J1-:R0ME. — HOUGOUMONT
lington envoya en renfort quatre conipag-nies des gardes qui prirent la troupe de Jérôme entre deux feux. Il fallut se replier dans le bois, qui fut attaqué, perdu, repris, car les Anglais ne cessaient d'envoyer des renforts et les Français luttaient en désespérés. Maîtres du bois, ils parvinrent à tenir dans le verger, mais, du jardin qui le dominait, les Anglais tiraient abrités et, (|uant au château, il semblait imprenable : Ton se battait depuis quatre heures et demie. On finit par quoi Ton eût dû commencer : le canon. « L'Empereur envoya, sous la conduite de Drouot, une batterie de 12 de la Garde et 8 obusiers. » « Si on n'employa pas d'artillerie avant celle que l'Empereur envoya, a écrit le prince Napoléon, il y a pour cela une raison concluante, c'est que la 6" division n'en avait pas suffisamment. Elle avait six pièces de 4 on de 6. » Malgré l'incendie qui dévorait les bâtiments, les Anglais continuaient à tirailler et l'on ne parvint pas à prendre possession du château, mais le bois nous resta. « L'ennemi, dit Jérôme, laissa dans ce bois 6.000 morts et moi 2.000 avec un de mes généraux et presque tous mes officiers supérieurs. » Rien qu'en officiers, le i*"" de ligne avait 5 tués et i3 blessés, le 2°, 6 tués et 20 blessés ; le 3^, 5 tués et 20 blessés ; le 1" léger, 5 tués et 18 blessés. « Les blessés et les pertes que j'avais faites à la bataille du 16, me réduisirent, écrit Jérôme, à deux bataillons. »
« Ce fut à ce moment, dit Jérôme, que je reçus
Tordre de rEmpereiir de me rendre auprès de lui : il me reçut encore mieux que la veille et me dit : « Il est impossible de se mieux battre; actuellement qu'il ne vous reste plus que deux bataillons, demeurez avec moi, je vous enverrai partout où il y aura du danger. » Selon une autre version : « Quand Jérôme approcha de l'Empereur, à cheval en avant de la Belle-Alliance, celui-ci prit la main de son frère et lui dit : « Mon frère, je regrette de vous avoir connu si tard. » Enfin, selon le prince Napoléon, ce n'eût pas été à trois heures, ni à quatre que Jérôme aurait rejoint l'Empereur, mais lorsque les Prussiens arrivaient. « Ce fut alors que l'Empereur envoya le brave colonel (?) Labédoyère donner Tordre au prince de se retirer... Jérôme fit replier ses troupes et accourut au secours de son frère : ce fut dans un des carrés de la Vieille Garde que l'Empereur lui dit avec des expressions que nous ne rappelons pas par modestie, mais qui suffisent à la gloire d'un général : « Mon frère, réunis- « sez les débris de l'armée, je vous en donne le « commandement ».
Quelque version qu'on adopte, il parait acquis que Jérôme rejoignit TEmpereur après trois heures. Il assure qu'il était présent « alors que TEmpereur ordonna au maréchal Ney de se porter avec une grande partie de la cavalerie, deux corps d'infanterie et la Garde sur le centre de Tennemi pour donner le coup de massue ». Il s'agit sans doute de la grande attaque ([ui fut prononcée entre cinq
JÉRÔME. - LA FIN DE LA BATAILLE ■'n.-;
et six heures. Ney attaqua trois quarts d'heure trop tôt : « Jetais auprès de l'Empereur, écrit Jérôme, lorsqu'il vit la faute du maréchal. Il me dit ces mots : « Le malheureux ! c'est la seconde fois depuis avant hier qu'il compromet le sort de la France. »
Jérôme n'aurait point ([uilté l'Empereur jusqu'à huit heures du soir. Il aurait assisté et'pris part à l'attaque de la Garde. « L'Empereur, écrit-il, espérant que Grouchy arriverait nous dit : « La « bataille est gagnée, il faut occuper les positions « de l'ennemi, marchons ! » et tout, à l'exception de six bataillons de Vieille Garde, marche avec nous. Ney reçut les quatre régiments de la Garde, commandés par le général Friant, et arriva sur les canons anglais; nous soutenions au pied de la position avec d'autres troupes. « Mais Friant est blessé et se retire du combat, la Garde est ramenée ; il faut battre en retraite. « L'Empereur voulut se faire tuer; nous étions au milieu des balles et des ennemis. » A huit heures du soir, Wellington lâche dans la plaine sa cavalerie toute fraîche ; c'est une panique et la déroute. « L'Empereur, dit Jérôme, a été sublime jusqu'à huit heures du soir... Il fut entraîné, personne ne donnait d'ordres. On courut jusqu'à la Sambre. J'arrivai à Avesnes le lendemain, ayant constamment fait l'arrière-garde avec un bataillon et un escadron. »
Tels sont les renseignements que donne Jérôme sur le rôle qu'il joua à partir de trois heures ou trois heures et demie. 11 ne semble pas qu'on ait
jusqu'ici moyen de les contrôler par des témoignages ou des documents précis. Toutefois, Ton doit croire que Jérôme était près de son frère et dans son état-major lorsque l'Empereur se réfugia dans les carrés des bataillons de grenadiers de la Vieille Garde laissés en réserve à la Haie-Sainte. Ceux-ci étant attaqués à la fois par la cavalerie et l'infanterie anglaises avec du canon, FEmpereur, sur les instances des quelques généraux qui l'entouraient encore : Jérôme, Soult, Bertrand, Drouot, Labédoyère, sortit du carré et gagna au galop la ferme de Rosomme où il trouva deux bataillons de la Garde laissés au quartier général, avec lesquels il se retira au pas sur Charleroi. Ce fut au moment où l'Empereur quitta le carré, que Jérôme se sépara ou fut séparé de lui. On peut douter que, à ce moment, l'Empereur, dans le désarroi général, ait pu lui parler et surtout que Jérôme ait « fait l'arrière-garde avec un bataillon et un escadron ». Il dit lui-même qu'il arriva à Avesnes le 20 au matin ayant parcouru vingt lieues en trente-six heures. Après de telles journées, les fantassins auraient-ils retrouvé assez d'énergie pour le suivre ? « Quant à la remise du commandement, écrivait le général Guilleminot le 23 juillet i836, le prince me l'a fait connaître lui-même lorsque je le rejoignis dans la nuit à Avesnes; mais il ne me parla pas alors des circonstances qui l'accompagnaient. C'est un fait bien notoire cependant que ce commandement. Le prince rallia