‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 96 sur 106 · JÉRÔME. — LA RETRAITE · texte numérisé non relu

JÉRÔME. — LA RETRAITE

d'abord tout ce qu'il put de troupes sous Avesnes qu'il ne quitta que vers le soir du lendemain de la bataille. De là, il se rendit à Laon où il rassembla les débris de l'armée. » D'Avesnes Jérôme écrivit à l'Empereur une lettre qui n'a point encore été retrouvée.

En allant d' Avesnes à Laon, il s'arrêta à Vervins le 21, à midi, et il é(,-rivit une seconde lettre où il annonçait que quelques débris de la Garde avaient pu se réunir et qu'il les dirigerait le lendemain sur Soissons où serait son quartier général ; qu'il pensait ramasser à Laon 6.000 hommes d'infanterie et 3. 600 chevaux. Le lendemain 22, il arriva sous Laon où l'Empereur avait passé l'avantveille et d'où il avait daté le Bulletin de l'armée. On y lisait : « L'Empereur a passé la Sambre à Charleroi le 19. Philippeville et Avesnes ont été donnés pour point de réunion. Le prince Jérôme, le général Morand et les autres généraux y ont déjà rallié une partie de l'armée, »

« Le maréchal Soult, dit Jérôme, se trouvait à Laon, il me croyait seul et ne pouvait croire que j'eusse autant de monde avec moi et, lorsqu'un de mes olficiers d'ordonnance arriva à Paris pour rendre compte de cet heureux résultat, le maréchal Ney qui y était depuis plusieurs jours soutint, dans la Chambre des Pairs, que cela était impossible.

« Le duc de Dalmatie, en sa qualité de major général, réclama le commandement; je le lui remis

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et me rendis le 22 à Soissons, où je reçus une lettre du ministre de la Guerre, qui me félicitait du résultat que j'avais obtenu et m'engageait à continuer de rallier l'armée. Le ministre ne savait pas que le maréchal Soult avait pris le commandement de l'armée. »

Alors seulement, Jérôme se rendit à Paris : tout y était consommé.

De Gharleroi, où il était le 19 à cinq heures du matin, l'Empereur s'était dirigé sur Philippeville, puis sur Mézières ; il déjeuna à Berry-au-Bac, s'arrêta quelques heures dans un faubourg de Laon et arriva à l'Elysée le 21 à huit heures.

Le 18, sur la nouvelle du combat de Ligny, Joseph avait ordonné, peut-être contre l'avis de Lucien, qu'on tirât le canon à la batterie triomphale. « Le président du Corps législatif, raconte Joseph, écrivit à l'Empereur une lettre de félicitations où on lit entre autres expressions « que même les plus grands revers ne seraient pas capables d'ébranler le dévouement de tous les membres du Corps législatif; que c'est dans ce moment surtout que l'Empereur reconnaîtrait qu'il n'a dans le Corps législatif que des admirateurs passionnés et des amis intrépides ». Cette lettre a été spontanément écrite par M. Lanjuinais de la part de ses collègues auxquelsil l'a lue dans la chambre des conférences. »

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C'est une nianifestalion qui répond assurément à l'opinion momentanée des Représentants et à celle de la population. Le 19, l'on continue à vivre sur la victoire.

C'est dans l'après-midi du 20 que la défaite est connue par des lettres écrites de Philippeville au roi Joseph ^ L'Empereur vient de recevoir la lettre de Lanjuinais. « Elle le décide, écrit Joseph, dans les dispositions qu'il prend. L'Armée du Rhin a ordre de détacher aS.ooo hommes qui, réunis aux 40.000 de Grouchy, aux débris de Waterloo, aux nouvelles levées que la bouillante ardeur du Corps législatif va improviser, doivent rétablir les affaires ou au moins obtenir, les armes à la main, des conditions dignes de la nation. L'Empereur arrive à Paris dans l'idée de prévenir l'effet d'un grand désastre sur une grande population, de profiter des dispositions bienveillantes de la Chambre des députés, de concerter un plan général de défense nationale, de dire la vérité et de recevoir tous les secours que la nation se doit à elle-même. » C'est là ce qu'il a fait, lorsqu'il a rédigé à Laon le bulletin de la victoire et celui du désastre. Il n'a rien caché et peut-être a-t-il été pessimiste.

Le Conseil des ministres que Joseph a convoqué

^ Bien qu'accepté par la plupart des historiens le texte de ces deux lettres publié par Fleury de Chaboiilou (II, i85) me paraît éminemment suspect et, puisqu'il s'agit de documents rapportés de mémoire, je préfère la version que je trouve dans un fragment inédit du roi Joseph, daté de Point-Breeze, octobre i8'23.

et auquel il a communiqué les nouvelles n'a pris aucune résolution, se rejetant sur la prochaine arrivée de l'Empereur. « Dans la nuit, dit Joseph', une grande partie des membres de la Chambre des députés s'était réunie dans la maison de M, de La Fayette où l'on ne concerta pas les moyens de sauver la nation et l'Empereur, mais bien de perdre l'Empereur pour sauver la nation. On rappelle les premiers temps de la Révolution : M. de La Fayette est représenté comme un sauveur que la France peut avouer, que Paris connaît, que les Alliés recevront comme l'organe de la Chambre des députés qui devient à leurs yeux la véritable représentation nationale; les Alliés s'arrêteront à sa voix; Napoléon II sera reconnu par eux avec la constitution qu'on lui donnera; une régence sera formée et cette régence garantira aux Alliés les intentions pacifiques de la France, à la nation le maintien de la paix, aux amis de la liberté un gouvernement plus libéral, plus rapproché du gouvernementanglais ou américain. Les tètes s'échauffent; M. de La Fayette se laisse persuader qu'il pourra tout le bien qu'il désire. Pour cela il faut s'assurer de la majorité dans la Chambre des députés », et c'est ce qu'il fait.

Que Fouché surveille ce mouvement et qu'il y

* J'attache une grande importance à cette note de Joseph : seule elle explique la motion de La Fayette à la Chambre des représentants et son acceptation sans discussion, par une majorité dont l'opinion avait été faite dans une réunion préalable.

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