‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 106 sur 213 · JOSEPH. — IL NE REÇOIT PAS L'ARGENT PROMIS · texte numérisé non relu

JOSEPH. — IL NE REÇOIT PAS L'ARGENT PROMIS

puis plus, dit-il, supporter l'horrible isolement où je suis réduit depuis deux ans. » Le 26, rien n'est arrivé encore ; il s^inquiète et s'exaspère : « Aucun service n'est assuré, écrit-il, pas même celui de ma maison. Le million que j'ai reçu à Paris a payé mon voyage et mon séjour ici depuis mon retour. Je ne vois pas moyen d'exister ici si Votre Majesté ne fait exécuter ponctuellement l'ordre du prêt d'un millon par mois et si elle n'en ajoute pas un autre en remplacement du quart que je dois recevoir des contributions du Nord, du Midi et de l'Aragon qui ne peuvent rien envoyer. » Le temps est précieux ; avec quelques millions, on pourrait avancerles affaires dans ce moment; dans quelque temps, on ne réussira pas avec des sommes énormes et d'immenses forces. Cinq à six millions qu'il eût emportés de Paris eussent tant servi ! « Que de choses seraient déjà faites dans un moment, oij, avec l'opinion, les bandes marchent au-devant de lui. Mais il n'y a pas d'argent, la misère publique et particulière sont à leur comble et, dit-il, je suis moimême plus mal que la veille de mon départ. Je fais front à l'orage; l'opinion est toujours croissante, mais je prévois le moment de la décadence, si les secours d'argent tardent à arriver. » Par tous les courriers — et il les multiplie, en expédiant un tous les deux jours, — mêmes plaintes et mêmes espérances: « Toutes les bandes demandent à entrer à mon service ; elles suivent le mouvement de l'opinion ; mais je n'ai pas le sou, je ne puis payer personne... » « Ma garde n'est pas payée depuis dix-huit mois ; je suis

plus gêné qu'à mon départ de Madrid. J'ai pour toute ressource dix mille francs par jour... Je prie Votre Majesté de venir à mon secours avec quelques millions, mais au moins par le paiement exact du million mensuel. L'opinion est très bonne. Le changegement est grand. Quelques secours et il sera. complet. »

Tout son système de pacification est subordonné à l'argent qu'il attend. Il a réuni son conseil dEtat : il a annoncé la paix prochaine, des desseins favorables à l'Espagne que l'Empereur a formés et que la pacification de l'Europe réaliserait bientôt. Partant de ces heureux présages, il a fait entrevoir l'époque rapprochée où la nation serait appelée à prendre part ellemême à l'établissement d'un ordre de choses propre à consolider l'Etat, u II faut donc, a-t-il ajouté, penser dès ce moment à préparer un travail pour la convocation des Gortès, non telles qu'elles existaient autrefois, ni même telles que la Constitution de Bayonne les avait organisées, mais plus nombreuses et composées de manière qu'on pût y appeler les hommes les plus marquants de la nation, quelles que fussent leurs opinions et le parti qu'ils auraient suivi; enfin, appeler une véritable représentation nationale dont le nombre des membres serait illimité et qui pourrait légalement prononcer sur le sort de l'Espagne. » Il a conclu en nommant une commission chargée de préparer un règlement; mais, pour de telles élections, il faut de l'argent. Le citoyen Joseph Bonaparte sait, par expérience personnelle, ce qu'il en coûtait dans le dépar-

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