une heure avec lui. Il me reçut avec une affection et une tendresse toutes particulières, il assembla les principaux généraux et, une fois le plan de bataille arrêté, chacun se rendit à son poste. »
Reille était chargé d'occuper les approches du
château d'Hougoumont, mais il devait seulement s'emparer de la lisière du bois : « se maintenir dans le fond, derrière le bois, en entretenant en avant une bonne ligne de tirailleurs ». 11 n'y avait pas lieu de pousser plus avant, le point d'Hougoumont, à l'extrême gauche delà ligne, important peu pour l'attaque sur le centre gauche anglais et devant être évacué par ses défenseurs dès que le plateau de Mont- Saint-Jean serait occupé. La division Jérôme fut chargée de l'opération. «Je marchai, dit Jérôme, sur le bois que j'occupai à moitié après une vive résistance, tuant et perdant beaucoup de monde. » Le général Bauduin, un de ses brigadiers, avait en effet été tué à ses côtés, à la tête du i" léger, très éprouvé. Il restait une partie du bois à conquérir: le 3*^ de ligne vint appuyer le i'"" léger et, à a heures, les Nassau et les Hanovriens avaient abandonné le terrain.
Mais c'était à présent le massif de pierre du château, avec les murailles des communs et du parc. Jérôme eut du s'arrêter : mais, soit que l'ordre lui eût été mal transmis, soit qu'il ne l'eût point reçu ou qu'il n'eût point voulu l'entendre, il jeta sa première brigade sur ces murs et elle fut décimée ; il appela sa seconde brigade pour remplacer la première à la lisière du bois et, avec les débris de celle-ci, il atteignit la façade nord du château et y donna l'assaut. Ceux qui, par un miracle de force physique et de vaillance, pénétrèrent dans la cour, furent fusillés à bout portant, exterminés. Wel-