LA CONVOCATION DU CONCILE
riieure, il n'y aura plus que son ombre, v son chapeau posé sur son fauteuil ». Les ministres, des premiers-commis atleiés à leur besogne, incapables d'une action d'initiative et de virilité, n'ont même plus un Fouché pour forcer leur décision si le péril se présente. Et, pas plus qu'en 1808 ou en 1809 l'Empereur n'est invulnérable. Sans l'avouer, tout le monde attend YAccident, l'espère ou le redoute, mais nul, dans le Gouvernement n'a garde de prendre des précautions qui ont trop mal réussi au duc d'Otrante et au prince de Bénevent. Par suite, le champ reste libre pour les audacieux, et, dans cette anarchie que produira la disparition de l'Empereur — vraie ou fausse, par mort ou par défaite — la nation sera conquise par la seule faction qui soit organisée.
C'est le moment que choisit Napoléon pour réaliser un dessein plus grandiose peut-être et plus périlleux que la monarchie universelle oii il touche. Il soulève la question religieuse; il la sort des sacristies oîi elle semblait confinée; il la porte devant le public, en convoquant une assemblée dont les délibérations paraîtront d'autant plus émouvantes que leur objet sera plus mystérieux; il prétend y apporter une solution qui, pour logique qu'elle lui paraît, n'en doit pas moins provoquer une résistance désespérée de la part du Pape et des cardinaux dont l'état en dépend, de la part des évêques, des prêtres et des fidèles empressés à se rendre solidaires du Saint-Siège; il entraîne la désaffection d'éléments déjà médiocrement sûrs, qui, en se ralliant à son gouvernement,
ont obéi plutôt à l'impulsion majeure du Saint-Siège qu'au verdict de la souveraineté nalionale, qui ont subi le prestige de ses victoires sans admettre qu'elles entraînassent la légitimité de son origine, qui, en recevant de lui le traitement qui les fait vivre, n'ont pas oublié les grands biens qu'ils ont perdus, qui, enfin, s'ils ont — quelque temps et dans quelle mesure? — employé leur influence, la seule qui dans l'Empire s'exerce librement, dans le sens de ses desseins, se trouveront bien mieux à l'aise pour l'exercer contre lui. Et, dans cette aventure qui, s'il y échoue, décuplera les forces du seul parti qui, en France, lui soit redoutable, il subit pour auxiliaire et il accepte pour porte-parole l'homme de sa famille dont il a pu le mieux, depuis vingt ans, constater le néant de caractère, d'intelligence et de talents : le cardinal Fesch.
Le Concile, que Napoléon convoque le 27 avril 1811, n'est ni un expédient, ni un achèvement, mais un acheminement. Dans la politique qu'il a suivie à regard de TEglise catholique, la réunion de ce concile est un épisode majeur, non par les délibérations qui y ont été prises, mais par la lumière qui, de là, se trouve projetée sur la suite des desseins de l'Empereur. Celui-ci s'est trouvé en présence de questions de principes qui sont essentielles, qui se posent devant lui comme elles se poseront devant tout gouvernant, et dont il a le premier recherché une solution logique. Ces questions doivent être distinguées des mesures accidentelles qu'a provoquées et que justifie la forme