SITUATION DE LA FRANCE
par le Concordat, parce qu'ils étaient sincères ; ceuxlà, malgré les amnisties, les restitutions de biens, les faveurs sollicitées et obtenues, étaient demeurés irréconciliables parce que, pour eux, la Religion avait été le prétexte, la Monarchie le but. A présent ils croyaient le moment venu d'employer celle-là pour restaurer celle-ci et, s'enrôlant dans les confréries de dévotion, se posant en adeptes de la foi persécutée, ils espéraient confondre leur cause avec celle du clergé, bénéficier ainsi pour leur propagande d'une organisation mystérieuse et puissante qui aurait l'avantage de ne rien coûter, puisque le Gouvernement impérial la payait.
L'autre parti, celui delà Révolution, plus désemparé par ses succès que le premier ne l'avait été par ses revers, n'en avait pas moins semé sur les routes qui l'avaient conduit à l'Empire napoléonien, ses chefs les plus audacieux et ses soldats les plus téméraires. Absorbé presque entièrement par le nouveau régime, il lui avait fourni la plupart de ses administrateurs, politiques, financiers, judiciaires. Une fois en place, ces hommes s'étaient assagis ; ils avaient trouvé les choses à leur gré; ils ne pensaient plus qu'à conserver les sinécures, les biens, les titres que la Révolution leur avait valus. Le parti de l'action, qui n'existait plus par eux, ne s'était point reformé sans eux. Il n'avait point trouvé à recruter dans la Bourgeoisie des éléments directeurs. Ce n'était pas qu'il manquât de soldats; la France entière lui en eût fourni, mais il n'avait plus de cadres : on ne pouvait attendre de
lui ni qu'il donnât une impulsion, ni qu'il fournît une résistance.
La masse se trouve dès lors abandonnée à sa naturelle insouciance ; appauvrie qu'elle est d'ailleurs par les engagements volontaires et les guerres continuelles, elle se laissera prendre, même contre ses intérêts et ses passions, parle premier qui. Napoléon absent ou tombé, osera s'imposer à elle.
De sa soumission, l'Empereur conclut à son dévouement, de son afTaissement à sa fidélité. L'Empire se gouverne tout seul. Napoléon, même s'il part en expédition au delà du Niémen, continuera, des confins de l'Asie, à administrer seul l'Europe réunie sous son sceptre. A sept cents lieues et à un mois de Paris, il donnera ses décisions sur tout ce qui sera d'importance. Point de délégation à l'Impératrice plus qu'à Gambacérès. En 1800, en 1803, en 1806, il avait, à ses frères, confié quelque part de son pouvoir, mais quel pourrait-il appeler ? Le dispersement s'est fait, non pas tel qu'aux premières années du Grand Empire, où chacun des Napoléonides en régissait une province et concourait, en y appliquant les principes et les lois de la Révolution assagie, au système politique et économique de la France nouvelle, mais tel qu'à présent deux ont fui chez l'étranger auquel ils ont demandé un asile et que les autres, à demi dépouillés des Etals qu'ils avaient reçus, attendent de jour en jour l'arrêt de leur déchéance.
Dans l'Empire, pour tout gouverner, administrer, pacifier et contenir, il n'y a que l'Empereur; tout à