‹ Napoleon et sa famille (volume 5)Chapitre 108 sur 213 · JOSEPH. — SA MISÈRE ROYALE · texte numérisé non relu

JOSEPH. — SA MISÈRE ROYALE

de la couronne d'Espagne, qu'il fera resliluer par Murât. Cela est vague, et Joseph donnerait volontiers ces vingt millions de diamants dont lui parle son frère pour quelques espèces sonnantes.

Sa misère est réelle et profonde. Il fait figure de roi; il a une cour, une maison, des ministres, des envoyés extraordinaires et plénipotentiaires , une garde, une armée, des employés pour chaque branche d'une administration qui comprend idéalement l'Espagne entière et les Indes occidentales et orientales — et rien de cela n'est payé. L'Armée de Portugal occupe les provinces d'Avila, d'Estramadure et de Talavera et elle empiète sur celle de Madrid; Marmont qui la commande frappe des contributions d'un million sur la province de Tolède, de quatre millions sur la ville même ; et c'est ce qui est le plus fidèle au roi ; il enlève la totalité des récoltes; il commande en maître aux préfets et aux généraux espagnols et, si on lui résiste, il ordonne, en pays soumis, des exécutions militaires.

D'autre part, l'Empereur afîaiblit à tout instant l'Armée du Centre en en tirant des officiers et des hommes. Ordre de rentrer en France aux généraux Belliard, Lorge, la Houssaye, Rouyer, Grandjean, Bessières : tout ce qui appartient à l'Armée du Midi doit y être envoyé sur-le-champ , alors que Soult garde, de l'Armée du Centre, aussi bien les 2 500 Allemands qui ont passé la Sierra Morena, que les deux régiments qui lui ont été remis sur un besoin dont la réalité ne fut jamais démontrée. « Les inconvénients

d'affaiblir l'Armée du Centre, écrit Berthier le 4 août, sont légers en raison de l'importance des besoins des Armées du Midi et de Portugal qui sont les véritables armées pour défendre la capitale. » Le 24, alors qu'elle est réduite à 9 000 soldats, dont 5 000 Espagnols, et à 2 000 chevaux, ordre de l'Empereur d'envoyer à Marmont le 26" Chasseurs, ordre réitéré et formel de rendre à Soult tout ce qui est à lui. En échange, on écrira à Dorsenne qui, en remplacement de Bessières, commande l'Armée du Nord, et à Soult, de faire passer au roi ce qui lui appartient. Ils sauront le compte à tenir de ces écritures.

A cette crise s'ajoute la fermentation produite à la Cour et dans la garde espagnole par le décret rendu par l'Empereur sur les Français au service des princes étrangers : on s'inquiète; on veut quitter l'Espagne, rentrer en France : et puis il y a des bruits au sujet d'annexions et ces bruits sont fondés.

Le 2o août, en chargeant le duc de Feltre de complimenter le duc de Tarente sur la reprise de Figuères, l'Empereur lui a écrit : « Vous ferez connaître à ce maréchal que j'ai pris un décret pour réunir la Catalogne à la France. Vous recevrez ce décret sous peu de jours. » Il a ajourné la signature, mais sans changer de dessein, car, le 3 octobre, remplaçant Macdonald à l'Armée de Catalogne par Decaen, il a donné l'ordre à celui-ci « de ne correspondre en rien avec le Roi d'Espagne ni ne répondre à aucune lettre de ses ministres ».

Joseph a constamment déclaré qu'il remettrait sa

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