‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 102 sur 213 · JOSEPH. — PROMESSES QUI LUI SONT FAITES · texte numérisé non relu

JOSEPH. — PROMESSES QUI LUI SONT FAITES

(l'Ara2:on et du Midi et le droit de faire rentrer sous son administration les provinces qu'il jugerait pacifiées. » Toutefois, les concessions qu'il peut croire avoir arrachées semblent immenses et, si les promesses que lui a faites l'Empereur sont suivies d'effet, si les généraux consentent à exécuter les ordres que l'Empereur a dit leur devoir donner, les Français seront désarmés sans que le Roi Catholique en soit beaucoup plus fort. L'Empereur a accordé que, dans les gouvernements de l'Armée du Nord, la justice se rendra au nom du roi; que le commandant en chef de cette armée enverra au roi des rapports journaliers, en même temps que l'intendant général, Dudon, lui remettra l'état de la perception des contribulions et de leur emploi. Le roi aura, près du général en chef de l'Armée du Nord, un commissaire chargé de veiller à ce que le quart du revenu soit versé pour le service du roi et pour celui de l'Armée du Centre. Toutes les fois que les provinces auront las moyens nécessaires pour se garder et se garantir des guérillas, elles pourront rentrer sous l'administration espagnole et ne fourniront alors aux Français que « ce qui sera convenable ». Ces dispositions seront communes à l'Armée du Midi. « Le maréchal commandant cette armée, écrit Berthier, doit envoyer des rapports au roi et l'instruire de tout ce qui se passera. Les budgets en recettes, et en dépenses, des différentes provinces de l'arrondissement de cette armée doivent être aussi envoyés au roi qui tiendra dans ces provinces un commissaire pour percevoir le quart des

revenus. » Même méthode pour l'Armée d'Aragon. Enfin, de France, il sera, par mois, envoyé au roi une somme de 500 000 francs jusqu'au 1" juillet, de un million à partir de cette date.

Le roi avait encore présenté d'autres demandes : que les maréchaux commandants en chef ne pussent augmenter les impôts existants ni lever aucune contribution extraordinaire sans son consentement ou celui de l'Empereur ; que le maréchal Bessières cédât le commandement de l'Armée du Nord au maréchal Jourdan ; que les maréchaux commandants d'armées et les intendants généraux ne pussent vendre les biens nationaux et communaux, le plomb et le vif argent appartenant à l'Etat, sans l'autorisation du roi; que les administrations espagnoles ne pussent être changées que par le roi; que les trois quarts des revenus des provinces occupées, conservés par les Français, servissent à la fois aux besoins des armées occupantes et au paiement des administrations espagnoles : que les dispositions applicables aux diverses armées le fussent également à l'Armée de Portugal ; que l'Empereur continuât à payer la solde de l'Armée du Centre, qu'il rappelât de Madrid les employés français qui ne servaient plus à l'administration centrale supprimée ; que, l'Empereur accordant au roi les honneurs du commandement dans les armées où il se trouverait, le roi pût réunir les autorités espagnoles, comme bon lui semblerait, « pour leur parler dans l'intérêt des affaires d'Espagne »; qu'il pût « s'attacher les officiers espagnols ou autres

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qui se trouveraient parmi les prisonniers » ; enfin qu'il eût liberté de « prendre toutes les mesures qu'il jugerait convenables à l'égard des Gortès et autres dispositions, en se conformant aux vues qu'il avait écrites d'après l'ordre de l'Empereur sur cet objet ».

Le reste était broutilles : Belliard qu'il voulait garder comme chef d'état-major; Lorge qu'il voulait remplacer par Maurice Mathieu; les soldats survivants du contingent westphalien qu'il voulait engager dans sa garde, etc, etc.

A la veille du départ, l'Empereur sans accéder à toutes ces demandes, en accueille pourtant certaines. Il fait l'avance d'un million d'argent comptant; il abandonne à la nomination du roi tous les emplois de judicature et d'église ; il consent que l'administration en Andalousie reste telle que Joseph l'a établie ; il réserve au roi le droit de grâce ; il règle les honneurs du commandement consistant en ce que le roi, présent à une armée, y fasse exécuter les ordres et les dispositions prescrites par l'Empereur ; il accorde Jourdan pour le Nord, Belliard pour l'état-major au cas qu'ils en veuillent; et enfin, verbalement, il accepte, semble-t-il, que, « au mois de septembre, le commandement et l'administration pourront être réunis dans l'intérêt de la prompte pacification de l'Espagne ».

Y eut-il d'autres promesses et d'autres engagements? Jourdan a assuré que l'Empereur donna à Joseph l'assurance positive que les gouvernements

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militaires cesseraient bientôt : « Ils avaient, aurait-il dit, produit un bon effet sur le gouvernement anglais qui offrait de quitter le Portugal, si les troupes françaises évacuaient l'Espagne, et de reconnaître le roi Joseph, si la nation espagnole le reconnaissait et si la France de son côté consentait à reconnaître la maison de Bragance en Portugal. » Cette allégation de Jourdan est certainement inexacte. Ce ne fut que près d'une année plus tard, en avril 4812, que de telles propositions furent soumises, par ordre de l'Empereur, au gouvernement anglais. L'Empereur ne pouvait donc en parler en juin 1811.

Ce ne fut sur aucune espérance de cette nature que Joseph prit sa décision : il ne céda nullement, comme on l'a dit, à une pression de l'Empereur ; il avait trop bien pris l'esprit royal — les témoignages de ses serviteurs français, Girardin et Rœderer l'attestent; — il avait trop envie de retrouver certains agréments et une certaine personne pour qu'on eût à le pousser. Il ne voulait plus être prince français et il voulait rester roi d'Espagne. Ce fut là toute la raison de son départ. L'Empereur affirme à maintes reprises qu'il en a détourné son frère et Joseph n'y contredit pas.

Mais Joseph a compté sur l'effet des promesses qu'il a arrachées de l'Empereur; il prétend ne pas rentrer dans ses États avant d'en avoir la confirmation par écrit; il s'est arrêté, pour l'attendre, à Marrac, et la première lettre qu'il reçoit de Berthier, en date du 17 juin, en est, sur bien des points, la contradiction. Ainsi pour Jourdan qu'on est convenu envoyer à

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