‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 97 sur 106 · L EMPEREUR A PARIS · texte numérisé non relu

L EMPEREUR A PARIS

pousse, qu'il le dirige peut-être en agissant sur l'infatuation et la sottise de La Fayette, rien de plus vraisemblable : il a Manuel, Jay, bien d'autres qui sont à lui. 11 n'a d'ailleurs pas besoin d'intermédiaire. C'est chez lui le 21, à lo heures* que La Fayette vient convenir de l'exécution immédiate du complot formé dans la nuit.

L'Em[)ereur atterré par ce coup du destin, épuisé par la fatigue, sous le coup d'une cystite consécutive à ces journées sous la pluie et à ce surmenage effrayant, s'était mis au bain, après avoir causé quelques instants avec Caulaincourt ; il lui avait fait part de ses illusions sur le patriotisme des Chambres et il en avait reçu des avis peu rassurants. Davout qu'il vit ensuite, au bain, conseilla, dit-on, la prorogation immédiate ; iXapoléon, déterminé à être plus constitutionnel que la Constitution, n'a('cepta point cette mesure ([in eût été selon la lettre de l'Acte additionnel, mais qu'il ne trouvait point selon son esprit.

Il sortit du bain, mangea, reçut Joseph qui était fort découragé et Lucien qui était plein d'ardeur. Comme tout le monde, ils rendirent compte de l'hostilité de la Chambre des représentants : Joseph en était d'autant mieux instruit qu'il venait de causer avec Lanjuinais.

Après 10 heures, l'Empereur passa au Conseil, très nombreux : les deux princes, le secrétaire d'État, les huit ministres, les quatre ministres d'Etat, le secrétaire. L'Empereur exposa la situation

et annonça qu'il attendait des Chambres « un grand pouvoir, une dictature temporaire ». Il trouva du patriotisme chez Carnot ; un complet découragement — sinon pis — chez Gaulaincourt ; niille flamme chez Maret ni chez Cambacérès ; une vive décision chez Davout, ferme dans son opinion et décidé pour la prorogation. Fouché insista au contraire pour que l'Empereur s'accordât avec les Chambres, comme s'il eût ignoré ce qui se passait à l'heure même au Palais-Bourbon. Decrès marcha avec Davout; Regnaud (de Saint-Jean-d'Angély), dupe ou complice de Fouché, peut-être convaincu que la proclamation de la Régence pouvait être un moyen de salut, lança le premier l'idée d'une abdication à laquelle tous pensaient. L'Empereur la releva et Regnaud n'hésita point à dire que, si Napoléon n'abdiquait point de son chef, les Chambres pourraient s'enhardir à réclamer la déchéance. Lucien très vivement se prononça pour la dictature. « Si la Chambre ne veut pas seconder l'Empereur, il se passera d'elle. Le salut de la Patrie est la suprême loi. » L'Empereur parla; il exposa les espérances qu'il mettait au patriotisme de tous, les ressources qui lui restaient, celles qu'il pouvait créer, l'enthousiasme qu'il était sûr de trouver dans l'armée. Il s'était convaincu ; il semblait avoir convaincu les ministres. Mais, durant qu'il parlait, les conspirateurs agissaient.

Ils devaient avant tout se mettre en garde contre la prorogation qui, éminemment légale, était d'au-

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