JOSEPH. — DÉPENSES DES ANGLAIS EN ESPAGNE
contrainte, sont certainement moins exigeants sur la solde et les vivres que ne sont les mercenaires au service anglais ; mais, si haut qu'on porte la dépense d'entretien du soldat dit anglais par rapport à celle du soldat français, il n'en reste pas moins, les deux armées ayant un efîectif sensiblement égal — 160 000 contre 140 000 — quatre ou cinq cents millions que les Anglais emploient à lever des guérillas, à provoquer les désertions, à entretenir les juntes, à maintenir l'Espagne en état de guerre.
Napoléon pourtant ne peut pas lutter d'argent avec les Anglais. Les douze millions qu'il a promis de payer par an à Joseph viennent en augmentation sur le dépense courante des armées en Espagne, et, en prenant cet engagement il a déjà trop présumé de ses facultés. Quant à payer au roi deux millions par mois, vingt-quatre millions par an, il ne le peut matériellement pas. La guerre prochaine avec la Russie absorbe toutes ses ressources ; s^il se fait l'illusion de penser que, comme dans les précédentes campagnes, des impositions extraordinaires sur les territoires conquis, rembourseront les dépenses et fourniront encore des accroissements au Domaine extraordinaire, il n'en est pas moins obligé, pour le moment, si fort qu'il pressure les royaumes alliés ou feudataires, à des avances qui épuisent le Trésor.
Pourtant, Joseph, dès son entrée en Espagne, expose l'état misérable dans lequel se trouvent les populations qui le reconnaissent et même les armées françaises. « Il faut écrit-il, de Vittoria le 1" juillet,
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quarante-neuf millions de réaux pour les six derniers mois, et la totalité des revenus particuliers ne s'élève pasàsoixante millions par an. » A Valladolid,la ration est au tiers; à Santander, l'armée n'est pas payée; à Vittoria même, la solde est suspendue depuis le !*'■ mai, et le duc d'Istrie a fait enlever par force les fonds qui se trouvaient dans la caisse de l'armée, plus de 600 000 francs. Nulle base fixe pour l'impôt laissé à l'arbitraire des généraux ; nul ordre pour les consommations; partout les exactions particulières multipliant les misères des peuples, et la rivalité des généraux et des intendants français les misères des soldats. Pour y remédier, dit Joseph, « il faudrait que le général qui préside à l'administration, qui devrait être espagnole, fût en même temps commandant des troupes françaises » ; par là, il aurait une action égale sur les administrateurs et les consommateurs. Malgré cela, Joseph ne perd pas courage. « J'ai réuni aujourd'hui les notables de ces trois provinces, écrit-il à l'Empereur le 2 juillet; l'esprit public me paraît amélioré depuis mon retour. » De Burgos, où il est arrivé le 6 et où il a trouvé des troupes de sa garde venues à marches forcées de Ségovie, il écrit : « La nouvelle de mon retour a fait beaucoup de bien, ma présence en produit un peu, mais que peuvent des paroles contre des actes d'administration et des faits qui les détruisent? » Il a réuni les autorités et les notables, a prononcé un discours virulent « contre les mauvais prêtres qui soufflent la guerre civile et sont les principaux agents de la formation et de l'accrois-
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sèment des bandes de révoltés ». Il est allé plus loin et, en présence de l'archevêque, il a déclaré « que, si le haut clergé ne voulait pas remplir les fonctions de son saint ministère pour le bonheur de ses peuples, il se chargerait de rétablir la paix par la force des armes et qu'alors il élèverait aux dignités de l'Eglise les pauvres et bons pasteurs, en leur donnant les richesses dont leurs chefs auraient abusé ».
De cette évolution de sa politique religieuse qui a bien son importance, il ne dit rien à l'Empereur : Il est tout à l'exposé du système d'administration qui lui mettrait en mains au moins une portion d'autorité : « Un gouverneur français, général de division; des troupes françaises en réserve pour agir contre les bandes en masse et les troupes ennemies; un préfet espagnol, une administration espagnole subordonnés au gouverneur; des gardes civiques pour la police intérieure des communes; des compagnies d'escopeteros pour les routes et les communications ; les moines et les prêtres payés ; mon autorité reconnue par les gouverneurs, et la tranquillité peut se rétablir. » Pour tout cela, il faut de l'argent : l'Espagne n'en peut fournir puisque, dans la seule province de Burgos, le budget, pour une année à compter du 1" août, se trouve, au dire du général Dorsenne, en déficit de près de quatre millions de réaux. (Recettes estimées à 75 871250 réaux ou 20 219 688 francs; dépenses évaluées à 79 557 362 réaux ou 21202 036 francs). Donc, c'est la France qui doit en donner : l'Espagne l'acceptera, pourvu qu'on la débarrasse de tout ce qui
est Français. Les Français n'y entendent rien : « Les dispositions militaires de l'Armée du Nord sont timides; les dispositions législatives et de police sont furibondes. Surtout, les vols particuliers sont infinis : témoin ce troupeau de dix à quinze mille têtes de mérinos appartenant au duc de l'Infantado qui, par ordre de l'Empereur, était dirigé sur France et qui, en route, s'est évanoui. On est quitte pour dire qu'il a été pris par les guérillas et il n'est pas perdu pour tout le monde — sauf pour l'Empereur.
De l'argent ! de l'argent ! « Si j'avais à ma disposition aujourd'hui vingt millions et toute l'autorité convenable sur les Armées du Nord et d'Aragon, je croîs, écrit Joseph de Valladolid, que je pourrais changer la face du pays. Les notables de la Biscaye, ceux de Gastille, de Palencia sont prêts à tout; jamais époque ne fut plus favorable. C'est l'opinion de tous les Espagnols de bonne foi et de tous les Français qui ont du bon sens et qui veulent finir cette guerre. »
Vingt millions ! En attendant, il se contenterait d'un seul, et, à sa rentrée à Madrid, sa première lettre (17 juillet) est pour supplier Sa Majesté de faire presser l'envoi des fonds qu'elle lui a assignés et tout ce qu'elle pourra faire envoyer. « Ce sera, dit-il, de l'argent bien placé. Le moment est favorable ; mon voyage a fait faire beaucoup de réflexions à beaucoup de monde et je n'ai pas reconnu l'opinion tant elle est mûrie et améliorée. » Le 20, même note; ses espérances sont assez aftermies pour qu'il écrive à la reine de le rejoindre avec ses deux filles. « Je ne