‹ Napoleon et sa famille (volume 4)Chapitre 98 sur 106 · LE COUP D'ETAT DES REPRESENTANTS · texte numérisé non relu

LE COUP D'ETAT DES REPRESENTANTS

tant plus redoutable pour les faiseurs de lois que, selon eux, elle menait à cette dictature de salut publicàlaquelle poussaient Davout, Decrès, Lucien, môme Carnot : la prorogation ou la dissolution pouvaient sortir des délibérations de ce conseil qu'on tenait aux Tuileries. Il s'agissait donc de gagner de vitesse l'Empereur et les ministres. A midi un quart, Lanjuinais ouvre la séance ; La Fayette monte à la tribune : en quelques mots, il annonce qu'il va proposer certaines résolutions : La Chambre déclarera que l'indépendance de la nation est menacée ; elle décrétera sa permanence ; toute tentative pour la dissoudre est un crime de haute trahison ; quiconque se rendra coupable de cette tentative, sera traître à la patrie et jugé comme tel ; l'armée et la garde nationale ont bien mérité de la patrie; la garde nationale sera portée au plus grand complet ; les ministres sont invités à se rendre sur-le-champ dans le sein de l'assemblée.

Un coup d'État contre la souveraineté nationale, une insurrection contre l'autorité légale, un crime de lèse-patrie, la plus lâche et la plus folle des agressions contre le seul homme qui put encore sauver la nation, c'était l'œuvre de celui qui, dans les annales de sa triste vie, a enregistré trois dates mémorables : le 5 octobre 1789, où il trahit le roi, le 20 août 1792, oii il passa à l'ennemi, le 21 juin 18 10, où il abattit l'Empereur. « Le plan concerté, écrit Joseph, s'exécute avec trop de succès. La peur

était aux portes des uns ; l'ambition et la vanité aveuglaient les autres. L'Empereur et la nation sont sacrifiés à des chimères ; l'étranger veut les séparer et ce sont les députés de la nation, en majorité bien pensants, ennemis des constitutions octroyées et des systèmes monarchiques, ce sont ces députés qui servent plus les rois alliés que leur million de soldats. La Fayette se croit au Jeu de Paume de l'Assemblée constituante ; il met du courage à des actes de folie et de lâcheté ; il déclare comme Mirabeau qu'il est là par la volonté du peuple ; il menace celui qui vient implorer la participation et les secours du Corps législatif Tous les projets qu'il propose sont accueillis par une majorité qui n'a plus d'opinion que celle que lui donne la masse des députés qui ont conspiré la nuit dans sçi maison ; la garde nationale est appelée au secours de la représentation nationale que personne ne menace : l'Empereur est accusé. »

V^oilà l'impression qu'éprouvent les quelques fidèles groupés autour de l'Empereur : il est accusé, et ceux qui auraient pu et dû répondre par un acte de force à cet acte de violence s'intimident et ils semblent frappés d'une terreur sacrée. On dirait qu'ici la légalité fût le prix de la course et que, en prenant l'initiative de l'usurpation, la Chambre eût mis le droit de son côté.

Dès ce moment, l'Empereur ne lutta plus que pour la forme. 11 entra en des négociations et il adressa aux représentants et aux pairs un message

Page 1